Les velléités dénatalistes du maire de Bruxelles par Michel Tarrier

Proposant Ă  ses concitoyens une piste pour lutter contre la grave surpopulation de la ville de Bruxelles, Freddy Thielemans, bourgmestre (maire) socialiste de la capitale belge vient de dĂ©frayer la chronique en « osant » exhorter Ă  la dĂ©natalitĂ©, principe oh ! combien tabou, mais sans pour autant – Ă©lectoralisme oblige – Ă©dicter de rĂ©elles mesures de limitation des naissances.

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Dans un dĂ©bat jeudi dernier en Flandres, le maire de Bruxelles a rĂ©clamĂ© que « Le thème de la limitation des naissances devait pouvoir ĂŞtre abordĂ© dans le cadre de la lutte contre la surpopulation ». Et de justifier ainsi sa dĂ©claration : « Nous avons Ă  Bruxelles, beaucoup de familles nombreuses comptant sept ou huit enfants. Elles demandent un appartement social, mais ces appartements n’existent habituellement pas ».

Blasphème contre les familles nombreuses…

Les regards se portent Ă©videmment sur les Bruxellois d’origines Ă©trangères Ă  l’Europe. Peine perdue, inutile de pointer du doigt une communautĂ© dont le taux de natalitĂ© est souvent considĂ©rĂ© comme plus Ă©levĂ© que celui du reste de la population, le maire s’en dĂ©fend, mais par une rĂ©ponse quelque peu sibylline : « Ce problème, vous le retrouverez aussi bien dans les familles musulmanes que dans les familles juives, et mĂŞme parmi les chrĂ©tiens… ». La ville de Bruxelles compte 520.000 familles dont un peu plus de 2.000 possèdent plus de cinq enfants.

D’ordinaire, sachant qu’on touche ici une notion sacro-sainte de la libertĂ© individuelle, les leaders politiques des dĂ©mocraties occidentales ont tout intĂ©rĂŞt Ă  se rĂ©jouir publiquement de voir la population progresser alors que l’ensemble de l’Europe serait menacĂ© par un vieillissement accĂ©lĂ©rĂ©. Nous feignons d’ignorer l’avenir pour ne se prĂ©occuper que des retraites, quitte Ă  ce que les gens des mĂ©galopoles finissent par se marcher dessus, connaissent des chĂ´mages aussi longs que leur vie d’adulte actif ou des salaires de 200 euros et ne bouffent plus que des OGM… Il faut donc rendre grâce Ă  Freddy Thielemans pour sa tĂ©mĂ©ritĂ© d’avoir fait une entrĂ©e fracassante dans la campagne municipale en vue de l’Ă©lection du 10 octobre prochain oĂą il vise, peut-ĂŞtre avec une vĂ©ritĂ© contre-productive, le renouvellement de son mandat.

Le taux de natalitĂ© bruxellois est supĂ©rieur Ă  celui de la Belgique, mais en 2009 comme en 2010, l’accroissement de la population de la capitale s’expliquait aussi par le solde migratoire. Bruxelles attire les Belges et les Ă©trangers, surtout EuropĂ©ens, par son potentiel Ă©conomique. Beaucoup de ces migrants arrivent dans la capitale quand ils sont en âge de procrĂ©er. La rĂ©gion de Bruxelles-Capitale est le troisième PIB rĂ©gional de l’UE. Entre 2000 et 2010, la population bruxelloise a crĂ» de près de 13%. Aujourd’hui Ă  1,08 million d’habitants, les dernières projections du Bureau FĂ©dĂ©ral du Plan (BFP) tablent sur une population bruxelloise de 1.270.000 personnes en 2020, 1.418.000 en 2050 et 1.475.000 en 2060.

Point de vue

Ă€ partir de combien de progĂ©nitures une famille est-elle « trop » nombreuse ? Nous dirons huit, voire dix pour les cathos ou les musulmans conservateurs et atteints de cĂ©citĂ© Ă©cologique pour cause d’aveuglement dogmatique. Nous dirons deux pour ceux, Ă©comalthusiens, qui voient loin et estiment que mĂŞme une croissance dĂ©mographique zĂ©ro ne comporte aucun remède parce que nous sommes dĂ©jĂ  surnumĂ©raires, en inĂ©quation avec les ressources, en surcharge sur Terre et qu’il faut envisager une vraie dĂ©croissance dĂ©mographique (et Ă©conomiques), parce que : 1) nous sommes dĂ©jĂ  entrĂ©s dans une crise Ă©cosystĂ©mique ingĂ©rable après avoir franchi le pas des 3 milliards dans annĂ©es 1960 et 2) la planète (qui n’est plus plate…) n’est ni extensible, ni rechargeable et qu’en raison de cette finitude, « Nous pĂ©rirons sous les berceaux », ainsi que le clamait sans complaisance et avec encore moins de dĂ©magogie Jacques-Yves Cousteau, un homme bien-aimĂ© de l’opinion publique.

Gouverner, c’est prĂ©voir…

Le vrai problème (mondial) n’est pas de stabiliser les naissances mais de les rĂ©duire, et donc d’inciter sĂ©rieusement Ă  la dĂ©natalitĂ©. Il nous faudrait (conditionnel !) revenir au seuil de ces 3 milliards des annĂ©es 1960 et non pas tendre aux 9 ou 10 milliards de 2050. Rien d’eugĂ©niste ou de gĂ©nocidaire lĂ -dedans, il ne s’agit pas d’Ă©liminer des gens mais d’en produire moins. On ne tue pas un ĂŠtre non-nĂ© ! Et un bĂ©bĂ© n’est pas qu’un « jouet » pour des parents trop souvent inconscients, mais aussi un futur adulte consommateur. Un seul Terrien occidental pollue comme plusieurs dizaines d’habitants des pays pauvres. Il est donc aussi urgent de rĂ©duire (un peu) les naissances chez nous que de les rĂ©duire (beaucoup) dans la plupart des pays Ă©mergents (et qui n’Ă©mergeront jamais !), notamment en Afrique subsaharienne. Vivre moins nombreux pour que tout le monde puisse vivre heureux et ne pas occuper les niches Ă©cologiques des autres espèces. Si Bruxelles ne comprend pas, le Monde doit comprendre !

La solution ? Soyons plus nombreux Ă  l’ĂŞtre moins ! C’est l’ONG francophone DĂ©mographie responsable qui le dit, comme je m’Ă©puise Ă  l’expliquer dans tous les sens dans la plupart de mes livres. Les dĂ©mographes officiels pratiquent une dĂ©mographie hors-sol, aveuglĂ©ment Ă©conomique, faisant abstraction des conditions Ă©cologiques et des interdĂ©pendances.

Il faut reconnaĂ®tre que l’homme moderne est devenu une espèce invasive. Parodiant la rĂ©flexion de Kenneth Boulding : « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indĂ©finiment dans un monde fini est un fou, ou un Ă©conomiste. », je dirais : « Celui qui croit qu’une dĂ©mographie exponentielle peut continuer indĂ©finiment dans un monde fini est un fou, ou un dĂ©mographe ».

« Procréer était autrefois un devoir ; c’est aujourd’hui un droit limité ». Albert Jacquard

« Nous sommes dĂ©jĂ  trop nombreux pour vivre, pour vivre non pas en insectes, mais en hommes ; nous multiplions les dĂ©serts Ă  force d’Ă©puiser le sol, nos fleuves ne sont plus que des sentines et l’ocĂ©an entre Ă  son tour en agonie, mais la foi, la morale, l’ordre et l’intĂ©rĂŞt matĂ©riel s’unissent pour nous condamner Ă  la peuplade : il faut aux religions des fidèles, aux nations des dĂ©fenseurs, aux industriels des consommateurs, c’est dire qu’il faut des enfants Ă  tout le monde, n’importe ce qu’ils deviendront, adultes. » Albert Caraco

Source : Agora Vox