En moins de trois jours, ce qui avait commencĂ© comme une frappe ciblĂ©e israĂ©lo-amĂ©ricaine contre l’Iran s’est transformĂ© en conflagration rĂ©gionale d’une ampleur sans prĂ©cĂ©dent depuis des dĂ©cennies. Douze pays directement touchĂ©s, les marchĂ©s mondiaux de l’Ă©nergie en Ă©tat de choc, le dĂ©troit d’Ormuz fermĂ©, et l’Europe entraĂ®nĂ©e malgrĂ© elle dans le tourbillon. Le prĂ©sident Trump a lui-mĂŞme annoncĂ© que l’opĂ©ration baptisĂ©e Epic Fury — « Fureur Épique » — Ă©tait conçue pour durer quatre Ă cinq semaines. Dans ce laps de temps, tout peut encore s’aggraver.
Un Moyen-Orient qui n’a pas eu le temps de souffler
Le contexte est brutal dans sa simplicitĂ©. Après deux annĂ©es de guerre continue — Gaza, le Liban, le YĂ©men, IsraĂ«l — un cessez-le-feu nĂ©gociĂ© par les AmĂ©ricains avait ramenĂ© un semblant de calme en octobre dernier. L’accalmie aura durĂ© Ă peine quelques mois. Le nouveau sĂ©isme est dĂ©sormais en marche, et selon les premiers signaux, il sera bien plus dĂ©vastateur que tout ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©.
Avant mĂŞme le dĂ©but des hostilitĂ©s, l’Iran avait prĂ©venu : toute frappe sur son territoire entraĂ®nerait des reprĂ©sailles non seulement contre IsraĂ«l, mais contre l’ensemble des bases amĂ©ricaines du Golfe et d’Irak. Ce n’Ă©tait pas une menace en l’air. Dès les premières heures de l’offensive, TĂ©hĂ©ran a mis ses mots en actes, en lançant des vagues de missiles balistiques et de drones vers IsraĂ«l, les Émirats arabes unis, BahreĂŻn, le KoweĂŻt et le Qatar.
Une gĂ©ographie de la violence qui ne cesse de s’Ă©tendre
L’extraordinaire dimension gĂ©ographique du conflit est ce qui frappe en premier. En l’espace de 72 heures, au moins onze pays ont Ă©tĂ© directement impliquĂ©s dans les Ă©changes de feux. L’Iran a frappĂ© la rĂ©gion kurde d’Irak, qu’il perçoit comme un relais d’influence amĂ©ricaine et israĂ©lienne. Des milices pro-iraniennes ont attaquĂ© des bases amĂ©ricaines en Irak, pendant que leurs sympathisants tentaient de forcer l’entrĂ©e de l’ambassade amĂ©ricaine Ă Bagdad.
Le deuxième jour, les frappes iraniennes ont atteint l’Arabie saoudite et Oman — cette mĂŞme Oman qui avait servi de canal de mĂ©diation discret dans les nĂ©gociations nuclĂ©aires entre TĂ©hĂ©ran et Washington. Le symbole est saisissant : l’Iran frappe ses propres intermĂ©diaires. Des dĂ©bris de drones ont endommagĂ© une raffinerie d’Aramco en Arabie saoudite, la première attaque de ce type depuis 2019. Le Qatar, autre mĂ©diateur-clĂ© dans le dossier iranien, a annoncĂ© avoir interceptĂ© deux avions de combat iraniens et a dĂ©noncĂ© une « attaque irresponsable et imprudente ».
Le fossé entre les mots et les actes de Téhéran
Face Ă ce tableau, le ministre des Affaires Ă©trangères iranien Abbas Araghchi a tenu un discours qui dĂ©tonne. L’Iran, a-t-il affirmĂ©, n’est pas en guerre contre les pays de la rĂ©gion — ses frappes ne visent qu’IsraĂ«l et les bases militaires amĂ©ricaines. La rĂ©alitĂ© sur le terrain raconte une tout autre histoire : des drones et missiles iraniens ont touchĂ© des cibles civiles dans l’ensemble du Golfe, y compris des zones touristiques de DubaĂŻ.
Ce gouffre entre les dĂ©clarations officielles et les actes n’a pas Ă©chappĂ© aux dirigeants arabes. Selon des responsables arabes citĂ©s par des sources israĂ©liennes, plusieurs pays de la rĂ©gion envisagent dĂ©sormais de rejoindre activement le conflit et d’agir directement contre l’Iran. Un basculement qui, s’il se confirmait, changerait radicalement l’Ă©quilibre des forces en prĂ©sence.
Ormuz fermé, les marchés tremblent
L’Iran a Ă©galement jouĂ© la carte Ă©conomique en annonçant la fermeture du dĂ©troit d’Ormuz et en menaçant d’incendier tout navire qui tenterait de le franchir. La menace a un poids considĂ©rable : quelque 20 % du pĂ©trole mondial transite par ce point de passage. Washington affirme avoir coulĂ© plusieurs navires iraniens et assure que l’approvisionnement en pĂ©trole reste stable, mais les marchĂ©s ne s’y sont pas trompĂ©s. L’arrĂŞt des exportations de gaz naturel liquĂ©fiĂ© depuis le Qatar a provoquĂ© une hausse brutale des prix de l’Ă©nergie dès le lundi.
Le Hezbollah entre en scène — et l’Europe avec lui
Dans la nuit du dimanche, le Hezbollah a rompu son silence. L’organisation chiite libanaise, affaiblie mais pas dĂ©truite par les annĂ©es de guerre prĂ©cĂ©dentes, a tirĂ© missiles et drones vers IsraĂ«l, ouvrant un nouveau front au nord. IsraĂ«l a rĂ©pondu par une vague de frappes aĂ©riennes massives sur l’ensemble du territoire libanais, y compris Beyrouth, tuant plusieurs commandants du Hezbollah. Un responsable sĂ©curitaire israĂ©lien a prĂ©venu sans dĂ©tour : « Tout membre du Hezbollah est dĂ©sormais une cible. »
La dĂ©cision du Hezbollah d’entrer en guerre Ă©tait l’une des grandes inconnues des services de renseignement amĂ©ricains et israĂ©liens. Ce qui interroge, c’est la retenue relative de l’organisation : ses frappes sont jusqu’ici limitĂ©es et largement interceptĂ©es. Pourquoi s’engager sans dĂ©ployer sa pleine puissance de feu ? La question reste ouverte. En rĂ©action, le gouvernement libanais a votĂ© pour interdire toute activitĂ© militaire du Hezbollah sur son territoire, et le Premier ministre Nawaf Salam a exigĂ© que l’organisation remette immĂ©diatement ses armes.
C’est depuis le Liban que sont apparemment partis les drones qui ont frappĂ© la base de la Royal Air Force britannique d’Akrotiri, Ă Chypre. En touchant une base militaire britannique, le conflit franchit pour la première fois les frontières de l’Europe. Chypre, qui assure actuellement la prĂ©sidence tournante de l’Union europĂ©enne, a annulĂ© un sommet ministĂ©riel prĂ©vu. La Grèce a dĂ©pĂŞchĂ© deux frĂ©gates et deux avions de combat pour renforcer la dĂ©fense de l’Ă®le.
Londres, Paris, Berlin : l’Europe sort de sa rĂ©serve
Les trois grandes puissances europĂ©ennes — Royaume-Uni, France et Allemagne — ont publiĂ© une dĂ©claration commune annonçant qu’elles pourraient intervenir « pour protĂ©ger nos intĂ©rĂŞts et ceux de nos alliĂ©s dans la rĂ©gion, y compris par des actions dĂ©fensives nĂ©cessaires et proportionnĂ©es pour dĂ©truire Ă la source la capacitĂ© iranienne Ă lancer missiles et drones ». Le Premier ministre britannique Keir Starmer a franchi un premier pas concret en autorisant les États-Unis Ă utiliser des bases britanniques pour frapper les dĂ©pĂ´ts de missiles iraniens — des bases situĂ©es en Grande-Bretagne, Ă Chypre, ou sur l’Ă®le de Diego Garcia dans l’ocĂ©an Indien.
Le spectre du terrorisme atteint le sol américain
La guerre ne se limite plus aux théâtres d’opĂ©ration extĂ©rieurs. Le FBI et le dĂ©partement de la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure amĂ©ricain ont relevĂ© leur niveau d’alerte antiterroriste. Un bulletin officiel met en garde contre « un environnement de menaces accru », incluant le risque d’attentats et de cyberattaques menĂ©s par des activistes pro-iraniens sur le sol amĂ©ricain. Le conflit, nĂ© dans les airs au-dessus de l’Iran, a dĂ©sormais des ramifications jusqu’au cĹ“ur des États-Unis.
Les Houthis yĂ©mĂ©nites, soutenus par TĂ©hĂ©ran, n’ont pas encore officiellement rejoint les combats, mais ont signalĂ© qu’ils s’y prĂ©paraient activement. Un front de plus qui pourrait s’ouvrir Ă tout moment.
— Rédaction internationale
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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