Dix jours après le lancement de l’opération Roaring Lion, une inversion s’est produite dans les chiffres qui en dit long sur la nature de cette guerre et sur ce qui se joue entre Jérusalem et Washington.
Des chiffres qui racontent une stratégie
Dans les cinq premiers jours de la guerre, selon les données de l’Institut pour les études de sécurité nationale (INSS), les États-Unis ont frappé plus de trois fois plus qu’Israël en Iran, avec 2 000 frappes américaines contre 600 israéliennes. Mais au cours du week-end, après l’annonce par Israël et les États-Unis du passage à « la phase suivante » de l’opération, un renversement de tendance semble s’être produit : Tsahal a frappé depuis lors près de 3 fois plus que l’armée américaine, avec 2 800 cibles frappées contre 1 000. ynet
Le bilan total est révélateur. Au total, selon les données de l’INSS, les États-Unis ont frappé depuis le début de l’opération 3 000 cibles en Iran, contre 3 400 pour Israël — auxquelles s’ajoutent 600 frappes supplémentaires au Liban. Depuis l’annonce de la « phase suivante », Israël semble avoir accéléré ses frappes en Iran, tandis que les États-Unis ont maintenu le rythme qu’ils avaient déjà fixé auparavant. ynet
Le problème des stocks américains
Plusieurs hypothèses expliquent cette asymétrie. La première touche à la question fondamentale des munitions. Selon un rapport du Washington Post, quelques jours avant l’éclatement de la guerre, le chef d’état-major américain, le général Dan Caine, avait averti le président Donald Trump et les hauts responsables de son gouvernement que les stocks de munitions américains n’étaient pas importants. ynet
Le Financial Times britannique a également rapporté que le renseignement israélien avait conclu que les forces déployées par les États-Unis au Moyen-Orient ne disposaient que d’une capacité militaire limitée pour frapper l’Iran sur la durée. Ce rapport s’appuyait sur une source du renseignement israélien, qui affirmait que les États-Unis avaient la capacité de mener une frappe aérienne intensive de « quatre à cinq jours seulement », ou d’une semaine de « frappes à intensité plus faible ». ynet
Trump a démenti, affirmant disposer d’une offre « presque illimitée » de munitions essentielles, et le Pentagone a suivi en assurant que les dotations étaient suffisantes.
Le temps joue contre Israël — et Israël le sait
La seconde hypothèse est plus politique, et plus israélienne. Du côté israélien, le renversement de tendance et la forte hausse des frappes avec l’entrée dans la « phase suivante » peut indiquer une progression des combats, mais aussi la crainte que Trump ne mette fin à l’opération en raison de l’opinion publique aux États-Unis. En fait, dès les premiers jours de la guerre, Israël a compris qu’il fallait maximiser les gains le plus rapidement possible. ynet
Washington, lui, ne semble pas pressé. Le président américain s’est exprimé plusieurs fois sur le fait que la guerre pouvait durer un mois ou plus, et il existe des signes que l’opération n’est pas proche de son terme. Dans la nuit, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a déclaré que « c’est seulement le début ». ynet
En parallèle, le renforcement américain se poursuit : des B-1 américains ont atterri en Grande-Bretagne, et un C-5M Super Galaxy — capable de transporter deux chars M1 Abrams, six hélicoptères Apache ou 36 véhicules militaires — a été repéré sur la base de Fairford dans le Gloucestershire. ynet
Ce que les chiffres décrivent, au fond, c’est une guerre à deux vitesses : une Amérique prudente sur ses stocks et attentive à son opinion publique, et un Israël qui a décidé que la fenêtre d’opportunité ne sera peut-être pas ouverte éternellement.
Sources : Ynet / Ron Krisi, 09/03/2026
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