La grave affaire qui secoue Tsahal : le commandant de la brigade Givati introduit trois civils dans une zone de combat actif au sud du Liban sans autorisation

Tsahal est Ă©branlĂ©. Un incident grave de violation de discipline opĂ©rationnelle impliquant des officiers supĂ©rieurs a Ă©clatĂ© au grand jour ce mardi matin, et le chef d’Ă©tat-major, le gĂ©nĂ©ral de corps d’armĂ©e Eyal Zamir, devrait rendre sa dĂ©cision dans les prochaines heures. Au cĹ“ur de l’affaire : le commandant de la brigade Givati,  le lieutenant-colonel Netanel Shmakha,qui a introduit trois civils dans une zone de combat actif au sud du Liban, sans y avoir Ă©tĂ© autorisĂ© par les Ă©chelons compĂ©tents.

L’incident s’est produit il y a un peu plus d’une semaine, dans la rĂ©gion de Bint Jbeil. Selon le rapport du journaliste de la radio de l’armĂ©e Doron Kadosh, le commandant de brigade  le colonel Netanel Shamaka a autorisĂ© les quatre reservistes Ă  entrer Ă  Bint Jbeil pour rĂ©citer le Kaddish – la prière de deuil -, alors que des terroristes du Hezbollah Ă©taient toujours retranchĂ©s dans la ville.. Avant l’entrĂ©e des civils, le commandant les aurait soumis Ă  un briefing dans une tentative de lĂ©gitimer la dĂ©marche — mais l’opĂ©ration a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e sans la moindre autorisation des Ă©chelons hiĂ©rarchiques habilitĂ©s Ă  la donner.

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La gravitĂ© de l’incident tient Ă  un contexte particulièrement chargĂ©. L’introduction des civils a eu lieu peu de temps après l’entrĂ©e en vigueur du cessez-le-feu, alors que le secteur Ă©tait encore officiellement qualifiĂ© de zone de combat non dĂ©minĂ©e de la prĂ©sence ennemie. Ă€ ce moment prĂ©cis, Tsahal estimait que des cellules armĂ©es Ă©taient encore prĂ©sentes dans la zone — une Ă©valuation qui s’est rĂ©vĂ©lĂ©e exacte : quelques jours plus tard seulement, une accroche avec six terroristes armĂ©s s’est produite exactement au mĂŞme endroit. Les trois civils n’ont pas Ă©tĂ© blessĂ©s, mais dans les couloirs de l’Ă©tat-major, on parle de « beaucoup de chance » comme seule explication Ă  l’issue heureuse de l’incident.

Ce qui aggrave encore le retentissement de l’affaire, c’est le souvenir encore vif d’un prĂ©cĂ©dent douloureux. En novembre 2024, le chef d’Ă©tat-major adjoint de la brigade Golani de l’Ă©poque, le colonel de rĂ©serve Yoav Yarom, avait lui aussi introduit sans autorisation un civil dans le territoire libanais : le chercheur en gĂ©ographie historique de la Terre d’IsraĂ«l Zhabo Arlich z »l. Arlich avait trouvĂ© la mort au combat aux cĂ´tĂ©s du combattant Gour Kahati z »l — un drame qui avait conduit Ă  la dĂ©mission et au renvoi de Yarom par le chef d’Ă©tat-major. Ă€ la suite de cet accident, une commission spĂ©ciale avait Ă©tĂ© constituĂ©e pour renforcer la discipline opĂ©rationnelle et Ă©tablir des procĂ©dures strictes destinĂ©es Ă  empĂŞcher toute réédition. MalgrĂ© ces leçons tirĂ©es et les ordres clairs qui en ont dĂ©coulĂ©, le manquement s’est reproduit dans la brigade Givati.

Tsahal a rĂ©agi par un communiquĂ© sobre mais sans ambiguĂŻtĂ© : « Un soldat d’active et trois rĂ©servistes en service actif ont Ă©tĂ© introduits dans le sud du Liban Ă  des fins non opĂ©rationnelles. Leur introduction a Ă©tĂ© effectuĂ©e sans l’autorisation des Ă©chelons compĂ©tents. L’incident est en cours d’enquĂŞte. Aucun autre cas d’introduction de civils dans des zones de combat au Liban dans le cadre de l’opĂ©ration ‘Rugissement du Lion’ n’est connu. »

Le geste du commandant de brigade Ă  l’Ă©gard des familles endeuillĂ©es, aussi humain soit-il dans son intention, met en lumière une tension permanente au sein des armĂ©es en campagne : celle entre la compassion envers les soldats tombĂ©s et leurs proches, et l’impĂ©ratif absolu de ne pas transformer ce deuil en risque mortel supplĂ©mentaire. C’est prĂ©cisĂ©ment parce que l’incident prĂ©cĂ©dent avait coĂ»tĂ© des vies que le retour de ce type de comportement est perçu comme une faute institutionnelle grave, presque inexplicable. L’armĂ©e avait dit avoir tirĂ© les leçons. Le fait que les mĂŞmes erreurs puissent ĂŞtre commises Ă  nouveau par un autre officier supĂ©rieur, dans un autre secteur, soulève des questions profondes sur l’efficacitĂ© rĂ©elle de la transmission des ordres et sur la culture de discipline qui prĂ©vaut au niveau de commandement de brigade.

Le chef d’Ă©tat-major Zamir, qui a dĂ©montrĂ© depuis sa prise de fonctions une ligne ferme en matière de responsabilitĂ© hiĂ©rarchique, devrait se prononcer dans les prochains jours sur les suites disciplinaires rĂ©servĂ©es au lieutenant-colonel Shmakha.

Pour rappel du prĂ©cĂ©dent de la brigade Golani : Tensions explosives entre Netanyahou et le chef d’Ă©tat-major : faut-il conquĂ©rir Gaza coĂ»te que coĂ»te ?. Sur l’opĂ©ration « Rugissement du Lion » et les combats au Liban : On peut maintenant le dire : voici ce qui s’est passĂ© au Liban la semaine dernière.