Un an après son arrestation et les manifestations ultra-orthodoxes : le « prisonnier du monde de la Torah » photographié en short en Thaïlande

Il avait été présenté comme un martyr. Un « prisonnier du monde de la Torah », arrêté à l’aéroport Ben Gourion il y a environ un an pour avoir refusé de répondre aux convocations précédant l’incorporation à Tsahal. Ses partisans ultra-orthodoxes avaient alors bloqué la route 4 dans la région de Bnei Brak pendant de longues heures, réclamant sa libération. Des rabbins lui avaient adressé des lettres de soutien. Et à sa sortie de prison militaire, il avait été accueilli dans un véhicule de luxe, conduit de maison rabbinique en maison rabbinique, avant de recevoir un accueil triomphal organisé par l’association « Am Kadoch », où il s’était présenté en costume et chapeau, recevant des bénédictions de ceux qui lui demandaient de les bénir en retour.

Ce mardi, une image publiée sur le site « HaPargod » révèle une réalité un peu différente : le même jeune homme, en débardeur et short, photographié lors d’un séjour touristique en Thaïlande. La photo a déclenché une tempête sur les réseaux sociaux — et une réaction immédiate de Naftali Bennett, président du parti « Beyahad », qui a publié l’image accompagnée de la formule : « C’est le tien, Netanyahu. Et ce n’est pas de l’IA. » Le président d’Israël Beitenou, le député Avigdor Lieberman, a lui aussi réagi : « Bientôt la fête se terminera. Nous mettrons fin au règne des déserteurs. »

Il faut dire que l’affaire avait, dès le départ, quelques zones d’ombre. Quand les organisateurs des manifestations l’avaient présenté comme « un Avrekh qui habite dans le Sud et se trouve dans sa première année de mariage », certains détails avaient rapidement émergé. Le jeune homme, issu d’un milieu ultra-orthodoxe, ne fréquentait pas de yéchiva. Sur son compte Instagram, il se présentait comme charpentier, fabricant de cuisines et de revêtements. L’organisation des manifestants avait néanmoins maintenu que même sans étudier la Torah, il n’était pas tenu de s’enrôler. D’autres voix assuraient à l’époque qu’il étudiait bien la Torah du matin au soir.

Le rabbin Abraham Salim, membre du Conseil des sages de la Torah du parti Shass, avait publié une lettre de soutien explicite : « Cher Avrekh, nous prions tous et espérons que tu sortiras de ta détention au plus vite. Tu es béni d’avoir été arrêté pour des paroles de Torah. » Le rabbin Zvi Friedman, leader de l’aile la plus combative du Peleg Yerushalmi, avait pour sa part écrit directement au jeune homme : « Tu as mérité de sanctifier le nom de Dieu et de déclarer devant tes interrogateurs que tu aspires à être un juif observant la Torah et les commandements. Donne ta vie pour ne pas t’enrôler dans une armée qui sert de creuset à l’abandon de la foi. »

L’image thaïlandaise relance, avec une ironie mordante, le débat le plus explosif de la société israélienne en temps de guerre : celui de l’exemption militaire des ultra-orthodoxes. Depuis le 7 octobre, la question de qui porte le poids de la défense nationale — et qui en est exonéré — est devenue une fissure de plus en plus profonde dans le tissu social israélien. Des soldats meurent sur plusieurs fronts. Des familles attendent des semaines de permission qui ne viennent pas. Et dans ce contexte, la photo d’un homme qui avait cristallisé le combat contre le service militaire, tranquillement en short sous le soleil de Thaïlande, a l’effet d’une gifle.

La controverse autour du « prisonnier du monde de la Torah » et de ses vacances asiatiques n’est pas qu’un fait divers pittoresque. C’est un révélateur. Il dit quelque chose sur la rhétorique du martyre religieux, sur l’instrumentalisation politique des arrestations militaires, et sur la distance parfois abyssale entre le discours de sacrifice et les réalités concrètes de ceux qui en font la démonstration la plus visible. Que cette histoire se termine sur une plage thaïlandaise n’est peut-être pas une surprise — mais elle a le mérite d’être vraie.

Pour approfondir le débat sur le service militaire des ultra-orthodoxes en Israël : Tensions explosives entre Netanyahou et le chef d’état-major : faut-il conquérir Gaza coûte que coûte ?. Et sur les fractures internes à la société israélienne depuis le 7 octobre : 7 octobre : les appels déchirants aux pompiers israéliens, quand l’enfer a pris le téléphone.

 

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