Lorsqu’il s’agit de ses relations avec Beyrouth, Macron rappelle Ă beaucoup le passĂ© colonialiste de son pays. Mais mĂŞme les forces politiques au Liban savent que si elles veulent survivre, elles n’ont d’autre choix que d’agir en consĂ©quence.
Le premier ministre libanais dĂ©signĂ©, Mustafa Adiv, a commencĂ© son voyage vers la position impossible du pied gauche. Il aurait embarquĂ© dans un avion de Berlin Ă Beyrouth sans avoir d’abord Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ© pour voir s’il avait le corona.
Pres d’un mois après l’explosion du port de Beyrouth, et trois semaines après la dĂ©mission du gouvernement, le Liban continue d’essayer de se remettre des ruines de la crise Ă©conomique qui l’a frappĂ© ces dernières annĂ©es et qui ne fait que s’aggraver. Apparemment, celui qui dirigera les efforts de reconstruction du pays des cèdres sera l’ambassadeur du Liban en Allemagne, Mustafa Adiv, qui doit recevoir le mandat aujourd’hui (lundi) pour former le nouveau gouvernement après avoir obtenu le soutien de la plupart des partis.
La candidature de Adiv a augmentĂ© Ă la suite des entretiens menĂ©s par le prĂ©sident français Emanuel Macron au cours des deux derniers jours. Le prĂ©sident français, qui après l’explosion du port de Beyrouth a appelĂ© Ă un changement politique au Liban, a fait pression sur les dirigeants du pays pour qu’ils s’entendent sur un candidat avant sa visite prĂ©vue ce soir. Macron est considĂ©rĂ© comme au centre des efforts internationaux poussant les Ă©lus libanais Ă faire face Ă la crise qui a dĂ©vastĂ© l’Ă©conomie avant mĂŞme l’explosion de Beyrouth.
Une source Ă la prĂ©sidence française a dĂ©clarĂ© que Macron Ă©tait en contact tĂ©lĂ©phonique constant avec les « principales figures » des nĂ©gociations libanaises, et a reçu une mise Ă jour de ses rĂ©sultats. Des sources libanaises de haut niveau ont dĂ©clarĂ© Ă Reuters que le rĂ´le de Macron Ă©tait vital pour rĂ©sumer la candidature d’Adiv au poste de Premier ministre.
La France, on s’en souviendra, Ă©tait la domination coloniale du Liban au dĂ©but du siècle dernier, et les deux pays ont des liens culturels Ă©tendus Ă ce jour. Adiv dĂ©tient le titre de docteur en droit et sciences politiques et a Ă©galement Ă©tĂ© conseiller de l’ancien Premier ministre Najib Mikati. Depuis 2013, il est ambassadeur du Liban en Allemagne. La raison de son choix ne rĂ©side pas seulement dans les relations, les rĂ©alisations ou les capacitĂ©s – selon le système de gouvernement libanais, qui dĂ©coule du système ethnique complexe du pays, le rĂ´le de Premier ministre doit ĂŞtre rempli par un musulman sunnite.
L’Adiv a reçu un soutien politique vital d’anciens Premiers ministres, dont Saad al-Hariri, qui dirige le plus grand parti sunnite du Liban.
Le prĂ©sident libanais Michel Aoun doit rencontrer aujourd’hui des reprĂ©sentants des factions parlementaires et accepter leur recommandation pour la nomination du Premier ministre dĂ©signĂ©. Il est tenu de nommer au poste le candidat qui a reçu le plus de soutien parmi les dĂ©putĂ©s. Une source chiite libanaise de haut niveau a dĂ©clarĂ© que les partis chiites dominants du pays, le Hezbollah et le mouvement Amal, soutiennent Ă©galement la nomination d’Adiv.
Le Parti patriotique libre, fondĂ© par Aoun et maintenant dirigĂ© par son gendre Jabran Basil, et devrait Ă©galement recommander le Premier ministre jusqu’Ă ce qu’un nouveau gouvernement soit annoncĂ©, le Premier ministre Hassan Diab – qui a dĂ©missionnĂ© le 10 aoĂ»t – restera en fonction.
Pendant ce temps, dans un discours marquant le 100e anniversaire de la crĂ©ation du Grand Liban, Aoun a surpris en appelant le Liban Ă ĂŞtre dĂ©clarĂ© « État civil » et Ă changer de la racine le système ethnique utilisĂ© dans le pays. Selon lui, le Liban est gĂ©rĂ© comme un certain nombre de rĂ©publiques sĂ©parĂ©es et non comme un État uni en raison de la division du pouvoir entre les diffĂ©rentes communautĂ©s. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui est considĂ©rĂ© comme un alliĂ© politique du prĂ©sident Aoun, a Ă©galement dĂ©clarĂ© dans un discours hier qu’il Ă©tait ouvert Ă la proposition de Macron d’Ă©tablir un nouvel accord politique au Liban.
Selon le système politique et religieux actuel au Liban, le président doit être un chrétien maronite, le premier ministre doit être un musulman sunnite et le président du parlement doit être un musulman chiite.
La crise Ă©conomique au Liban a renversĂ© la monnaie d’environ 80% depuis octobre, enfermĂ© l’Ă©pargne des citoyens dans un système bancaire paralysĂ© et aggravĂ© considĂ©rablement la pauvretĂ© et le chĂ´mage. En mai, le Liban a ouvert des pourparlers avec le Fonds monĂ©taire international afin de recevoir un soutien financier, mais les nĂ©gociations sont au point mort suite Ă des dĂ©saccords du cĂ´tĂ© libanais.





