Il y a des questions qu’on traîne pendant des mois, parfois des années, sans y répondre publiquement. Pour le journaliste Avishai Ben Haïm, cette question était celle-ci : « As-tu changé d’avis sur Bibi ? » Une interrogation revenue, selon lui, en boucle depuis deux ans et demi, portée par des interlocuteurs inquiets de savoir si sa perception de Benjamin Netanyahu avait évolué à la faveur ou au détriment du Premier ministre.
C’est lors de sa première participation à l’émission « Les Patriotes » sur la chaîne 14, lundi soir, qu’il a finalement livré la réponse — et elle n’est pas celle qu’on aurait peut-être attendue d’un journaliste souvent perçu comme un regard critique sur le monde politique.
« On m’a demandé encore et encore avec inquiétude si j’avais changé d’avis sur Bibi. Alors oui, j’ai changé d’avis sur Bibi. Je l’estimais comme l’un des dirigeants les plus importants de l’histoire de l’État d’Israël, et après ce qui s’est passé ici ces dernières années, je l’estime encore davantage. »
Ben Haïm n’a pas limité son propos à l’échelle de l’État hébreu. Il a placé Netanyahu dans une perspective historique beaucoup plus large : « Je pense qu’il est l’un des grands leaders de l’histoire du peuple juif en général. Et que nous avons une mission ancienne de le protéger et de le défendre — comme il n’a pas été possible, dans la génération précédente, de défendre Begin. »
La référence à Menahem Begin est significative. Elle inscrit Netanyahu dans une lignée de dirigeants de droite qui, selon cette lecture, ont été traités avec une sévérité excessive par une partie de l’opinion et de l’establishment, sans que leur postérité historique ait pu être correctement défendue en temps réel. La comparaison implicite est celle d’une responsabilité collective : ne pas laisser l’histoire se répéter, ne pas laisser un chef de gouvernement être consumé par ses adversaires sans avoir cherché à le soutenir.
L’émission « Les Patriotes » sur la chaîne 14, connue pour son positionnement affirmé à droite de l’échiquier médiatique israélien, constitue un terrain naturel pour ce type de déclaration. Mais la valeur de l’aveu tient moins à son cadre qu’à son auteur : Ben Haïm, issu du journalisme d’enquête et longtemps associé à une démarche plus indépendante vis-à-vis des partis, ne passe pas pour un porte-voix systématique de la coalition. Sa révélation a d’autant plus de résonance qu’elle tranche avec l’image qu’une partie du public lui associe.
En termes de positionnement médiatique, cette sortie marque une étape. Elle s’inscrit dans un moment où le débat israélien sur la figure de Netanyahu — son bilan, son rapport à la guerre, son maintien au pouvoir, son procès — est plus vif que jamais. Et où chaque voix qui choisit de prendre position, dans un sens ou dans l’autre, est immédiatement lue comme un signal politique.
Pour approfondir ce contexte, retrouvez sur notre site : — Le parti politique des Haredim ashkénazes rejette Netanyahu et lui demande de laisser sa place à un autre — une autre lecture du rapport entre alliés et le Premier ministre. — Juste après Shabath, Ben-Gvir et Smotrich accourent chez Netanyahu — l’accord de Trump déchire la coalition — les tensions persistantes au sein du camp qui prétend le soutenir.







