Le mĂ©canisme de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure du Hamas vient de publier une directive inĂ©dite Ă destination de ses membres : ne pas se promener sans raison dans leur quartier, ne pas recevoir de visites alĂ©atoires, maintenir un profil bas auprès des voisins. Ce message, diffusĂ© en interne, rĂ©sume mieux que n’importe quel communiquĂ© officiel l’Ă©tat de panique dans lequel se trouve l’organisation depuis les deux dernières liquidations ciblĂ©es de ses commandants.
En l’espace de deux semaines, deux chefs de la branche militaire — Izz al-Din al-Haddad et Mohammed Odeh — ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans des frappes israĂ©liennes sur leurs domiciles, lors de rĂ©unions avec des membres de leur famille. Le vice-commandant de la brigade de Gaza City a Ă©galement Ă©tĂ© Ă©liminĂ© dans la mĂŞme pĂ©riode. Cette sĂ©rie de coups portĂ©s au sommet de l’appareil armĂ© du mouvement islamiste crĂ©e une situation inĂ©dite : personne ne sait prĂ©cisĂ©ment qui va ĂŞtre dĂ©signĂ© pour diriger la branche militaire, et les candidats potentiels se montrent logiquement peu empressĂ©s d’occuper un poste devenu synonyme de cible.
Les consignes diffusées sont au nombre de trois : réduire les déplacements non essentiels dans les environs immédiats du lieu de résidence, adopter un profil discret vis-à -vis du voisinage, et éviter les visites répétées ou impromptues au même endroit. En creux, ces instructions révèlent comment les liquidations ont eu lieu — par surveillance des habitudes et des contacts familiaux — et montrent que le renseignement israélien a manifestement réussi à cartographier les comportements des cadres militaires du Hamas jusque dans leurs cercles personnels les plus proches.
La pression des liquidations produit Ă©galement ses effets sur la table des nĂ©gociations. La direction extĂ©rieure du Hamas a fait savoir Ă ses intermĂ©diaires que la condition principale pour avancer dans les pourparlers est l’arrĂŞt des assassinats ciblĂ©s. Au Caire, oĂą un nouveau cycle de nĂ©gociations est en cours, le Hamas exige l’application complète de l’accord de cessez-le-feu, incluant un retrait israĂ©lien progressif de Gaza. La demande d’arrĂŞt des liquidations comme prĂ©alable aux discussions illustre Ă quel point cette campagne frappe l’organisation lĂ oĂą elle fait le plus mal : dans sa capacitĂ© Ă maintenir une structure de commandement cohĂ©rente.
IsraĂ«l a de son cĂ´tĂ© menacĂ© les organisations terroristes palestiniennes d’intensifier l’action militaire Ă Gaza, notamment les liquidations, si aucun accord n’est conclu rapidement. La pomme de discorde principale reste la question du dĂ©sarmement, sur laquelle le Hamas temporise systĂ©matiquement dans ses Ă©changes avec les mĂ©diateurs, posant en retour l’exigence d’un retrait israĂ©lien prĂ©alable.
Ă€ Gaza, les analystes de l’organisation terroriste eux-mĂŞmes estiment que si le cycle de nĂ©gociations en cours Ă©choue, IsraĂ«l prendra le contrĂ´le de territoires supplĂ©mentaires dans la bande, Ă©largissant la zone jaune — le pĂ©rimètre actuellement sous contrĂ´le israĂ©lien, qui reprĂ©sente dĂ©jĂ environ 60 % de la bande de Gaza. L’Ă©largissement se ferait probablement dans le centre, en direction de Deir el-Balah et des camps d’Al-Mughazi et d’Al-Bureij.
La mort du commandant de la cellule Nohba Zakher Abu Karim, l’un des meneurs du massacre du 7 octobre dans la zone de Kissufim, Ă©liminĂ© la semaine prĂ©cĂ©dente dans le sud de la bande, illustre que la campagne de liquidations ne se limite pas aux cadres actuels, mais remonte Ă©galement vers les responsables du 7 octobre encore actifs.
Pour aller plus loin :
- Étranglement de l’industrie des missiles : Tsahal dĂ©truit un site pĂ©trochimique stratĂ©gique en Iran
- IsraĂ«l s’est adressĂ©e au Qatar Ă la veille du 7 octobre pour augmenter le transfert de fonds vers le Hamas






