Il y a une dĂ©cennie, Dov Morel Ă©tait l’un des visages du « mariage de la haine » — cet Ă©pisode restĂ© dans les mĂ©moires comme un symbole des jeunes des collines, lors duquel des militants d’extrĂŞme droite avaient dansĂ© armes Ă la main lors d’une cĂ©rĂ©monie de mariage, dans une mise en scène de haine envers les Arabes. Ce mardi matin, le mĂŞme Dov Morel a annoncĂ© sur le rĂ©seau X sa participation active Ă la fondation d’un parti politique judĂ©o-arabe baptisĂ© « Makom Lekulanu » — « Une place pour tous ».
« Ce matin est un matin Ă©mouvant. Enfin, un vrai parti judĂ©o-arabe qui vient du terrain est nĂ© — le parti ‘Makom Lekulanu’, sous la direction de Daoud Roula et Alon Lee Green », a-t-il Ă©crit.
Morel a prĂ©cisĂ© avoir « eu le privilège de prendre part Ă la fondation du parti au cours des derniers mois » et a lancĂ© un appel Ă rejoindre le mouvement : « Je vous invite Ă nous rejoindre. Si vous aussi vous vous opposez Ă la guerre Ă©ternelle, voulez la paix et l’Ă©galitĂ© — vous avez une place dans Makom Lekulanu. »
Il a Ă©galement pris soin de rĂ©pondre par avance aux critiques qui ne manqueront pas d’affluer dans un contexte Ă©lectoral : « Je suis conscient de la crainte sincère et lĂ©gitime de brĂ»ler des voix, et il m’importe que vous sachiez que le parti fonctionne de manière responsable et vise Ă agrandir le gâteau. C’est possible et cela arrivera ! », a-t-il conclu.
Le parcours personnel de Dov Morel donne Ă cette annonce une rĂ©sonnance particulière. L’homme n’est pas un militant de longue date de la gauche pacifiste — c’est prĂ©cisĂ©ment son passĂ© dans les rangs de la jeunesse des collines qui rend son engagement d’autant plus saisissant. Mais c’est aussi la guerre qui a redessinĂ© son itinĂ©raire intime : Morel a perdu son frère, Maoz Morel, combattant de la brigade de parachutistes âgĂ© de 22 ans, tombĂ© le 15 fĂ©vrier 2024 lors des combats Ă Khan Younès, après avoir luttĂ© pour sa vie.
Le parti qu’il contribue Ă fonder se positionne dans le paysage Ă©lectoral israĂ©lien en vue des prochaines Ă©lections comme une force opposĂ©e Ă ce que ses fondateurs appellent la « guerre Ă©ternelle » — en d’autres termes, une prolongation indĂ©finie du conflit sans horizon politique. Daoud Roula et Alon Lee Green, qui en prennent la tĂŞte, incarnent cette vision d’un mouvement mixte par nature, construit sur une base populaire et non sur les clivages partisans traditionnels.
Ce type de trajectoire — d’un extrĂ©misme de jeunesse vers un engagement pour la coexistence — est rare dans le paysage politique israĂ©lien, et le parcours de Morel illustre, Ă sa façon, comment la guerre peut fracturer les certitudes idĂ©ologiques les plus ancrĂ©es. La perte d’un frère au combat n’explique pas tout, mais elle constitue, selon toute vraisemblance, un Ă©lĂ©ment central de ce chemin parcouru.
La question qui restera ouverte est celle de la rĂ©ception de ce projet dans un climat politique israĂ©lien marquĂ© par les fractures de l’après-guerre. Un parti judĂ©o-arabe anti-guerre aura fort Ă faire pour s’imposer dans une arène Ă©lectorale oĂą les enjeux sĂ©curitaires continuent de dominer les dĂ©bats.
Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter notre article sur les élections israéliennes 2026 et le come-back de Bennett ainsi que notre reportage sur la jeunesse des collines et ses affrontements avec les autorités.







