Le détroit d’Ormuz l’a prouvé : c’est le moment pour Israël de passer du goulet d’étranglement au carrefour mondial

 Le 28 février 2026, quand les Gardiens de la Révolution ont annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz en réponse aux frappes israélo-américaines, le monde a retenu son souffle. Environ vingt millions de barils de pétrole par jour — un cinquième de la consommation pétrolière mondiale — passaient par ce couloir de trente-neuf kilomètres de large. Sa fermeture a provoqué un bond de plus de cinquante pour cent des prix du brut en l’espace de quelques semaines, une hausse de dix pour cent des dépenses énergétiques des ménages israéliens en mars seul, et un début de panique dans les marchés asiatiques dont les réserves stratégiques ne couvraient que quelques semaines de consommation.

Le chroniqueur Kobi Ben Moshe, dans Maariv, pose une question que la crise a rendue soudainement urgente : qu’est-ce qu’Israël peut tirer de cette catastrophe globale ?

Sa réponse n’est pas défensive. Elle est ambitieuse. Oui, Israël est vulnérable au niveau du port d’Eilat, presque paralysé depuis octobre 2023 en raison de la menace houthie dans la mer Rouge. Oui, le pays dépend comme les autres des flux énergétiques régionaux. Mais Israël dispose également d’un atout géographique que la crise d’Ormuz vient de mettre en lumière d’une façon éclatante : le pipeline Eilat-Ashkelon de la compagnie EAPC, qui traverse le pays du golfe d’Aqaba à la Méditerranée, constituant un axe de transit terrestre indépendant de tous les détroits.

De goulot à nœud

L’idée n’est pas nouvelle. Netanyahu avait évoqué dès ses premières années de gouvernement la possibilité de faire d’Israël un pont énergétique entre le Golfe et l’Europe. Mais l’idée prenait une résonance théorique, à mi-chemin entre la vision géopolitique et le projet d’infrastructure. La fermeture d’Ormuz lui a donné une urgence concrète. Les pays producteurs du Golfe — Arabie Saoudite, Émirats, Koweït — disposent de quelques alternatives terrestres, mais leur capacité cumulée de contournement ne représente qu’environ treize pour cent des volumes habituellement acheminés par le détroit. Le reste est bloqué.

L’infrastructure israélienne, elle, est opérationnelle. Le pipeline EAPC a été modernisé ces dernières années. Des accords partiels avec les Émirats avaient déjà été esquissés avant d’être suspendus sous la pression des organisations environnementales et de l’opposition interne. La crise actuelle remet ces discussions sur la table — mais dans un contexte radicalement différent, où la question n’est plus « voulons-nous ce risque ? » mais « pouvons-nous nous permettre de ne pas le prendre ? »

Ben Moshe argumente que la transformation d’Israël d’un goulot d’étranglement régional — vulnérable aux fermetures de Bab-el-Mandeb et d’Ormuz — en un nœud logistique actif, contrôlant sa propre voie de transit entre deux mers, changerait fondamentalement la position géostratégique du pays. Ce ne serait plus seulement un État qui subit les effets des crises énergétiques, mais un acteur qui en redistribue les flux, et donc l’un des partenaires indispensables de la stabilité énergétique mondiale.

Il y a bien sûr des obstacles réels. Les associations environnementales pointent les risques de marées noires sur les côtes d’Eilat, l’un des derniers récifs coralliens de la mer Rouge. La société EAPC opère sous un épais voile de secret — ses rapports financiers sont classifiés par arrêté ministériel. Et la viabilité commerciale du projet reste conditionnée à la normalisation avec l’Arabie Saoudite et à la stabilité sécuritaire dans le golfe d’Aqaba.

Mais l’argument central de Ben Moshe reste posé : la crise d’Ormuz a démontré que le monde a besoin de routes alternatives. Israël en contrôle une. Le moment de capitaliser sur cet atout n’a peut-être jamais été aussi favorable.


Pour aller plus loin sur infos-israel.news : — Détroit d’Ormuz : l’Iran publie une carte officielle des routes maritimes et confirme la présence de minesLa situation se dégrade avec l’Iran : « Si vous bloquez le détroit d’Ormuz, nous agirons »


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