Le porte-parole de Tsahal annonce : l’affaire grave au sein de l’armĂ©e a Ă©tĂ© Ă©lucidĂ©e

La porte-parole de la police israĂ©lienne et le porte-parole de Tsahal ont annoncĂ© ce mardi matin conjointement que l’une des affaires les plus graves recensĂ©es dans les rangs de l’armĂ©e avait Ă©tĂ© percĂ©e Ă  jour. Deux soldats du contingent, tous deux originaires de la rĂ©gion nord du pays, ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s et mis en examen devant le tribunal militaire de district. L’acte d’accusation dressĂ© Ă  leur encontre liste une sĂ©rie d’infractions d’une exceptionnelle gravitĂ© : sortie d’armes de combat de l’emprise militaire, trafic d’armement, complicitĂ© et tentative de corruption active d’un troisième soldat.

L’enquĂŞte, qualifiĂ©e d’emblĂ©e de « complexe », avait Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©e après la constatation de plusieurs vols d’armes dans des bases de Tsahal. Dès l’ouverture de l’investigation, policiers de l’unitĂ© centrale du district cĂ´tier et enquĂŞteurs de l’unitĂ© des investigations spĂ©ciales de la police militaire — la Matz »H — ont dĂ©cidĂ© de conjuguer leurs moyens dans le cadre d’une procĂ©dure conjointe. La coordination entre les deux corps s’est rĂ©vĂ©lĂ©e dĂ©terminante dans la rĂ©solution de l’affaire.

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Une méthode froide, méthodique, opportuniste

Le profil du suspect principal ressort de l’acte d’accusation avec une prĂ©cision glaçante. Ce soldat occupe un poste technique dans un bataillon de combat. Il n’est pas lui-mĂŞme fantassin, mais il Ă©volue dans les mĂŞmes espaces que les unitĂ©s combattantes — et c’est prĂ©cisĂ©ment cette proximitĂ© qu’il a exploitĂ©e. Profitant de son accès aux tentes dans lesquelles dormaient les soldats de sa formation, il a dĂ©robĂ© Ă  trois reprises des fusils d’assaut M-4, propriĂ©tĂ©s nominales des combattants endormis. Des armes individuelles rĂ©glementaires, attribuĂ©es personnellement Ă  chaque soldat, qu’un technicien n’aurait jamais dĂ» pouvoir approcher sans Ă©veiller de soupçons.

L’audace ne s’est pas arrĂŞtĂ©e lĂ . Dans un Ă©pisode distinct, le mĂŞme accusĂ© s’est emparĂ© d’une mitrailleuse de type MAG — une arme lourde de dotation collective — positionnĂ©e sur un vĂ©hicule militaire garĂ© en zone de rassemblement, dans le cadre d’une posture opĂ©rationnelle du bataillon. S’emparer d’une telle arme de support, destinĂ©e Ă  Ă©quiper un vĂ©hicule en alerte, suppose un sang-froid particulier et une connaissance prĂ©cise des rotations de surveillance.

Au total, quatre armes de guerre ont ainsi quittĂ© le domaine de l’armĂ©e israĂ©lienne par cette voie. Trois des M-4 et, selon toute vraisemblance, la MAG ont ensuite Ă©tĂ© vendus. Un complice, ami du suspect principal mais servant dans une unitĂ© diffĂ©rente, a participĂ© Ă  au moins trois de ces actes de vol. Ensemble, les deux hommes ont Ă©coulĂ© trois armes contre une somme dĂ©passant cent mille shekels Ă  chaque transaction — soit un montant total qui, pour des soldats en service actif percevant une solde dĂ©risoire, reprĂ©sente des annĂ©es de revenu.

Des milliers de cartouches dans la balance

Le trafic ne s’est pas limitĂ© aux armes longues. L’acte d’accusation mentionne Ă©galement la sortie de plusieurs milliers de cartouches de munitions hors de l’emprise militaire — un aspect souvent sous-estimĂ© dans ce type d’affaires, mais qui revĂŞt une importance opĂ©rationnelle majeure. Des munitions en circulation libre, sans traçabilitĂ©, peuvent alimenter des rĂ©seaux criminels ou des cellules terroristes pendant des mois, voire des annĂ©es, sans que l’on puisse en remonter la filière jusqu’Ă  leur source.

Par ailleurs, le suspect principal est mis en cause pour avoir, Ă  plusieurs reprises, tentĂ© de convaincre un troisième soldat servant dans son unitĂ© de lui fournir des armes et des munitions en Ă©change d’une rĂ©munĂ©ration. Ce troisième homme n’a pas cĂ©dĂ© Ă  la pression — mais le fait mĂŞme que ces sollicitations aient pu se dĂ©rouler Ă  l’intĂ©rieur d’un bataillon opĂ©rationnel sans ĂŞtre immĂ©diatement signalĂ©es traduit une faillite au moins partielle des mĂ©canismes de vigilance interne.

Une enquête hybride, secrète puis publique

La mĂ©thode d’investigation mĂ©rite qu’on s’y attarde. Les enquĂŞteurs ont combinĂ©, selon les termes officiels, une phase clandestine — infiltration, surveillance, mise en place d’ »outils spĂ©ciaux » — et une phase ouverte, avant d’aboutir Ă  l’identification formelle des suspects et Ă  leur arrestation. Ce type de procĂ©dure mixte, rarement Ă©voquĂ©e publiquement dans des affaires internes Ă  l’armĂ©e, reflète le sĂ©rieux avec lequel les autoritĂ©s ont traitĂ© le dossier dès le dĂ©part.

La dĂ©tention prĂ©ventive des deux accusĂ©s a Ă©tĂ© prolongĂ©e Ă  plusieurs reprises au fil de l’enquĂŞte. Ă€ prĂ©sent que l’acte d’accusation a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© devant le tribunal militaire de district, le parquet militaire devrait demander leur maintien en dĂ©tention jusqu’Ă  l’Ă©puisement de toutes les voies de droit. La procĂ©dure judiciaire militaire, plus rapide que son Ă©quivalent civil, pourrait aboutir Ă  un verdict dans les prochains mois.

Le spectre d’un marchĂ© noir alimentĂ© par l’intĂ©rieur

Cette affaire s’inscrit dans un contexte bien documentĂ© : celui du trafic d’armes de guerre israĂ©liennes vers le marchĂ© noir intĂ©rieur. Un phĂ©nomène qui touche principalement certains secteurs de la sociĂ©tĂ© arabe d’IsraĂ«l, mais dont les chaĂ®nes d’approvisionnement remontent parfois jusqu’Ă  des bases militaires. L’enquĂŞte de la police nationale publiĂ©e en 2021 avait mis en lumière qu’une grande partie des armes illicites saisies sur le territoire provenaient de vols commis dans des installations militaires. Des fusils M-16 s’y nĂ©gociaient entre 50 000 et 100 000 shekels l’unitĂ© — une fourchette de prix que le prĂ©sent dossier confirme avec une prĂ©cision troublante.

L’arrestation de deux soldats en service actif, ayant tirĂ© profit de leur position Ă  l’intĂ©rieur mĂŞme du dispositif opĂ©rationnel, rappelle que la menace ne vient pas toujours de l’extĂ©rieur des grilles. Et que la confiance accordĂ©e Ă  un uniforme — aussi lĂ©gitime soit-elle — ne peut remplacer des procĂ©dures de contrĂ´le robustes sur les armes attribuĂ©es nominativement aux combattants.

Pour aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez consulter nos prĂ©cĂ©dentes analyses : — La plus grande opĂ©ration de police : arrestation de 78 trafiquants d’armes dans le secteur arabe — une enquĂŞte clandestine de deux ans qui avait rĂ©vĂ©lĂ© l’ampleur du marchĂ© noir des armes militaires israĂ©liennes. — 96 % des armes illĂ©gales saisies en IsraĂ«l se trouvent dans des localitĂ©s arabes — les chiffres Ă©difiants derrière le phĂ©nomène de prolifĂ©ration des armes de guerre sur le sol israĂ©lien.