L’homme d’affaires Ali al-Zaïdi est le candidat pressenti pour diriger l’Irak — et Trump le soutient

C’est un basculement stratégique majeur qui se joue en ce moment à Bagdad, loin des projecteurs d’une actualité régionale dominée par la guerre contre l’Iran. Selon des informations publiées ce dimanche par Maariv, Donald Trump aurait invité à Washington l’homme d’affaires Ali al-Zaïdi, pressenti pour occuper le poste de Premier ministre d’Irak, et lui aurait personnellement signifié que les États-Unis se tiendraient derrière lui « tout au long du chemin ». Un soutien présidentiel en bonne et due forme — mais assorti d’une condition qui place d’emblée le candidat face à une équation insoluble.

Car la Maison-Blanche formule une exigence claire et non négociable : toute future gouvernement irakien devra écarter les milices soutenues par l’Iran et réduire l’influence de Téhéran sur Bagdad. Une demande qui, sur le papier, semble de bon sens géopolitique. Sur le terrain irakien, elle relève de l’exploit.

Un homme d’affaires sans casier politique

Ali al-Zaïdi ne ressemble pas aux profils habituels des dirigeants irakiens. Il n’a jamais occupé de fonction publique, jamais géré un ministère, jamais navigué dans les méandres d’une politique nationale marquée depuis deux décennies par les jeux d’influence entre Washington et Téhéran. Il est le propriétaire de la Banque islamique Al-Janub — et c’est précisément là que les complications commencent.

En 2024, le Trésor américain avait imposé à cet établissement une interdiction de réaliser des transactions en dollars. La raison invoquée : des soupçons de liens commerciaux avec Shibl al-Zaïdi, le chef d’une milice associée aux Gardiens de la révolution iraniens, ainsi que des informations sur des relations étroites présumées avec les Kataïb Hezbollah — une organisation classée par les États-Unis comme organisation terroriste. La banque Al-Janub et l’entourage du candidat réfutent avec force ces accusations, les qualifiant de simples rumeurs. Le président du conseil d’administration de la banque souligne qu’Ali al-Zaïdi n’est plus impliqué dans la gestion opérationnelle de l’établissement depuis 2019. Quant au lien avec le chef de milice portant le même patronyme, ses proches s’empressent de clarifier que malgré l’appartenance au même large clan tribal, il n’existe aucun lien politique ou commercial entre les deux hommes.

La pression des deux côtés

Al-Zaïdi a été choisi comme candidat de compromis dans un contexte précis. Trump avait menacé de couper l’aide économique américaine à l’Irak si Nouri al-Maliki — l’ancien Premier ministre notoirement proche de Téhéran — venait à être reconduit ou à reprendre la tête du gouvernement. Face à cette pression, les négociateurs irakiens ont cherché un profil moins exposé idéologiquement, capable de satisfaire Washington sans provoquer Téhéran de front. Al-Zaïdi a semblé, du moins en apparence, incarner ce point d’équilibre introuvable.

Sauf que Téhéran, loin de s’effacer, a immédiatement activé ses leviers. Le président iranien Massoud Pezeshkian l’a contacté par téléphone, et le haut responsable des Gardiens de la révolution Ismaïl Qaani a fait pression sur des cadres bagdadiens pour qu’ils ne cherchent surtout pas à marginaliser les leaders des milices dans la future gouvernance. L’Iran ne lâche pas l’Irak, qui reste depuis 2003 l’un de ses espaces d’influence les plus précieux.

Les milices comme puissance d’État

La difficulté structurelle à laquelle se heurte al-Zaïdi est précisément celle-là : les milices pro-iraniennes, au premier rang desquelles les Kataïb Hezbollah, ne sont pas des acteurs extérieurs au système irakien. Elles sont intégrées dans ses rouages depuis des années — présentes dans les ministères, dans les entreprises publiques, dans les forces de sécurité. Depuis le début de la guerre entre Israël et l’Iran, elles ont mené environ 600 attaques contre des cibles américaines en Irak. Toute tentative de les désarmer ou de réduire leur poids politique expose celui qui s’y risque à une réponse violente que ni l’armée irakienne régulière ni la protection américaine ne peuvent garantir d’absorber complètement.

Al-Zaïdi se retrouve donc dans une position que l’histoire politique irakienne de ces vingt dernières années a rendue familière : coincé entre deux puissances qui veulent chacune façonner Bagdad à leur image, et qui n’ont ni les unes ni les autres l’intention de céder un centimètre. Le soutien de Trump est réel — mais il ne suffit pas à effacer l’empreinte iranienne dans les institutions irakiennes, ni à protéger un Premier ministre qui choisirait de les défier frontalement.

L’Irak au cœur d’une bataille plus large

La séquence en cours s’inscrit dans un tableau géopolitique plus vaste. La guerre contre l’Iran a reconfiguré les priorités américaines dans la région et poussé Washington à vouloir sécuriser l’Irak comme espace tampon ou, à tout le moins, comme pays qui ne se transforme pas en base arrière pour les milices iraniennes. Al-Zaïdi représente, pour Trump, la tentative de faire entrer Bagdad dans une orbite américaine plus franche sans déclencher un conflit armé interne. C’est un pari audacieux. L’histoire récente de l’Irak enseigne que les candidats au compromis y terminent généralement otages de l’une ou l’autre des puissances — quand ils ne tombent pas entre les deux.

Pour aller plus loin sur les dynamiques régionales liées à l’Iran, retrouvez sur notre site :

👉 Le Mossad révèle une série d’attentats iraniens déjoués : Téhéran exporte la terreur, l’Occident réagit enfin

👉 Le jeu dangereux de Trump face à l’Iran – et quel est le lien avec Israël ?

 

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