Dans la nuit du 22 au 23 avril, veille de Yom HaAtsmaout, Yamnou Binyamin Zalka, 21 ans, chef de quart dans une pizzeria Pizza Hut du quartier Kfar Ganim de Petah Tikva, est mort poignardé. Il avait osé demander à un groupe d’adolescents de cesser de vaporiser de la mousse de neige sur des clients et dans l’établissement. Ils l’ont attendu à la fermeture, vêtus de noir, capuches sur la tête pour brouiller les caméras, l’un d’eux armé d’un long couteau. Ce qui avait commencé comme une bravade d’adolescents s’est terminé en lynchage filmé par les caméras de surveillance, sous les yeux d’une rue qui n’a pas bougé.
Zalka a été transporté à l’hôpital Beilinson dans un état critique, sous réanimation. Deux jours plus tard, les médecins ont constaté son décès. Il avait commencé à travailler chez Pizza Hut à l’âge de 16 ans, d’abord comme livreur, avant d’être promu responsable de quart. Ses collègues le décrivent comme un travailleur acharné, aimé de tous, toujours souriant. Il travaillait pour aider sa famille financièrement. Une campagne de financement participatif lancée en sa mémoire a recueilli plus de deux millions de shekels en quelques jours. La chaîne Pizza Hut a annoncé qu’elle continuerait à verser son salaire à sa famille « aussi longtemps que la société existera ».
Neuf suspects, des profils qui sidèrent
L’enquête a progressé à une vitesse remarquable. Dès le lendemain du décès de Zalka, une première arrestation. Puis les interpellations se sont enchaînées, jusqu’à neuf suspects au total, dont sept mineurs. Le suspect principal — un adolescent de 15 ans auquel est imputée la dénonciation meurtrière — a été arrêté dans une planque après une course-poursuite : il avait éteint son téléphone et tenté de se réfugier chez son père, qui a lui-même été arrêté pour complicité de dissimulation. D’autres suspects avaient fui en Judée-Samarie pour échapper aux filets de la police et ont été rattrapés par des unités spéciales des garde-frontières.
Mais c’est la composition du groupe qui a provoqué une seconde onde de choc dans l’opinion. Trois des suspects sont les fils de personnalités connues de la justice ou des services de l’État. L’un d’eux est le fils d’un cadre du système sécuritaire israélien. Ce dernier a partiellement coopéré avec les enquêteurs, déclarant : « Dès que j’ai vu du sang, j’ai quitté les lieux. » Deux autres, âgés de 12 ans et demi, fils d’un criminel notoire de la région de Petah Tikva, ont été libérés en détention à domicile eu égard à leur très jeune âge.
L’enquête a également révélé que plusieurs témoins présents sur les lieux refusaient de témoigner, par crainte de représailles. Des jeunes qui avaient publié des messages sur les réseaux sociaux au sujet du meurtre les avaient rapidement supprimés. « Ils ont peur pour leur vie », a confié une source proche du dossier. Les enquêteurs préparent des confrontations entre les suspects pour consolider les preuves avant la mise en examen. Des analyses médico-légales ont été transmises aux laboratoires. Le couteau n’a pas encore été retrouvé.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a pris position publiquement : « Je suis horrifié par ce meurtre abominable. On prend un garçon adorable, Yamnou Binyamin Zalka, et on lui brise la vie. Il faut punir les meurtriers sévèrement et enseigner — à l’école, dans les foyers — que c’est un crime, et le vouer aux gémonies sans équivoque. » Des discussions ont été annoncées entre Netanyahu, le ministre de l’Éducation et le ministre de la Sécurité intérieure sur la réponse à apporter au phénomène de violence juvénile.
Le chef de la police nationale a reconnu pour sa part que « certains événements sont imprévisibles et difficiles à prévenir », tout en appelant à une réponse systémique impliquant l’éducation, le travail social et l’ensemble des ministères concernés. Mais pour beaucoup, cette affaire est d’abord le portrait d’une fracture : celle d’une société où des adolescents, fils de criminels connus ou de membres de l’appareil d’État, se croient au-dessus de tout — et où un jeune homme qui avait seulement demandé qu’on respecte son lieu de travail a payé cette interpellation de sa vie.
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