Depuis le dĂ©but de l’opĂ©ration israĂ©lo-amĂ©ricaine contre l’Iran le 28 fĂ©vrier, une question hante les Ă©tats-majors occidentaux : quand les Houthis vont-ils franchir le pas ? AlliĂ©s inconditionnels de TĂ©hĂ©ran, les combattants yĂ©mĂ©nites ont jusqu’ici limitĂ© leur soutien Ă des dĂ©clarations de solidaritĂ© et Ă des manifestations de masse. Mais selon des Ă©valuations amĂ©ricaines, si les Houthis devaient dĂ©cider d’entrer dans le conflit, ils concentreraient vraisemblablement leurs frappes sur IsraĂ«l et les routes commerciales maritimes — et non sur les États-Unis ou l’Arabie saoudite.
Un silence qui surprend
L’absence des Houthis sur le front armĂ© depuis le dĂ©but des hostilitĂ©s constitue presque une anomalie. Le mouvement, qui contrĂ´le de vastes Ă©tendues du nord et de l’ouest du YĂ©men incluant la capitale Sanaa, s’Ă©tait illustrĂ© depuis octobre 2023 par des attaques rĂ©pĂ©tĂ©es contre des navires commerciaux en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, ainsi que par des tirs de missiles vers IsraĂ«l en solidaritĂ© avec Gaza. Il avait mĂŞme coordonnĂ© une frappe conjointe avec les Gardiens de la RĂ©volution islamique en juin 2025, lors de la guerre des Douze Jours.
Cette fois, le chef des Houthis Abdul Malik al-Houthi a pris la parole Ă trois reprises depuis le 28 fĂ©vrier. Dans chacun de ses discours, il a rĂ©affirmĂ© la solidaritĂ© du mouvement avec l’Iran, rendu hommage Ă Khamenei, et dĂ©clarĂ© que les mains de ses combattants restaient « sur la gâchette ». Mais aucune dĂ©claration d’engagement militaire concret n’a suivi. Pas une roquette, pas un drone — du moins pas encore.
Calcul de risque, pas d’idĂ©ologie
Les analystes s’accordent sur un point : l’attentisme des Houthis n’est pas une prise de distance idĂ©ologique avec TĂ©hĂ©ran. C’est un calcul de survie. En aoĂ»t 2025, lors de la guerre des Douze Jours, des frappes israĂ©liennes sur Sanaa avaient tuĂ© le Premier ministre houthi Ahmed al-Rahawi et le chef d’Ă©tat-major Mohammed al-Ghumari, parmi d’autres hauts responsables. Ce revers cinglant a laissĂ© des traces dans la direction du mouvement, dĂ©sormais consciente qu’IsraĂ«l dispose de renseignements prĂ©cis sur ses cadres et de la capacitĂ© de les Ă©liminer.
Selon Luca Nevola, analyste senior pour le YĂ©men et le Golfe au sein du centre de recherche ACLED, l’entrĂ©e en guerre des Houthis reste une possibilitĂ© concrète, mais leur prioritĂ© actuelle est d’Ă©viter une rĂ©plique directe amĂ©ricaine ou israĂ©lienne. La dynamique interne au YĂ©men joue Ă©galement : toute confrontation externe majeure pourrait dĂ©stabiliser l’Ă©quilibre des forces sur le terrain yĂ©mĂ©nite, oĂą l’Arabie saoudite soutient les forces adverses des Houthis.
Israël et les routes commerciales dans le viseur
Si les Houthis dĂ©cident de s’engager, l’Ă©valuation amĂ©ricaine indique qu’ils cibleraient en prioritĂ© IsraĂ«l et les voies commerciales maritimes — le dĂ©troit de Bab el-Mandeb, la mer Rouge, et potentiellement le golfe d’Aden — plutĂ´t que les bases amĂ©ricaines ou les intĂ©rĂŞts saoudiens. Cette option permettrait au mouvement de participer Ă la guerre de façon indirecte, en perturbant les flux du commerce mondial, tout en Ă©vitant une confrontation frontale avec Washington.
Cette hypothèse est cohĂ©rente avec le prĂ©cĂ©dent de 2023-2025 : les Houthis avaient dĂ©montrĂ© leur capacitĂ© Ă bloquer le trafic maritime pendant des mois, forçant des opĂ©rateurs comme Maersk Ă contourner l’Afrique via le cap de Bonne-EspĂ©rance plutĂ´t que de passer par Suez. La compagnie danoise a d’ailleurs dĂ©jĂ annoncĂ©, depuis le dĂ©but de la guerre actuelle, qu’elle redirige Ă nouveau certaines routes en raison du risque dans le dĂ©troit de Bab el-Mandeb.
Tehran ne veut pas brûler ses cartes
Plusieurs observateurs soulignent que l’Iran lui-mĂŞme pourrait freiner une entrĂ©e prĂ©cipitĂ©e des Houthis dans le conflit. Comme l’explique un analyste yĂ©mĂ©nite citĂ© par Al Jazeera, TĂ©hĂ©ran ne souhaite pas jouer toutes ses cartes simultanĂ©ment — il prĂ©fĂ©rerait conserver les Houthis comme rĂ©serve stratĂ©gique pour une phase ultĂ©rieure du conflit. D’autres estiment au contraire que si la pression militaire sur l’Iran venait Ă s’intensifier de façon dĂ©cisive, TĂ©hĂ©ran n’hĂ©siterait pas Ă activer tous ses mandataires rĂ©gionaux, y compris les Houthis, pour multiplier les fronts et Ă©puiser les ressources dĂ©fensives adverses.
Pour l’heure, le mouvement yĂ©mĂ©nite navigue entre la fidĂ©litĂ© Ă son parrain iranien, la prudence dictĂ©e par le souvenir des frappes de 2025, et la conscience que tout engagement militaire ouvert pourrait lui coĂ»ter sa direction. La guerre continue — et les Houthis regardent, la main sur la gâchette, sans encore avoir appuyĂ©.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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