Le cessez-le-feu entre IsraĂ«l et le Liban est entrĂ© en vigueur le 17 avril. Les États-Unis viennent mĂŞme de l’Ă©tendre de 45 jours supplĂ©mentaires. Sur le papier, la guerre est suspendue. Sur le terrain du sud du Liban, huit IsraĂ©liens — sept soldats et un civil — sont tombĂ©s depuis lors. Ynet a recueilli les tĂ©moignages de leurs proches. Ce qu’ils disent dit tout sur la rĂ©alitĂ© d’un cessez-le-feu qui n’en est pas un.
Le sous-officier de rĂ©serve Barak Kalfon, 48 ans, habitant du moshav Adi dans la vallĂ©e de Jezreel, a Ă©tĂ© le premier Ă tomber — le premier jour mĂŞme du cessez-le-feu. Un engin explosif a coĂ»tĂ© la vie Ă ce père de famille, laissant derrière lui son Ă©pouse Shamrit et deux filles, Noga, 19 ans, et Mia, 17 ans. Sa mère Shari tĂ©moigne, un mois après : « Aujourd’hui nous tenons pour Barak une cĂ©rĂ©monie de commĂ©moration dans l’intimitĂ© de la famille et des amis, et c’est encore inconcevable. Il a Ă©tĂ© tuĂ© le premier jour du cessez-le-feu, et un mois a dĂ©jĂ passĂ© depuis ce terrible drame — on n’arrive toujours pas Ă rĂ©aliser qu’il n’est plus lĂ . » Elle ajoute : « Est-ce vraiment un cessez-le-feu ? Nous sommes au nord, constamment sous les sirènes et sous le feu. Comment peut-on annoncer une prolongation de 45 jours supplĂ©mentaires ? Est-ce que ça a du sens pour quelqu’un ? »
Le sous-officier de rĂ©serve Lidor Porat, 31 ans, est tombĂ© Ă la suite de l’explosion d’un engin qui a Ă©galement blessĂ© neuf autres soldats. NĂ© et grandi dans le quartier D d’Ashdod, passionnĂ© de physique, il avait interrompu ses Ă©tudes d’ingĂ©nierie Ă©lectrique Ă l’universitĂ© Ben-Gourion pour prendre soin de sa mère gravement malade, avant de reprendre son cursus après son dĂ©cès. Son ami Yaguel Mimoun raconte : le 7 octobre les avait surpris dans un village paisible du Vietnam. « Soudain j’ai vu Lidor qui rougissait et tremblait. Il m’a dit que sa sĹ“ur Ă©tait Ă SdĂ©rot. Quand il a finalement pu la contacter et a su que la famille Ă©tait saine et sauve, il m’a dit : ‘Allez, on rentre.’ En trois jours, on Ă©tait dans l’avion. Le lendemain, il s’Ă©tait dĂ©jĂ prĂ©sentĂ© au service de rĂ©serve — sans mĂŞme emporter de sac. Il m’a demandĂ© de lui trouver des sous-vĂŞtements et des vĂŞtements. C’Ă©tait un ami extraordinaire. Il aimait le peuple d’IsraĂ«l et on ne l’oubliera jamais. »
Le fantassin Eidan Fox, 19 ans, a Ă©tĂ© tuĂ© par un drone explosif dans la rĂ©gion du village de Tayba au sud du Liban. Sa mère Mital ne trouve pas les mots. « Il faut regarder les photos d’Eidan et voir dans ses yeux et dans sa lumière qui il Ă©tait. On savait quel enfant on avait — mais on ne savait pas Ă quel point. On a entendu des histoires incroyables sur lui pendant la shiva. Des gens venaient nous dire qu’il les avait aidĂ©s quand ils Ă©taient mis Ă l’Ă©cart en classe, qu’il les choisissait dans son Ă©quipe lors des cours de sport alors que personne ne les voulait. » Et puis ce cri du cĹ“ur sur le cessez-le-feu : « Ils Ă©taient Ă l’intĂ©rieur et ils se battaient. Chaque matin je recevais un message qu’ils partaient en opĂ©ration, chaque soir un message que tout allait bien. Quel cessez-le-feu ? Et tout d’un coup j’ai reçu un message : je n’ai plus d’enfant. »
Amer Houjeirat, habitant de Shfar’am qui travaillait pour une entreprise de travaux d’ingĂ©nierie sous contrat avec le ministère de la DĂ©fense, a Ă©tĂ© tuĂ© par un drone explosif. Son fils de 19 ans, lĂ©gèrement blessĂ© par des Ă©clats, Ă©tait Ă ses cĂ´tĂ©s. « C’est dur de voir son père mourir devant ses yeux. On nous avait promis qu’un char nous escorterait en permanence. Il Ă©tait là — mais au bout de cinq minutes il a tournĂ© les talons et s’est Ă©loignĂ©. Une heure et demie après, il n’Ă©tait plus lĂ . On Ă©tait seuls. J’ai vu un petit drone rapide qui braquait sa camĂ©ra sur nous. J’ai sautĂ© du vĂ©hicule. J’ai couru — mais le drone a pourchassĂ© mon père. »
Le fantassin Liam Ben HaĂŻm, 19 ans, de Herzliya, avait tenu Ă intĂ©grer le bataillon 13 de la brigade Golani malgrĂ© les tentatives de sa mère d’obtenir un profil plus bas. Il a Ă©tĂ© tuĂ© par un drone dans la rĂ©gion de Qantra. Son oncle Shlomi Ă©voque « un garçon aux valeurs profondes, excellent Ă©lève, avec un sens de l’humour incroyable. Il est mort pour le peuple d’IsraĂ«l. »
Le soldat de 2e classe Negev Dagan, 20 ans, du moshav Dekel dans le nord du NĂ©guev, combattant du bataillon 12 de Golani, est tombĂ© touchĂ© par un obus de mortier dans la rĂ©gion du Litani. Son ami Matan Peretz tĂ©moigne : « Je l’ai connu depuis la naissance. Le dernier week-end on Ă©tait ensemble. Negev Ă©tait aux avant-postes, et il disait que ça ne lui faisait pas peur. Et c’est justement ce dernier week-end qu’il a dit : ‘On va faire une entrĂ©e qui va faire peur.’ »
Le sous-officier supĂ©rieur de rĂ©serve Alexandre Globnikov, 47 ans, a Ă©tĂ© tuĂ© par un drone explosif près de la frontière. Son Ă©pouse Marina : « La joie de vivre a disparu de ma vie et c’est très dur quand on Ă©lève une petite fille. » Sa mère Polina : « Alexandre Ă©tait un très bon garçon. C’Ă©tait mon fils unique. Je n’ai plus personne maintenant. » Ils ont quittĂ© leur pays pour arriver en IsraĂ«l en 1996 et construire une vie. Cette vie a pris fin sur une frontière qu’on appelait cessez-le-feu.
Le capitaine Meoz Rekanati, 24 ans, commandant adjoint dans le bataillon 12 de Golani, a Ă©tĂ© tuĂ© par un drone le vendredi prĂ©cĂ©dant la rĂ©daction de cet article. Il devait se marier le mois prochain. Sa fiancĂ©e Roni lui a dit adieu Ă l’enterrement : « La première fois qu’on s’est vus, la première chose que j’ai remarquĂ©e, c’Ă©taient tes beaux yeux. Je voulais que tu viennes t’asseoir sur la chaise du mariĂ© et que tu me souries. Je voulais que tu sois père. Tu aurais Ă©tĂ© un père parfait. »
Huit noms. Huit histoires. Huit familles brisĂ©es pendant un cessez-le-feu qui n’existe pas sur le terrain.
Pour aller plus loin :
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