Depuis le déclenchement de la guerre le 28 février, quelque 5 000 Israéliens se retrouvent bloqués en Thaïlande, dans l’incapacité de rentrer chez eux. Les grandes compagnies du Golfe — Emirates, Etihad, Qatar Airways — ont suspendu ou sévèrement réduit leurs opérations en raison de la fermeture des espaces aériens au Moyen-Orient, transformant Bangkok et Phuket en antichambres involontaires de la guerre. Ce que vivent ces touristes israéliens bloqués en Thaïlande dépasse le simple désagrément logistique : à leur arrivée — ou lors de tentatives de prolonger leur séjour — certains font face à des contrôles d’immigration inhabituels, à des interrogatoires et à un accueil qui a sensiblement changé de tonalité depuis le début des hostilités.
« Israéliens ! » — la scène à l’aéroport de Bangkok
Tal et Avi, un couple israélien arrivé à l’aéroport international de Suvarnabhumi de Bangkok après le début de la guerre, ont raconté à Israel Hayom ce qui s’est passé au contrôle des passeports. Un policier thaïlandais a saisi leurs documents, les a brandis en l’air devant la file et a lancé à haute voix : « Israéliens ! » — avant de les escorter hors de la file normale, vers un espace d’attente séparé. Des formulaires supplémentaires à remplir, des questions sur la durée et la nature du séjour, et, pour certains voyageurs, une orientation vers une salle dédiée aux cas susceptibles d’être refoulés.
Ce n’est pas un incident isolé. Des témoignages similaires se multiplient dans les groupes de discussion israéliens sur les réseaux sociaux, décrivant une atmosphère de méfiance que les professionnels du tourisme installés en Thaïlande reconnaissent ouvertement.
Le message des agences : « La Thaïlande ne veut pas de réfugiés de guerre »
Czachi Bela, responsable de l’agence Thai Tours, spécialisée dans les voyages Israël-Thaïlande depuis des décennies, ne mâche pas ses mots. Selon lui, la position officieuse des autorités thaïlandaises est claire : le royaume ne souhaite pas devenir un pays d’accueil pour des ressortissants fuyant un conflit armé. La distinction que font les services d’immigration entre un touriste et un potentiel demandeur d’asile est devenue une réalité du quotidien pour les Israéliens qui débarquent à Bangkok.
Cette posture n’est pas entièrement nouvelle. La Thaïlande héberge depuis des années une communauté israélienne expatriée significative, notamment dans les îles du sud, à Chiang Mai et à Bangkok. Depuis le 7 octobre 2023, puis avec la reprise des hostilités en 2025 et 2026, le nombre d’Israéliens cherchant à s’installer temporairement en Thaïlande a bondi, alimentant une forme de saturation — et d’agacement — du côté thaïlandais.
Les recommandations aux voyageurs qui arrivent
Face à ce durcissement, l’office du tourisme de Thaïlande, représenté en Israël par la société Terranova, a diffusé des instructions précises : « En raison du contexte sécuritaire complexe, les contrôles à l’entrée sont plus stricts. » Les voyageurs sont invités à se présenter avec un passeport valable encore au moins six mois, une confirmation de réservation d’hôtel — imprimée et sur téléphone — et leur carte d’arrivée numérique TDAC, à remplir 48 heures avant le vol.
Pour ceux qui sont déjà sur place et dont le visa ou la période de séjour autorisée est arrivée à expiration depuis le 28 février, les autorités thaïlandaises ont suspendu les pénalités pour dépassement de durée. Deux options sont proposées : quitter le pays dès que possible sans amende, ou demander une prolongation de séjour de 30 jours auprès du bureau d’immigration le plus proche, en présentant un formulaire TM.7, le passeport, une lettre justifiant la situation et la preuve de vols annulés.
5 000 bloqués, et 1 100 de plus chaque jour
Le chiffre est vertigineux : environ 5 000 Israéliens étaient coincés en Thaïlande au moment de la rédaction de cet article, avec quelque 1 100 touristes supplémentaires incapables de rentrer en Israël chaque jour du fait des perturbations aériennes. L’autorité du tourisme thaïlandaise — la TAT — a mis en place une ligne d’assistance joignable au 1672, en anglais, 24h/24.
Pour alléger le quotidien de ces voyageurs involontairement prolongés, le club d’amateurs de Thaïlande Sawadi Club, en partenariat avec l’agence Thai Tours, a négocié des remises de 25 à 55 % dans des hôtels de Bangkok, Khao Lak et Phuket. L’agence « Hamerkaz lametayel Thaïlande » a de son côté annoncé subventionner des nuits en hôtels cinq étoiles dans les principales destinations du pays. Le gouvernement thaïlandais étudie par ailleurs une aide financière pouvant aller jusqu’à 2 000 bahts par jour et par touriste bloqué — soit environ 55 euros — pour la durée de leur séjour forcé.
Une relation qui s’use
La scène de l’aéroport avec Tal et Avi illustre quelque chose de plus profond qu’un simple contrôle renforcé. Les relations entre Israéliens et Thaïlande, longtemps synonymes de destination de prédilection et d’accueil chaleureux, traversent une période de tension. Des panneaux « Interdit aux Israéliens » ont commencé à apparaître dans certains établissements des îles du sud ces derniers mois, reflet d’un ras-le-bol qui préexistait à la guerre.
Aujourd’hui, avec des milliers de nouveaux arrivants qui débarquent sans vols de retour garantis, les autorités thaïlandaises cherchent à envoyer un message sans équivoque : bienvenue en tant que touriste, non pas en tant que réfugié. Pour ceux qui se retrouvent à naviguer dans cette ambiguïté — passeport brandi en l’air, formulaire dans les mains, regard des autres passagers dans le dos — la distinction est difficile à vivre.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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