La fuite qui a mis Trump en rage : les dessous de l’accord amĂ©ricano-iranien qui se nĂ©gocie Ă  Genève

Les nĂ©gociations entre Washington et TĂ©hĂ©ran traversaient ce week-end une crise de confiance aiguĂ«. La cause : la divulgation dans la presse d’un texte confidentiel extrait du projet de mĂ©morandum d’entente qui doit ĂŞtre signĂ© Ă  Genève. Selon un rapport du Wall Street Journal publiĂ© ce samedi, le prĂ©sident Donald Trump est entrĂ© dans une colère noire en dĂ©couvrant que des passages substantiels de ce document avaient filtrĂ© — et que leur contenu prĂ©sentait les États-Unis comme consentant Ă  des concessions bien plus larges qu’il ne l’avait laissĂ© entendre publiquement.

La fuite expose une rĂ©alitĂ© que l’administration amĂ©ricaine cherchait Ă  dissimuler : sur la question cruciale du calendrier de dĂ©gel des avoirs iraniens, le texte tel qu’il a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© adoptait une ligne bien moins ferme que ce que Trump avait revendiquĂ©. Le prĂ©sident, dont la rĂ©putation repose prĂ©cisĂ©ment sur l’art de nĂ©gocier en position de force absolue, a vĂ©cu cela comme une trahison et une manipulation iranienne dĂ©libĂ©rĂ©e. Dans des conversations privĂ©es rapportĂ©es par le Wall Street Journal, il aurait lancĂ© : « Ils nous prennent pour des idiots. »

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

La contre-offensive de Washington

La rĂ©action de Trump a Ă©tĂ© immĂ©diate et tranchante. Il a donnĂ© des instructions fermes Ă  ses conseillers et Ă  l’Ă©quipe de communication de la Maison-Blanche pour Ă©craser le narratif selon lequel l’accord en cours de nĂ©gociation serait une capitulation amĂ©ricaine. Un haut fonctionnaire a Ă©tĂ© mis en avant dès vendredi pour prĂ©senter publiquement la ligne rouge de Washington : l’Iran ne touchera pas un dollar d’allĂ©gements de sanctions ni d’avantages Ă©conomiques avant d’avoir accompli des actes concrets et irrĂ©versibles sur le dossier nuclĂ©aire.

Les conditions non-nĂ©gociables amĂ©ricaines telles qu’elles ont Ă©tĂ© rĂ©affirmĂ©es publiquement sont au nombre de trois : le dĂ©mantèlement complet des sites nuclĂ©aires iraniens avec mise hors service dĂ©finitive, l’arrĂŞt total de l’enrichissement d’uranium Ă  tous les niveaux, et la cessation du financement iranien aux milices proxy dans la rĂ©gion — en premier lieu le Hezbollah au Liban.

Le piège politique de Trump

La sensibilitĂ© extrĂŞme du prĂ©sident Ă  cette fuite s’explique en grande partie par le contexte politique intĂ©rieur amĂ©ricain. Trump a fait de son retrait fracassant de l’accord de 2015 de Barack Obama — le JCPOA — l’un de ses marqueurs politiques les plus symboliques, le qualifiant Ă  l’Ă©poque de « pire accord de l’histoire ». Aujourd’hui, des experts en sĂ©curitĂ© nationale et des rĂ©publicains faucons avertissent que l’accord que Trump cherche Ă  conclure en urgence pour mettre fin Ă  la guerre en cours risque de reproduire exactement les mĂŞmes failles.

La stratĂ©gie du prĂ©sident consiste Ă  repousser les questions les plus Ă©pineuses — le sort de l’uranium enrichi dĂ©jĂ  stockĂ©, les dĂ©tails du dĂ©mantèlement des capacitĂ©s nuclĂ©aires — Ă  de futures nĂ©gociations techniques Ă  Islamabad, et de se contenter pour l’instant d’un mĂ©morandum provisoire signĂ© Ă  Genève, dont l’objectif immĂ©diat est surtout d’ouvrir le dĂ©troit d’Ormuz et de faire baisser le prix du carburant aux États-Unis. Pour ses dĂ©tracteurs, c’est un accord qui permettrait Ă  TĂ©hĂ©ran d’acheter du temps.

La professeure Caitlin Talmadge du MIT a rĂ©sumĂ© l’inquiĂ©tude de nombreux analystes : selon elle, il est tout Ă  fait possible que l’accord se conclue avec les mĂŞmes failles structurelles que celles que les faucons avaient reprochĂ©es au JCPOA — et que l’Iran en ressorte avec la capacitĂ© intacte de refermer le dĂ©troit d’Ormuz quand bon lui semblera.

Sur le terrain, la guerre continue

Pendant que les diplomates qataris et pakistanais s’efforcent de combler les Ă©carts pour permettre une signature entre le vice-prĂ©sident J.D. Vance et les Iraniens Ă  Genève, les faits sur le terrain racontent une autre histoire. Les combats se poursuivent avec intensitĂ©. Un drone iranien a abattu un hĂ©licoptère Apache amĂ©ricain en dĂ©but de semaine — l’Ă©quipage du pilote ayant Ă©tĂ© blessĂ© par des fragments du drone et l’appareil s’Ă©tant abĂ®mĂ© dans le dĂ©troit d’Ormuz. L’incident a failli dĂ©clencher des frappes amĂ©ricaines sur des infrastructures civiles iraniennes. La marine amĂ©ricaine a par ailleurs annoncĂ© avoir interceptĂ© vendredi soir plusieurs drones d’attaque iraniens qui menaçaient des navires commerciaux dans le dĂ©troit. Le Maritime Trade Operations Center britannique a confirmĂ© qu’un pĂ©trolier avait Ă©tĂ© touchĂ© par un projectile au large des cĂ´tes d’Oman.

Les fuites et la guerre de communication ne sont qu’une dimension d’un affrontement bien plus large — celui qui se joue dans l’opinion publique amĂ©ricaine autour de la dĂ©finition mĂŞme de ce que serait une « victoire ».

Pour aller plus loin :