La famille d’Aliyan Astrakh, 71 ans, originaire de Holon, a déposé une plainte en dommages et intérêts devant le tribunal de paix de Tel Aviv contre la société exploitant l’hôtel « La Forêt Secrète » situé près de la ville de Paphos à Chypre, ainsi que contre son fondateur et propriétaire, Yonatan « Yoni » Kahana. La plainte allègue qu’une faute grave du personnel de l’hôtel, l’absence de toute préparation aux situations d’urgence médicale et un retard significatif dans l’appel aux secours ont conduit au décès de la touriste.
L’événement tragique s’est produit lors des fêtes de Noël 2024. Selon l’acte de mise en cause, rédigé par l’avocat Nir Yaslovitch, Astrakh était arrivée à l’hôtel deux jours auparavant avec trois amies pour un séjour de quatre nuits. Le 24 décembre, elle profitait des bassins d’eau chaude du complexe après un soin à la boue. Les proches soulignent que l’hôtel avait pourtant affiché des conditions d’utilisation des bassins — autorisation médicale préalable, temps limité, présence obligatoire du personnel — des conditions qui, selon eux, n’ont jamais été respectées en pratique.
Cinquante minutes sans soins
Aux alentours d’une heure quarante du matin, entre le 24 et le 25 décembre, Astrakh a commencé à se plaindre de difficultés respiratoires aiguës, disant à l’une de ses amies qu’elle n’avait « plus d’air ». Peu après, elle s’est effondrée et a perdu connaissance. Ses compagnes ont couru jusqu’à la réception pour alerter le personnel, et ont découvert que le poste était inoccupé. Selon la plainte, pendant de longues minutes aucun membre du personnel ne s’est présenté, aucun responsable médical n’était disponible, aucune procédure d’urgence n’a été déclenchée et aucun équipement médical de base n’était accessible aux clients.
Le seul employé qu’elles ont finalement réussi à localiser ne parlait pas anglais et ne savait pas comment réagir. Les amies de la victime ont tenté de joindre la direction de l’hôtel, et c’est seulement après un nouveau délai qu’une ambulance a été appelée. Selon le rapport d’ambulance cité dans la plainte, l’appel d’urgence a été reçu à deux heures trois du matin et l’équipe n’est arrivée à l’hôtel qu’à deux heures trente-quatre. Aliyan Astrakh a été transportée à l’hôpital sans signes vitaux, et son décès a été prononcé peu après.
L’avis du cardiologue : cinquante à cinquante-cinq minutes sans intervention
Une expertise médicale signée par le cardiologue Dr Racin Tobi a été jointe à la plainte. Elle conclut qu’Astrakh est décédée des suites d’une insuffisance respiratoire aiguë ayant conduit à une grave privation en oxygène et à un trouble du rythme cardiaque fatal. Selon cette expertise, pendant cinquante à cinquante-cinq minutes, la victime n’a reçu aucun soin médical ni assistance de base, et « un traitement approprié en temps réel aurait pu empêcher son décès ou du moins le repousser de plusieurs années ».
La famille fait valoir que l’hôtel n’a pas assuré l’occupation de la réception, n’a pas disposé d’équipement médical d’urgence élémentaire, n’a pas employé de personnel formé aux situations d’urgence et n’a pas mis en place de procédures adaptées. Elle demande au tribunal de condamner les défendeurs à verser des dommages et intérêts pour le préjudice subi par la succession, la perte de soutien et les dommages causés à l’époux et aux enfants de la défunte.
La question de la compétence territoriale
Le premier obstacle juridique pour la famille est de convaincre le tribunal israélien d’accepter de traiter l’affaire, alors que les faits se sont produits à Chypre. L’argument avancé est que l’hôtel a commercialisé ses services auprès du public israélien, a diffusé des contenus en hébreu, a accepté des réservations depuis Israël et s’est présenté comme un établissement casher ciblant une clientèle israélienne. Aucun mémoire en défense n’a encore été déposé.
La réponse de Yoni Kahana et de « La Forêt Secrète » est cinglante : « Dommage qu’un site respectable comme Walla serve d’instrument à des personnes qui tentent de nous faire chanter, sans succès. Nous sommes occupés à illuminer le monde et à faire du bien à des milliers d’Israéliens chaque mois, au premier rang desquels des parents endeuillés, des veuves, des orphelins de Tsahal et des réservistes, tandis que certains cherchent à s’enrichir à nos dépens de manière malhonnête. »
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