Ils ont perdu des proches, des amis, parfois des enfants. Ils ont été évacués de leurs maisons pendant des mois. Certains ont vécu le massacre de près, dans des kibboutzim où le Hezbollah s’est déchaîné le matin du 7 octobre 2023. Et pourtant, selon une nouvelle étude conduite auprès de 374 résidents âgés de 65 ans et plus du Conseil régional d’Eshkol, dans le cadre de l’initiative « Yeshoutanou » de l’organisation Shitufim, 40 % de ces anciens travaillaient encore contre rémunération au cours de l’année écoulée. C’est près du double de la moyenne nationale.
Le chiffre le plus saisissant de l’étude porte sur la tranche d’âge des 75 ans et plus : un senior sur quatre, dans cette population qui a pourtant traversé l’horreur, continue d’exercer une activité professionnelle. Et 91 % de ceux qui travaillent déclarent que cette activité leur procure un sentiment fort de sens et d’utilité. Ce n’est pas de la résignation — c’est un choix.
L’engagement communautaire est tout aussi frappant. 45 % de ces seniors font du bénévolat de manière régulière, soit trois fois la moyenne nationale. Plus de la moitié le font au moins une fois par semaine. Dans une région où le tissu social a été déchiré par le 7 octobre, ces chiffres décrivent une population qui s’accroche activement au rôle de ciment qu’elle a toujours joué.
Des fondateurs qui refusent de passer la main
Ce que les données dessinent, c’est le portrait d’une génération de bâtisseurs qui n’a jamais conçu sa vie autrement qu’en termes d’apport collectif. Beaucoup travaillent dans l’agriculture, le tourisme, les services, l’éducation et l’encadrement — des secteurs qui constituent depuis des décennies l’ossature économique et sociale de l’Enveloppe de Gaza. Cette continuité n’est pas anodine : dans des communautés qui tentent encore de reprendre souffle après le massacre, la présence active de ces seniors représente une forme de signal — celui que la vie recommence, que les structures tiennent, que quelqu’un est encore là pour maintenir le cap.
Michal Anbal Yaacobson, directrice de l’initiative « Yeshoutanou » pour la qualité de vie dans la vieillesse, explique que l’étude vise précisément à recadrer le regard que la société porte sur les seniors de l’Enveloppe. Au-delà de leur statut de victimes et de leur besoin en soutien psychologique — réel et légitime — il y a ici une population dotée d’une expérience, d’une résilience et d’une volonté d’engagement qui constituent une ressource pour la reconstruction. « La réhabilitation de l’Enveloppe ne peut pas se concentrer uniquement sur le traitement — elle doit aussi inclure des opportunités de sens, de communauté et d’action », souligne-t-elle.
Pour autant, l’étude ne masque pas les difficultés. 43 % des répondants déclarent avoir réduit leur niveau d’activité depuis le 7 octobre, avec une baisse plus marquée chez les hommes sur les plans de l’implication sociale et du sentiment de résilience communautaire. Et parmi ceux qui ne travaillent plus, 22 % disent qu’ils reprendraient une activité si un cadre adapté leur était proposé. La demande est là — l’offre peine à se structurer.
La présidente du Conseil régional d’Eshkol, Michal Uziyahu, ne cache pas sa fierté : « Quand on nous demande quel est le secret de la force d’Eshkol, la réponse est claire — nos anciens. C’est la génération des fondateurs. Après le massacre, l’évacuation prolongée et le deuil, ils ont été parmi les premiers à rentrer chez eux, à rouvrir les structures communautaires et à redonner vie à cet endroit. Ils ne sont pas seulement une population qui a besoin d’aide. Ils sont une part centrale de notre résilience. »
Pour aller plus loin, retrouvez nos articles sur le retour des habitants dans les communautés du Nord après le 7 octobre ainsi que notre couverture des opérations militaires liées à la sécurité du sud d’Israël.






