Le vice-prĂ©sident amĂ©ricain JD Vance avait annoncĂ© qu’il resterait « un jour ou deux » en Suisse pour les pourparlers avec l’Iran. Lundi matin, il n’avait toujours pas quittĂ© le complexe hĂ´telier de BĂĽrgenstock. Les hauts responsables iraniens, eux — Mohammad Bagher Ghalibaf et Abbas Araghchi — avaient pour leur part dĂ©jĂ pliĂ© bagage. Les discussions entre les deux parties doivent se poursuivre dans la journĂ©e, mais sur des sujets techniques. Un diplomate amĂ©ricain, de son cĂ´tĂ©, a affirmĂ© que les Ă©changes de la veille avaient abouti Ă des avancĂ©es sur plusieurs « fronts » — le Liban et le dĂ©troit d’Hormuz notamment.
Deux mĂ©canismes concrets sont sortis des rĂ©unions de dimanche soir. D’abord, le Qatar et le Pakistan — qui jouent le rĂ´le de mĂ©diateurs dans ces nĂ©gociations — ont annoncĂ© que Washington et TĂ©hĂ©ran mettraient en place une « ligne de communication » destinĂ©e Ă gĂ©rer les incidents dans le dĂ©troit d’Hormuz. Ce canal d’urgence Ă©tait l’une des prioritĂ©s amĂ©ricaines inscrites dans le mĂ©morandum d’entente avec l’Iran. Selon les mĂ©diateurs qataris et pakistanais, cette ligne vise à « prĂ©venir les incidents et les malentendus, et Ă garantir le libre passage des navires commerciaux » pendant les soixante jours de validitĂ© du mĂ©morandum.
La cellule libanaise qui met Israël en porte-à -faux
L’Iran, de son cĂ´tĂ©, a obtenu son propre gain : une « cellule de prĂ©vention des frictions » au Liban. Selon les mĂ©diateurs, cette cellule « assurera la fin des opĂ©rations militaires au Liban ». Ce qui frappe dans la dĂ©claration commune, c’est ce qui y est absent : ni IsraĂ«l, ni le Hezbollah ne sont nommĂ©s comme parties au conflit dans ce texte. En d’autres termes, les deux acteurs directement impliquĂ©s dans les combats qui se dĂ©roulent encore sur le sol libanais brillent par leur absence dans le communiquĂ© officiel. JĂ©rusalem avait rejetĂ© publiquement, dès dimanche soir, toute exigence de retrait du territoire du sud du Liban. Mais depuis la publication de l’annonce qataro-pakistanaise, le silence règne parmi les hauts responsables israĂ©liens. Une pression supplĂ©mentaire, de fait, s’exerce sur un État qui n’est concrètement pas partie aux nĂ©gociations en cours.
Le ministre iranien des Affaires Ă©trangères, Abbas Araghchi, a qualifiĂ© l’activation de cette cellule de « premier vrai test » de l’accord. TĂ©hĂ©ran multiplie depuis quelques jours les signaux visant Ă se poser en garant de la paix au Liban, cherchant Ă s’attribuer le mĂ©rite d’une Ă©ventuelle cessation des combats dans ce pays. Araghchi a Ă©galement dĂ©clarĂ©, Ă l’issue des discussions de dimanche, qu’une partie des avoirs iraniens gelĂ©s avait Ă©tĂ© dĂ©bloquĂ©e, sans toutefois prĂ©ciser les montants. Il a aussi Ă©voquĂ© la levĂ©e de sanctions sur les exportations de pĂ©trole et de pĂ©trochimie, l’allègement du blocus amĂ©ricain et le lancement d’un programme de reconstruction Ă grande Ă©chelle pour l’Iran.
La fanfaronnade d’Hormuz
En amont des nĂ©gociations, les Gardiens de la RĂ©volution iraniens avaient proclamĂ© que le dĂ©troit d’Hormuz Ă©tait « fermé ». Washington avait immĂ©diatement rejetĂ© cette affirmation, soulignant que l’Iran ne contrĂ´lait pas le dĂ©troit. Le diplomate amĂ©ricain qui s’est exprimĂ© auprès de l’agence AP a confirmĂ© que les deux dĂ©lĂ©gations avaient Ă©galement discutĂ©, lors de la sĂ©ance de dimanche, des rĂ©centes dĂ©clarations iraniennes sur Hormuz. Ibrahim Azizi, prĂ©sident de la commission de sĂ©curitĂ© nationale et de politique Ă©trangère du parlement iranien, s’est montrĂ© particulièrement combatif : « Vous menacez, nous agissons. Le dĂ©troit d’Hormuz n’est pas votre casino, ni l’arrière-cour de pirates modernes. Ce sont des eaux souveraines iraniennes et la dĂ©cision finale appartient au peuple iranien et Ă ses forces. »
La veille, les mĂ©dias iraniens avaient rapportĂ© qu’une rĂ©union en face-Ă -face s’Ă©tait tenue entre Vance, Jared Kushner, Steve Witkoff et les dĂ©lĂ©guĂ©s iraniens Ghalibaf et Araghchi. Vance et Araghchi se sont brièvement retrouvĂ©s dans la mĂŞme pièce — mais les Iraniens ont affirmĂ© avoir refusĂ© toute photo commune, si bien que les images montrent Vance observant de loin le ministre iranien qui saluait les reprĂ©sentants des mĂ©diateurs. En fin de soirĂ©e, une photo publiĂ©e depuis le complexe hĂ´telier suisse montrait JD Vance travaillant sur son ordinateur portable, flanquĂ© du Premier ministre du Qatar Mohammad al-Thani, avec Jared Kushner debout derrière eux. Plus tĂ´t, l’Iran avait prĂ©tendu que ses dĂ©lĂ©guĂ©s avaient quittĂ© les discussions en raison de menaces de Trump — une version rapidement dĂ©mentie par les faits, les pourparlers s’Ă©tant poursuivis pendant de longues heures.
Les discussions techniques Ă BĂĽrgenstock doivent se prolonger tout au long de la semaine, avec pour objectif d’aboutir Ă des percĂ©es permettant la signature d’un accord de haut niveau. Le Premier ministre Netanyahou, sans accuser directement les États-Unis, a utilisĂ© dimanche soir une comparaison frappante pour dĂ©fendre la posture israĂ©lienne au Liban : « Imaginez que de l’autre cĂ´tĂ© de la frontière amĂ©ricaine, on vous menace de roquettes et d’enlèvements tous les jours. Que dirait l’AmĂ©rique — ‘arrĂŞtons et attendons’ ? Elle tuerait les terroristes et Ă©liminerait la menace. C’est ce qu’elle ferait, et c’est ce que nous appliquons. »
Pour suivre l’Ă©volution de la question du dĂ©troit d’Hormuz, au cĹ“ur de ces nĂ©gociations :
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Et sur les dessous géopolitiques du bras de fer autour de ce passage stratégique :
👉 Le CMA CGM Kribi passe Hormuz : un « cadeau » iranien Ă la France pour services rendus Ă l’ONU ?






