Dans les dĂ©combres d’une ville qui vient d’encaisser une frappe de missile iranien, un Ă©lu local cherche ses mots devant un micro de radio. Ce qu’il dit — ou plutĂ´t ce qui lui Ă©chappe — va traverser toute la journĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux israĂ©liens, faisant grincer bien des dents.
Benny Biton, maire de Dimona, Ă©tait l’invitĂ© ce dimanche matin de la radio Galei IsraĂ«l. La nuit avait Ă©tĂ© longue, la ville durement touchĂ©e. Un missile est tombĂ© sur un terrain ouvert entre les immeubles, les villas alentour ont Ă©tĂ© presque toutes dĂ©truites, mais les abris sĂ©curisĂ©s (mamadim) sont restĂ©s intacts. srugim C’est dans ce contexte de destruction et de bilan humain encore en cours de comptabilisation que le maire a choisi de mentionner un dĂ©tail qui lui semblait sans doute frappant. Ce dĂ©tail, c’est celui qui a tout dĂ©clenchĂ©.
« C’est le hasard du destin que dans la crèche, seules deux images soient restĂ©es intactes : celle du Baba SalĂ© et celle du Premier ministre Benyamin Netanyahou », a dĂ©clarĂ© Benny Biton, maire de Dimona, lors de son intervention sur les ondes. srugim La formule Ă©tait visiblement sincère, venue du registre de la foi populaire et de la symbolique propre aux communautĂ©s d’origine marocaine pour qui le Baba SalĂ© — grand rabbin et figure tutĂ©laire — reprĂ©sente une protection spirituelle quasi surnaturelle. Mettre Netanyahou dans le mĂŞme cadre, c’est, pour le maire, Ă©lever le Premier ministre au rang d’icĂ´ne protectrice.
Les rĂ©seaux sociaux n’ont pas vu les choses ainsi. Plusieurs internautes ont immĂ©diatement rĂ©agi avec indignation. « Tu es sĂ©rieux ? C’est ça qui t’intĂ©resse, quelles images sont restĂ©es intactes ? » a Ă©crit l’un d’eux. Un autre a rĂ©pondu : « Qu’est-ce que c’est que ces bĂŞtises ? Ce n’est pas le judaĂŻsme avec lequel j’ai grandi. » srugim
La controverse prend une dimension particulière dans le contexte immĂ©diat. La nuit prĂ©cĂ©dente, des missiles iraniens avaient frappĂ© Dimona et la ville voisine d’Arad, faisant selon les derniers bilans plus de 115 blessĂ©s, dont neuf dans un Ă©tat grave. Dimona est une ville stratĂ©gique du dĂ©sert du NĂ©guev, connue mondialement pour abriter le Centre de recherche nuclĂ©aire du NĂ©guev Shimon Peres. Le timing d’une sortie lĂ©gère — mĂŞme involontaire, mĂŞme sincèrement symbolique — dans un moment de deuil collectif est brutal.
Ce que rĂ©vèle ce lapsus, au fond, c’est une tension ancienne dans la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne : celle entre la gestion Ă©motionnelle de la crise et la communication politique, entre la foi populaire et le discours public. Le maire de Dimona n’avait probablement pas calculĂ© l’effet de ses mots. Il exprimait, Ă sa manière, la stupĂ©faction de celui qui arpente les ruines et cherche des signes. Mais dans une IsraĂ«l traversĂ©e par des tensions politiques majeures autour de la figure de Netanyahou depuis plus de deux ans — manifestations, crise judiciaire, dĂ©bats sur la guerre — associer le nom du Premier ministre Ă une image miraculeusement prĂ©servĂ©e, c’est jouer avec des charges symboliques qui dĂ©bordent largement le cadre local.
Baba SalĂ©, lui, est une figure qui transcende les clivages politiques dans les communautĂ©s sĂ©farades et mizrahies. NĂ© en 1890 Ă Rissani au Maroc, le rabbin IsraĂ«l AbouhassĂ©ra est mort Ă Netivot en 1984. Sa tombe est un lieu de pèlerinage qui rassemble des centaines de milliers de personnes chaque annĂ©e. L’associer Ă l’image d’un chef de gouvernement en poste en pleine guerre, c’est soit un acte de dĂ©votion politique totale, soit un maladresse involontaire qui traduit simplement la manière dont certains milieux culturels israĂ©liens perçoivent leur dirigeant actuel — comme une figure d’autoritĂ© dont la lĂ©gitimitĂ© se mĂŞle au sacrĂ©.
La rĂ©action Ă©pidermique des internautes dit aussi quelque chose d’autre : dans une IsraĂ«l qui enterre ses morts, qui compte ses blessĂ©s, qui surveille ses abris, toute parole perçue comme dĂ©placĂ©e est immĂ©diatement sanctionnĂ©e. L’espace de la dĂ©claration lĂ©gère — mĂŞme culturellement ancrĂ©e, mĂŞme bien intentionnĂ©e — s’est considĂ©rablement rĂ©duit depuis le 7 octobre 2023, et plus encore depuis le dĂ©clenchement de la guerre directe avec l’Iran le 28 fĂ©vrier 2026. Les Ă©lus locaux, en première ligne face Ă leurs administrĂ©s, parlent sous une pression constante. Ce matin-lĂ Ă Dimona, Benny Biton l’a appris Ă ses dĂ©pens.
Une crèche, deux images intactes dans les dĂ©combres. Pour un maire d’origine marocaine, peut-ĂŞtre une Ă©vidence spirituelle. Pour une partie de l’opinion publique israĂ©lienne, une sortie de trop. C’est dans cet Ă©cart-lĂ que se loge, souvent, toute la complexitĂ© de la vie politique en temps de guerre.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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