En avril dernier, le gouvernement israĂ©lien a adoptĂ© un plan quinquennal de dĂ©veloppement du plateau du Golan et de Katzrin, dotĂ© d’une enveloppe d’environ un milliard de shekels, avec un objectif ambitieux : accueillir 3 000 nouvelles familles d’ici la fin de la dĂ©cennie. Sur le papier, la volontĂ© politique est lĂ . Sur le terrain, la rĂ©alitĂ© est beaucoup plus nuancĂ©e — et pour certains, franchement alarmante.
Tsvi Hauser, qui prĂ©side depuis une dizaine d’annĂ©es la Coalition pour le Golan qu’il a fondĂ©e, ne mâche pas ses mots. Ă€ ses yeux, IsraĂ«l ne construit pas suffisamment sur le plateau. Et la menace d’une pression internationale renouvelĂ©e sur la souverainetĂ© israĂ©lienne dans la rĂ©gion n’est pas une hypothèse d’Ă©cole. « Le dirigeant syrien al-Jolani bĂ©nĂ©ficie d’un soutien gĂ©nĂ©ralisĂ©, d’une oreille attentive amĂ©ricaine et d’une accolade europĂ©enne. Il est prĂŞt Ă renoncer aux trois obstacles qui ont fait Ă©chouer les nĂ©gociations par le passĂ© : les enclaves dĂ©militarisĂ©es, le calendrier de retrait et les arrangements sĂ©curitaires. Quand cela arrivera, la pression sur IsraĂ«l sera insupportable », avertit-il.
Pour Hauser, le seul vrai verrou qui empĂŞcherait une Ă©ventuelle pression internationale de se concrĂ©tiser en retrait israĂ©lien, c’est l’existence d’une prĂ©sence juive suffisamment massive. Aujourd’hui, le Golan compte environ 30 000 Juifs et un nombre similaire de Druzes. « La JudĂ©e-Samarie n’a pas Ă©tĂ© Ă©vacuĂ©e uniquement grâce Ă la colonisation. IsraĂ«l pourrait facilement installer 100 000 personnes sur le Golan. Évacuer 30 000 personnes n’est pas la mĂŞme chose qu’en Ă©vacuer 100 000. Il existe une masse critique qui rend l’Ă©vacuation impossible — et ce chiffre comporte six chiffres. IsraĂ«l dispose d’une fenĂŞtre de temps limitĂ©e pour changer radicalement la rĂ©alitĂ© du Golan et rendre tout retrait futur impossible. Sous cet angle, l’État d’IsraĂ«l, sa direction et bon nombre de gens bien qui soutiennent le Golan dorment debout. »
Entre idéal communautaire et impératif stratégique
Sur le terrain, les responsables des kibbutzim du Golan se trouvent pris entre deux logiques difficilement conciliables. Ă€ Alrom, dans le nord du plateau, vivent 220 familles. L’approbation rĂ©cente de 22 unitĂ©s supplĂ©mentaires ne changera pas fondamentalement la donne : le rythme d’accueil y est de sept Ă dix familles par an, dĂ©libĂ©rĂ©ment limitĂ© pour prĂ©server le tissu communautaire. Eyal Marx, secrĂ©taire d’Alrom, approuve l’objectif gouvernemental de doubler la population du Golan, mais juge qu’il ne rĂ©siste pas Ă l’Ă©preuve de la rĂ©alitĂ© au niveau de l’emploi, de la mĂ©decine, de l’Ă©ducation et des infrastructures. Sa position : agrandir Katzrin, Hispin, Kela Alon — pas les petits kibbutzim.
Ă€ Ortal, 130 familles, une trame identique : capacitĂ© Ă croĂ®tre, mais Ă son rythme. « Nous essayons de trouver l’Ă©quilibre. Nous n’avons pas non plus les infrastructures pour absorber une masse. Nous construisons au rythme de la capacitĂ© d’accueil. » Ă€ Marom Golan, Yehuda Harel — l’un des fondateurs historiques de la colonisation du Golan, 91 ans — dĂ©fend une tout autre philosophie : non pas la quantitĂ©, mais la qualitĂ© et le label. « 200 000 personnes ne changeraient pas le tableau en cas d’accord. Ce qui compte, c’est qui vit ici, pas combien. Une citĂ© haredi pourrait doubler la population en deux ans — mais ça ne nous aiderait en rien. » Il croit au dĂ©veloppement organique, Ă la rĂ©putation qui attire les gens d’elle-mĂŞme, et se mĂ©fie des impulsions venues d’en haut.
La bureaucratie, obstacle méconnu
Derrière les dĂ©bats de fond se cache un problème concret : les dĂ©lais administratifs. Pinhas Valerstein, figure de la colonisation en JudĂ©e-Samarie qui conseille bĂ©nĂ©volement des acteurs du dĂ©veloppement du NĂ©guev, de la GalilĂ©e et du Golan, calcule qu’un candidat au logement sur le plateau attendra aujourd’hui six Ă sept ans avant d’emmĂ©nager — entre le parcours d’admission Ă la communautĂ©, le permis de construire et la construction elle-mĂŞme. Sa solution : le modèle de la « maison associative », oĂą chaque localitĂ© investit pour construire des logements qu’elle revend ensuite aux nouvelles familles, un mĂ©canisme dĂ©jĂ expĂ©rimentĂ© avec succès dans les kibbutzim de l’Otef Gaza.
Ă€ Katzrin, la capitale du Golan avec aujourd’hui 9 500 habitants, le maire Yehouda Doua mise sur le modèle « ville-village » et prĂ©voit d’absorber 10 000 habitants supplĂ©mentaires en 2 300 logements neufs dans les quatre prochaines annĂ©es. Uri Kleiner, chef du conseil rĂ©gional du Golan, voit sa mission Ă la fois dans la croissance dĂ©mographique et dans la prĂ©servation du paysage unique du plateau : « Une colonisation sans croissance dĂ©mographique et sans transmission intergĂ©nĂ©rationnelle n’a pas de raison d’ĂŞtre. Mais nous devons aussi laisser Ă nos arrière-petits-enfants les renards, les loups et le paysage vert. »
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