Il y a des soirĂ©es oĂą la tenue d’une chanteuse fait plus parler qu’une dĂ©cision de gouvernement. Lundi soir Ă TibĂ©riade, Eden Ben Zaken est montĂ©e sur scène habillĂ©e d’une façon que ses fans ne lui connaissent pas vraiment : un look Ă la ligne sobre et couverte, aux antipodes des tenues pailletĂ©es ou sensuelles qui caractĂ©risent d’habitude ses apparitions publiques. La soirĂ©e Ă©tait celle de l’ouverture des Ă©vĂ©nements culturels d’Ă©tĂ© de la ville, qui a rĂ©uni plus de 10 000 spectateurs. Et c’est le lendemain matin que la polĂ©mique a rĂ©ellement dĂ©marrĂ©.
L’Ă©tincelle est venue d’un post Facebook de Ron Kobi, l’ancien maire de TibĂ©riade, dont le mandat avait Ă©tĂ© marquĂ© par des affrontements publics rĂ©pĂ©tĂ©s avec les milieux ultra-orthodoxes de la ville. Dans son message, il Ă©crit : « Ă€ la demande des conseillers municipaux de TibĂ©riade, Eden Ben Zaken en tenue modeste lors du spectacle Ă TibĂ©riade. Merci Ă Yossi Nav’a et Ă Aviv Yitzhak pour la ville haredi. » La formule est mordante — le mot « haredi » accolĂ© Ă une ville connue comme une destination estivale populaire et laĂŻque agit comme une provocation dĂ©libĂ©rĂ©e, et le post a rapidement circulĂ© sur les rĂ©seaux.
La capture d’Ă©cran et la version Haredi
Parallèlement, le magazine TMF a menĂ© sa propre enquĂŞte et a contactĂ© un reprĂ©sentant des factions ultra-orthodoxes au conseil municipal de TibĂ©riade. Selon ce reprĂ©sentant, c’est bien lui qui a approchĂ© Eden Ben Zaken avant le concert pour lui demander de porter une tenue modeste — et la chanteuse aurait acceptĂ© de bonne grâce. Ă€ l’appui de sa version, une capture d’Ă©cran de la conversation entre les deux parties a Ă©tĂ© transmise Ă la rĂ©daction.
Deux versions s’affrontent donc : d’un cĂ´tĂ©, une demande formulĂ©e par des Ă©lus locaux ultra-orthodoxes Ă laquelle la chanteuse aurait librement consenti ; de l’autre, la suggestion implicite de l’ancien maire que ce type de pression exercĂ©e sur une artiste dans le cadre d’un Ă©vĂ©nement public financĂ© par la municipalitĂ© n’est pas anodin.
La mairie dément, la chanteuse se tait
La mairie de TibĂ©riade, elle, a tenu Ă couper court aux spĂ©culations. Sa rĂ©ponse est on ne peut plus claire : la municipalitĂ© n’est jamais intervenue et n’interviendra jamais dans le choix vestimentaire des artistes qu’elle invite Ă se produire en ville. La dĂ©claration officielle souligne que l’ouverture des Ă©vĂ©nements d’Ă©tĂ© a Ă©tĂ© une soirĂ©e culturelle rĂ©ussie qui a attirĂ© plus de 10 000 personnes, avant d’ajouter un dĂ©tail qui a retenu l’attention : « Nous avons Ă©tĂ© Ă©mus, comme les 10 000 personnes dans le public, quand la chanteuse Eden Ben Zaken a priĂ© pour la guĂ©rison du rabbin hospitalisĂ©. » Il s’agit du rabbin Dov HaKohen Kook, dont l’Ă©tat de santĂ© prĂ©occupe les communautĂ©s religieuses de la rĂ©gion.
Eden Ben Zaken, de son cĂ´tĂ©, n’a pas fait de dĂ©claration. L’absence de rĂ©action officielle de sa part laisse le terrain libre aux interprĂ©tations.
Un changement d’image au bon moment
L’Ă©pisode survient dans un contexte particulier pour la chanteuse. Ă€ 31 ans, mariĂ©e Ă l’homme d’affaires Shuki Biton et mère de deux enfants, elle traverse une transition artistique visible. Après des critiques publiques et professionnelles sur certains de ses choix vestimentaires lors de grandes tournĂ©es, Eden Ben Zaken s’est sĂ©parĂ©e de sa styliste historique qui l’accompagnait depuis un an. Elle a constituĂ© une nouvelle Ă©quipe entièrement dĂ©diĂ©e Ă son image, chargĂ©e de dĂ©finir une identitĂ© visuelle renouvelĂ©e.
Sa carrière reste l’une des plus impressionnantes de la chanson israĂ©lienne contemporaine. RĂ©vĂ©lĂ©e au grand public lors de la première saison d’X Factor IsraĂ«l en 2013 — oĂą elle avait terminĂ© Ă la deuxième place — elle a sorti son premier album « Malkat HaShoshanim » en 2015, certifiĂ© triple platine, ce qui lui avait valu le titre de « chanteuse de l’annĂ©e » qu’elle avait ensuite conservĂ© quatre annĂ©es consĂ©cutives, avant d’ĂŞtre couronnĂ©e « chanteuse de la dĂ©cennie » en 2019. Dix albums plus tard, dont le dernier, « Od Pa’am Stella Od Pa’am Dika’on », sorti en 2025, elle reste l’une des artistes les plus Ă©coutĂ©es du pays, dont le style mĂŞle pop mĂ©diterranĂ©enne, R&B et influences soul.
La question que pose l’incident de TibĂ©riade dĂ©passe le simple fait divers vestimentaire. Elle touche Ă un dĂ©bat rĂ©current en IsraĂ«l : jusqu’oĂą les Ă©lus ultra-orthodoxes d’une ville peuvent-ils peser sur le contenu des Ă©vĂ©nements culturels publics ? Et une artiste qui accepte volontairement d’adapter sa tenue en signe de respect pour une partie de son public doit-elle ĂŞtre prĂ©sentĂ©e comme ayant subi une pression — ou comme ayant exercĂ© un choix ?
Pour approfondir, retrouvez sur notre site : — C’est le montant qu’Eden Ben Zaken a reçu pour chanter devant le couple Netanyahu — retour sur une des performances les plus commentĂ©es de la chanteuse. — La police a arrĂŞtĂ© une reprĂ©sentation d’Eden Ben Zaken — quand une autre prestation de la star avait dĂ©jĂ dĂ©frayĂ© la chronique.






