Iran au bord du gouffre — le régime des ayatollahs plonge dans une logique suicidaire

Depuis le déclenchement de l’opération israélo-américaine baptisée Shaagat HaAri — « Le Rugissement du Lion » — quelque chose a changé dans le comportement du régime iranien. Quelque chose que les services de renseignement israéliens peinent encore à qualifier avec précision, mais qu’ils décrivent avec un mot lourd de sens : suicidaire. Les Gardiens de la Révolution encaissent des pertes massives, le pays est frappé avec une intensité sans précédent, et pourtant Téhéran continue d’agir comme si la raison n’avait plus droit de cité dans ses salles de commandement.


Plus de mille morts parmi les Gardiens de la Révolution

Selon l’évaluation des services de renseignement israéliens, plus de mille membres des Gardiens de la Révolution ont été tués depuis le début de l’offensive conjointe israélo-américaine sur le sol iranien. Les chiffres sont vertigineux, et ils s’accompagnent d’un constat tout aussi saisissant : depuis le début de l’opération Shaagat HaAri, la République islamique ne répond plus selon les codes habituels de la rationalité stratégique. Elle frappe dans tous les sens, sans discernement apparent, comme si la survie immédiate avait pris le pas sur toute autre considération.

Ce qui interpelle le plus les analystes du renseignement israélien, c’est la liste des cibles choisies par Téhéran pour ses représailles. L’Iran a attaqué sept pays arabes — dont certains qui lui étaient favorables, voire alliés. Oman, qui servait de canal de médiation discret entre Washington et Téhéran, a été visé. Le Qatar, dont les liens avec l’Iran sont notoires et anciens, également. Et comme si cela ne suffisait pas, Téhéran a également frappé Chypre — un État membre de l’Union européenne. La conclusion qui s’impose aux analystes est sans appel : le régime des ayatollahs a perdu le fil. Il ne joue plus selon les règles qu’il avait lui-même établies.


Survie et idéologie — les deux seuls moteurs qui restent

Dans les cercles du renseignement israélien, on a tenté de reconstituer la logique interne de ces décisions. La conclusion est aussi simple que glaçante : la logique, justement, n’intéresse plus Téhéran. Ce qui guide désormais les décisions iraniennes, c’est un binôme rudimentaire — la survie du régime et la préservation d’un ensemble de « valeurs » idéologiques. Frapper fort, frapper vite, maintenir une apparence de capacité de nuisance, et tenir coûte que coûte.

Illustration de cette mécanique : l’Iran a tiré davantage de missiles en direction des Émirats arabes unis qu’en direction d’Israël. Non pas parce que les Émirats seraient devenus l’ennemi principal, mais parce que ces frappes s’inscrivent dans une démonstration de puissance régionale — une façon de signifier à l’ensemble du Moyen-Orient que la République islamique n’est pas encore morte. C’est une posture, pas une stratégie.

Vis-à-vis d’Israël, la perception iranienne a également évolué. Téhéran comprend désormais que cette fois, Israël est entré dans une confrontation résolument offensive — plus défensive, plus hésitante, mais pleinement engagée dans une logique de destruction du régime. La responsabilité est partagée entre Jérusalem et Washington dans l’esprit des dirigeants iraniens, mais l’intensité de l’engagement israélien n’échappe à personne.


Viser les civils, une stratégie délibérée

Un changement de doctrine s’est opéré dans les choix de ciblage iraniens. Lors de l’opération Am Kélavi en juin 2025, les missiles iraniens visaient principalement les bases militaires israéliennes. Cette fois, les cibles sont délibérément civiles — des centres de population. Le renseignement israélien a identifié cette évolution comme intentionnelle : Téhéran sait que frapper des civils déstabilise la société israélienne bien plus profondément que des frappes sur des infrastructures militaires.

La tragédie de Beit Shemesh en est l’illustration la plus douloureuse. Le même jour où le guide suprême Ali Khamenei était éliminé — une opération d’une portée historique — neuf civils israéliens perdaient la vie dans cette ville. À Téhéran, ces neuf morts ont été perçus comme un succès tactique : une frappe capable de perturber le moral d’une société entière, même au jour de son plus grand triomphe militaire.


L’horloge tourne à Téhéran

Le tableau dressé par le renseignement israélien est celui d’un régime épuisé, entré en guerre dans un état de fatigue avancée. Les Gardiens de la Révolution sont décrits comme une bête blessée — encore dangereuse, imprévisible, capable de sursauts violents, mais fondamentalement à bout de souffle. Israël se prépare donc à deux scénarios également plausibles : une escalade désespérée, ou au contraire une capitulation soudaine, sous forme d’acceptation d’un cessez-le-feu à des conditions proches de l’inconditionnalité.

Ce second scénario n’est pas négligeable. Mais les services israéliens préviennent : une acceptation iranienne d’un cessez-le-feu ne signifierait pas une intention réelle de le respecter. Le régime chercherait à souffler, à reconstituer ses capacités, avant de reprendre sa guerre de longue durée. C’est la nature même d’un régime qui a survécu quarante ans en jouant sur plusieurs tableaux simultanément.


Le Mossad parle au peuple iranien

Pendant ce temps, sur un autre front, le Mossad intensifie sa guerre de l’information. Son compte Telegram en persan a remercié publiquement « les femmes courageuses d’Iran » pour les vidéos et photographies transmises à l’organisation. Le message publié est explicite : « Chaque image d’une frappe sur les symboles du régime nous rapproche de l’objectif. » Un objectif qui n’est pas seulement militaire — c’est la chute du régime lui-même qui est visée.

Un autre message, accompagné d’une image de sablier, a été adressé directement au peuple iranien : « Nous avançons avec détermination vers le renversement du régime. Les principaux agents de la répression ont été éliminés, d’autres fuient dans la terreur. Continuez à nous envoyer vos images et vidéos. Même si Internet venait à tomber, elles nous parviendront. Vous êtes des partenaires véritables et essentiels dans l’avenir nouveau de l’Iran. »


Une puissance de feu sans précédent

Sur le plan purement militaire, les chiffres donnent le vertige. Lors de l’opération Am Kélavi de juin 2025, Israël avait tiré 3 700 munitions. Depuis le début de l’opération actuelle, ce chiffre a déjà été dépassé. Les bombardiers américains B-1 et B-2, engagés aux côtés des forces israéliennes, emportent des charges que les sources militaires décrivent comme comptabilisées à l’unité tant leur puissance est exceptionnelle. L’ampleur des destructions en Iran est décrite comme « considérable » par les sources du renseignement. Le régime, disent-ils, est dans une situation extrêmement difficile.

Le sablier, celui-là même qu’a posté le Mossad en persan, tourne.

— Rédaction internationale