Une rĂ©vĂ©lation du Wall Street Journal publiĂ©e samedi 9 mai Ă©branle les Ă©quilibres diplomatiques et militaires du Moyen-Orient : durant la guerre contre l’Iran — opĂ©ration baptisĂ©e « Rugissement du Lion » — l’armĂ©e israĂ©lienne aurait exploitĂ© une base militaire clandestine installĂ©e dans le dĂ©sert occidental irakien. L’information, confirmĂ©e par des sources proches du dossier dont des responsables amĂ©ricains, illustre l’ampleur des prĂ©paratifs israĂ©liens et la profondeur de la coordination avec Washington, mais elle soulève aussi des questions brĂ»lantes sur la souverainetĂ© de l’Irak et les risques d’une escalade qui avait failli prendre une tournure très diffĂ©rente.
Selon le quotidien amĂ©ricain, l’installation avait Ă©tĂ© Ă©tablie peu avant le dĂ©clenchement de l’opĂ©ration, avec la pleine connaissance des États-Unis. Sa mission première Ă©tait logistique : servir de point d’appui avancĂ© pour la force aĂ©rienne israĂ©lienne, et surtout abriter des Ă©quipes de recherche et de sauvetage ainsi que des unitĂ©s commando d’Ă©lite — la Shaldag, la Sayeret Matkal et l’unitĂ© de sauvetage 669 — prĂŞtes Ă intervenir en cas de perte d’un appareil israĂ©lien au-dessus du territoire iranien. Une disposition de prĂ©caution qui n’a finalement pas Ă©tĂ© activĂ©e cĂ´tĂ© israĂ©lien : aucun pilote de Tsahal n’a eu besoin d’ĂŞtre exfiltrĂ© durant les opĂ©rations.
Un F-15 américain abattu, Israël en soutien
Le scĂ©nario s’est cependant matĂ©rialisĂ©, mais pour des alliĂ©s. Selon le WSJ, lorsqu’un F-15 de l’US Air Force a Ă©tĂ© abattu dans les environs d’Ispahan, IsraĂ«l a proposĂ© son assistance pour l’Ă©vacuation du pilote. Les forces amĂ©ricaines ont finalement conduit le sauvetage elles-mĂŞmes, mais des frappes israĂ©liennes auraient contribuĂ© Ă sĂ©curiser le pĂ©rimètre de l’opĂ©ration — un niveau d’imbrication opĂ©rationnelle entre les deux armĂ©es rarement documentĂ© avec cette prĂ©cision.
Ce dĂ©tail rĂ©vèle la nature du dispositif mis en place : il ne s’agissait pas d’une simple infrastructure logistique, mais d’un mĂ©canisme intĂ©grĂ© pensĂ© pour les imprĂ©vus d’une guerre contre un adversaire sophistiquĂ©, disposant de systèmes de dĂ©fense aĂ©rienne. PrĂ©parer l’exfiltration d’Ă©quipages implique d’anticiper des scĂ©narios d’Ă©chec — une posture qui contraste avec la communication officielle israĂ©lienne, volontiers triomphaliste.
La base manque d’ĂŞtre dĂ©couverte
L’Ă©pisode le plus rĂ©vĂ©lateur de l’article du WSJ concerne ce qui a failli faire dĂ©raper l’ensemble du dispositif. DĂ©but mars, un berger a signalĂ© aux autoritĂ©s irakiennes une activitĂ© militaire inhabituelle dans sa zone — des mouvements d’hĂ©licoptères, des traces d’une prĂ©sence Ă©trangère dans le dĂ©sert. Des soldats irakiens ont Ă©tĂ© dĂ©pĂŞchĂ©s pour aller vĂ©rifier. Ils n’ont pas eu le temps d’approcher : des frappes aĂ©riennes ont frappĂ© le dĂ©tachement avant qu’il n’atteigne la zone.
Les autoritĂ©s irakiennes ont immĂ©diatement rĂ©agi. Bagdad a confirmĂ© la mort d’un soldat dans l’incident, attribuant dans un premier temps les frappes aux États-Unis devant les Nations unies. Washington a dĂ©menti toute implication. Une source citĂ©e par le WSJ affirme que ces frappes Ă©taient israĂ©liennes, conduites pour protĂ©ger la base secrète d’une exposition qui aurait compromis l’ensemble de l’opĂ©ration. Le gĂ©nĂ©ral QaĂŻs Al-Mouhammadawi, commandant adjoint des opĂ©rations conjointes irakiennes, avait dĂ©clarĂ© Ă l’Ă©poque que ces actions avaient Ă©tĂ© menĂ©es « sans l’accord de Bagdad ».
La souverainetĂ© irakienne, angle mort de l’opĂ©ration
Cette rĂ©vĂ©lation place l’Irak dans une position dĂ©licate. Bagdad avait-il connaissance de l’installation ? Le WSJ n’apporte pas de rĂ©ponse dĂ©finitive sur ce point, mais l’incident du berger et la rĂ©action des troupes irakiennes suggèrent que l’État irakien n’Ă©tait pas dans la confidence — ou pas entièrement. La prĂ©sence amĂ©ricaine en Irak, dĂ©jĂ contestĂ©e par les factions pro-iraniennes du Parlement, avait conduit Ă des pressions rĂ©pĂ©tĂ©es pour obtenir le retrait des forces Ă©trangères. L’existence d’une base israĂ©lienne clandestine sur le sol irakien, si elle venait Ă ĂŞtre formellement Ă©tablie, constituerait une violation de souverainetĂ© aux consĂ©quences politiques considĂ©rables pour Bagdad.
Les mĂ©dias irakiens et arabes avaient largement couvert l’incident de mars, sans pouvoir en identifier formellement l’auteur. Les rĂ©vĂ©lations du WSJ referment la boucle et transforment ce qui Ă©tait prĂ©sentĂ© comme une opĂ©ration de frappe amĂ©ricaine en un Ă©pisode israĂ©lien aux implications rĂ©gionales profondes. Pour TĂ©hĂ©ran, qui accusait depuis longtemps Erbil d’abriter des infrastructures du Mossad, la rĂ©vĂ©lation vient alimenter une rhĂ©torique bien rodĂ©e sur la collusion entre Bagdad, Washington et Tel-Aviv.
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