« Un journal de Budapest me critique, suis une figure pathĂ©tique et parait-il irresponsable, et salue l’attitude du Parti communiste chilien qui prend des dĂ©cisions responsables. Comme j’aimerais arriver au pouvoir, uniquement pour dĂ©masquer les lâches et les laquais et leur mettre le museau dans leurs cochonneries »
( Che Guevara Journal de Bolivie 8 septembre 1967 , un mois avant son assassinat par les bĂ©rets verts US de la CIA, avec l’aide constante et directe du KGB )
Le corps Ă©lectoral ( je n’ose dire les français ) a choisi Culbuto contre ZĂ©bulon . Il y avait le choix, en effet , entre de Gaulle et PĂ©tain. Le de Gaulle de 1962 et le PĂ©tain de 1940. Le choix entre la dĂ©faite et la capitulation, entre le lâche soulagement et le soulagement lâche. Ce soir des milliers de personnes vont faire la fĂŞte et nous rejouer la liesse moisie de 1981. Nous en vomissons dĂ©jĂ tripes et boyaux et si nous pardonnons, bien volontiers, aux jeunes âmes, comment supporter alors le crĂ©tinisme veule de ceux qui eurent vingt ans, un certain 10 mai, au vingtième siècle, et qui cette nuit nous feront une rechute de cocus  ?
Mais quoi ? Faut-il encore s’Ă©tonner que des français se couchent tard avec la gueule de bois plutĂ´t que de se lever tĂ´t l’arme Ă la bretelle ? Aucun des deux candidats siamois ne les appelaient Ă rejouer Valmy ,Verdun, les Glières ou le Vercors .
On ne dira jamais assez, malgrĂ© la première et la seconde guerre mondiale et leurs catastrophiques consĂ©quences sur « le moral » français, qu’une des clĂ©s reste l’AlgĂ©rie .
Charles de Gaulle dit un jour de 1960 : « Les français n’auront pas le courage de combattre des siècles… Alors on dĂ©gage et tant pis pour le pĂ©trole et l’avenir … Nous aurons la bombe et le nuclĂ©aire » Tout est dit. Et nous voilĂ ce soir … Rideau tirĂ©. Il prolongeait la politique de Montoire qu’il avait fustigé : Jouer le rĂ´le de bouclier, Ă©pargner des vies, gĂ©rer l’hexagone.
Autrement dit, il continua de transformer le peuple de Bouvines en rĂ©sidents anxieux de maisons de retraite. Un chef aurait dit : « Nous n’aurons que ce que nous saurons prendre !».
Beaucoup pensent que les lendemains de cette mascarade seront salvateurs, que le bon peuple se rĂ©veillera, s’insurgera mĂŞme. Il n’est pas interdit d’espĂ©rer que les crapauds se transforment en chevaliers Ă la cuirasse rutilante et Ă l’Ă©pĂ©e tranchante mais les contes bercent autant les enfants que les gâteux chevrotants. Il fallait se rĂ©volter de suite et, au moins, suivre l’exemple rĂ©volutionnaire islandais : chasser la droite au pouvoir en assiĂ©geant le palais prĂ©sidentiel, puis la « gauche libĂ©rale » parce qu’elle entendait mener la mĂŞme politique que la droite, avant d’imposer un rĂ©fĂ©rendum pour dĂ©terminer s’il fallait rembourser les banques … RĂ©fĂ©rendum oĂą le « non » l’a emportĂ© Ă hauteur de 93% …
Oh bien sĂ»r en pays latin il y a des risques ! Certes dans une nation sous tutelle amĂ©ricano-bruxelloise , on peut craindre des rĂ©actions violentes des structures collaborationnistes Ă©tatiques. Mais quoi donc ? On ne meurt plus sur une barricade en France ? Ou dans un maquis rural ou urbain ? Non . Pour les politiques et les philosophes mĂ©diatiques, on meurt sur la route, c’est horrible, du sida, c’est insupportable, du cancer , c’est malheureux, d’un AVC ,c’est effroyable, d’une MST , c’est Ă©pouvantable mais honorable, ça prouve qu’on connait du beau monde de Lille au FMI.
Bref, mourrons d’accord, mais sans gloire et comme disait l’ami Georges : « Mourrons pour des idĂ©es d’accord, mais de mort lente », mais de mort très très lente alors …
Déjà les gauchistes bobos piaillent : « Pas trop ! Pas trop tôt ! » Que leur répondre sinon : « Pas trop peu ! Pas trop tard ! »
La modernitĂ© nous offre gĂ©nĂ©reusement l’agonie en cheveux blancs. Les masses africaines, pour se rĂ©concilier, viennent mettre leurs couches aux vieillards europĂ©ens se gavant de fraises tagada en regardant une misĂ©rable Ă©mission de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© sur des Ă©crans plasmas, fabriquĂ©s par des asiatiques exploitĂ©s, mais « aux coĂ»ts de travail tellement rentables » pour les capitalistes incestueux.
Notre nation fut longtemps guidĂ©e par Corneille : « À vaincre sans pĂ©ril, on triomphe sans gloire. » Culbuto nous propose une variante d’obèse : « A jouir sans pĂ©ril, on s’essouffle sans gloire. » Nous ferons donc des efforts « pĂ©rilleux » pour plus de matĂ©rialisme, pour toujours profiter du barbecue du dimanche et comme dit si justement un camarade rugbyman : « pouvoir baver Allez l’OM ! A quelle heure est la Star AC ?… Z’avez vu Camping 2 ? ».
Les spĂ©cialistes, les commentateurs vont nous les briser avec les courbes, les statistiques, les rĂ©alitĂ©s Ă©conomiques, la dette, le marchĂ© euro-atlantique, l’intendance quoi !
Ils pourraient s’Ă©conomiser en disant simplement que pour l’Ă©lecteur qui remet sa libertĂ© entre les mains moites d’un prĂ©sident aux ordres de la finance, vivre misĂ©rablement vaut mieux que mourir avec gloire.
Avez-vous vu , juste avant le vote, le dĂ©bat entre Henri Guaino et RĂ©gis Debray ? C’Ă©tait pathĂ©tique et tellement parisien : Henri costume classique dĂ©vorĂ© de tics et RĂ©gis dĂ©guisĂ© en ouvrier d’opĂ©rette , pantalon rouge, blouse bleue sur chemise prolĂ©tarienne rayĂ©e … En conclusion nos plumes se fĂ©licitaient mutuellement de n’avoir pas eu de chance … Leurs mots si magnifiques dans la bouche de princes qui ne les mĂ©ritaient pas. Et Debray de conclure goguenard et mĂ©prisant : « on fait avec ce qu’on trouve ».
La politique pour ne pas dire le politique se résume à cela : des auteurs prétentieux au service de tribuns corrompus.
Alain de Benoist dans un article sur l’anarchiste de droite Jean Cau écrivit ces lignes qui peuvent nous servir de boussole : « Deux ans plus tôt, en 1979, surgissant d’où on ne l’attendait pas, il publie Une passion pour Che Guevara. A cette date, le révolutionnaire cubain a depuis plus de dix ans été abattu. Jean Cau y célèbre un homme qui a mis sa peau au bout de ses idées: « Guevara était certes un utopiste, mais il était possédé par une foi et il est allé jusqu’au bout de son sacrifice ». Era un hombre… « Ta foi, Che, n’est pas la mienne, ajoute-t-il, mais tu passes et ton allure me saisit; je me découvre au bord du sentier et te salue ». Dans Le Monde, Bertrand Poirot-Delpech parlera de « détournement de cadavre ». Réponse de Jean Cau: « Ils étaient habitués à passer en se signant devant la chapelle de saint Che, et voilà qu’ils y découvrent des fleurs avec ma carte de visite. Ils les piétinent. Colère de bigots ». »
Je ne sais si Guevara lisant Camus et Saint-ExupĂ©ry, Ă ses guĂ©rilleros, en crachant ses poumons dans la jungle bolivienne Ă©tait de droite ou de gauche. En tous cas Culbuto restera insensible Ă ses paroles : « Qu’importe oĂą nous surprendra la mort ; qu’elle soit la bienvenue pourvu que notre cri de guerre soit entendu, qu’une autre main se tende pour empoigner nos armes … Qu’importe les dangers ou les sacrifices d’un homme ou d’un peuple, quand ce qui est en jeu c’est le destin de l’humanité . »
Oui insensible car elles sont si françaises parce qu’universelles.
Jean-Marc DESANTI




