La guerre passe sur les réseaux : ce qui était écrit sur les missiles iraniens tirés vers Israël

La guerre entre Israël et l’Iran ne se joue plus seulement dans les airs — elle se joue aussi sur les écrans. Dans la nuit de dimanche à lundi, alors que des missiles balistiques iraniens traversaient le ciel vers Israël, des médias proiraniens diffusaient une vidéo présentée comme montrant ces mêmes projectiles portant des inscriptions surprenantes : des références à Jeffrey Epstein, le financier américain mort en prison en 2019 au cœur d’un scandale pédocriminel devenu terreau de nombreuses théories du complot.

Selon un rapport de CNN, des médias iraniens ont publié ce contenu filmé montrant des missiles balistiques arborant des kticubments en persan et en anglais. Sur l’un des missiles, le message décrivait le conflit comme une lutte contre les « gens corrompus de l’île d’Epstein », avec des références religieuses à Jésus et Moïse. Le texte ajoutait : « Nous combattons une bande de criminels… nous ne transigerons pas sur la sécurité de notre peuple. » CNN a précisé ne pas être en mesure de vérifier ces vidéos de manière indépendante, et qu’il n’est pas certain que les missiles filmés soient effectivement ceux tirés vers Israël dans la nuit de dimanche.

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La pratique d’inscrire des messages sur des bombes et des obus est ancienne dans les conflits armés, utilisée à des fins de propagande, de guerre psychologique et de renforcement du moral. Mais Téhéran va plus loin : en s’appuyant sur des théories complotistes circulant massivement dans les sphères anglophones d’internet, l’Iran cherche à toucher un public occidental, voire à légitimer son action militaire aux yeux de communautés en ligne nourries de méfiance envers les élites occidentales. Les missiles deviennent ainsi des mèmes armés.

Ce n’est pas la première fois que la République islamique exploite les codes de la culture internet à des fins géopolitiques. Depuis le début du conflit, l’Iran déploie une présence en ligne jugée considérable par rapport à son poids militaire réel, inondant les réseaux sociaux de vidéos, de graphiques et de contenus viraux pour tenter d’imposer ses propres récits loin des champs de bataille. La combinaison de la violence physique des missiles et de l’immatérialité des mèmes constitue une forme de guerre hybride dont Téhéran a fait une spécialité.

L’instrumentalisation du nom d’Epstein n’est pas anodine. Les théories entourant sa mort et la liste de ses supposés complices alimentent depuis des années une méfiance profonde envers les institutions américaines et israéliennes dans certains milieux. En inscrivant ces références sur ses armes, l’Iran signale qu’il cherche à se positionner non pas comme l’agresseur d’un État souverain, mais comme le combattant d’une oligarchie corrompue — cadrage narratif destiné à des audiences bien au-delà du Moyen-Orient.

Cette logique de guerre narrative représente un défi réel pour Israël et ses alliés, qui doivent non seulement intercepter les missiles dans le ciel, mais aussi contester les récits dans l’espace numérique. Chaque frappe israélienne est immédiatement suivie d’une production de contenus iraniens qui en réinterprète la nature et les victimes. La bataille de l’image est désormais aussi intense que la bataille aérienne.

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