Rom Breslavski : « Honte à vous ! Le peuple d’Israël ne vit plus depuis longtemps parce que vous l’avez tué »

Il a vingt-deux ans. Il a passé deux ans dans les tunnels de Gaza, entre les mains du Jihad islamique palestinien, dans des conditions que lui-même peine à décrire autrement qu’en disant : « J’ai vécu une rencontre avec le diable. » Ce lundi matin, Rom Breslavski — ancien otage libéré le 13 octobre 2025, agent de sécurité au festival Nova le 7 octobre 2023 au moment de l’attaque — s’est présenté à une conférence de presse organisée par le « Conseil d’Octobre » à la veille de l’ouverture de la session d’été de la Knesset. Ce qu’il a dit n’était pas un témoignage. C’était un acte d’accusation.

« À Nova, il y avait les terroristes qui ont fait ce qu’ils ont fait. Et ici, à la Knesset, siègent les responsables. » Puis, plus direct encore, adressé à l’ensemble des membres du parlement : « Le sang des victimes est entièrement sur vous. Honte à vous. Le peuple d’Israël ne vit plus depuis longtemps parce que vous l’avez tué. » Avant de quitter le pupitre, il a formulé une demande précise, presque chirurgicale dans sa clarté : « Avant de partir — mettez en place une commission d’enquête nationale qui enquêtera sur ce qui s’est exactement passé ici, pour que ça ne se reproduise plus. »

L’homme qui a vu ce qu’aucun mot ne peut contenir

Pour comprendre le poids de ces phrases, il faut rappeler qui est Rom Breslavski. Né le 4 décembre 2003, il était militaire en permission ce matin-là. Il travaillait comme agent de sécurité à la fête. Quand les terroristes ont déferlé sur Nova, il n’a pas fui. Selon les témoignages de survivants, il a passé des heures à tenter d’évacuer des blessés et à transporter des corps de jeunes femmes pour qu’ils ne soient pas emmenés à Gaza. Il a été capturé vers 15h00, après avoir tenté de joindre sa mère par téléphone pour la rassurer.

Pendant deux ans, il a enduré ce qu’il appelle — dans un ricanement amer qui dissimule à peine la douleur — « un enfer qui ne convient pas aux vivants ». Le Jihad islamique l’a soumis à des violences physiques répétées, des humiliations sexuelles, des privations extrêmes. Dans un entretien accordé à la chaîne 13 peu après sa libération, il a témoigné : ses ravisseurs l’avaient déshabillé, ligoté nu, affamé, battu. « Certains jours, trois boulettes de falafel ou un bol de riz. Des jours sans rien. » Il a également révélé des épisodes de violence sexuelle : « C’était de la violence sexuelle. L’objectif était de me briser. » Il a tenu. Il n’a pas renié sa foi juive malgré des tentatives répétées de conversion forcée. « Je regardais le terroriste dans les yeux et je lui disais : je ne me convertis pas. »

Un mois après sa libération, il publiait sur Facebook un texte d’une rage froide : Netanyahu et Ben Gvir n’avaient toujours pas pris contact avec lui. L’indemnité de libération versée par l’État — 60 000 shekels après deux ans de captivité — lui semblait une insulte. « Je suis abandonné de toutes parts, je ne reçois que du mépris de la part de l’État depuis le moment où je suis rentré. »

Le Conseil d’Octobre, voix des 1 800 familles

L’organisation qui a organisé cette conférence de presse n’est pas un mouvement politique ordinaire. Le « Conseil d’Octobre » regroupe quelque 1 800 familles de victimes, d’otages, de réservistes et d’habitants de l’enveloppe de Gaza. Ses membres se sont régulièrement exprimés sur des sujets aussi sensibles que le choix des porteurs de torche lors des célébrations de l’Indépendance — Rom lui-même avait réagi avec fureur en avril 2026 lorsque le coordinateur des otages, Gal Hirsch, avait été désigné pour allumer une torche lors de la cérémonie officielle, qualifiant ce choix de « crachat au visage ».

Ce matin, à quelques heures de la reprise des travaux parlementaires, le Conseil a choisi de donner le micro à celui dont le parcours incarne peut-être mieux que tout autre le gouffre entre ce que l’État a laissé arriver et ce qu’il doit désormais assumer. La demande de commission d’enquête nationale n’est pas nouvelle — elle est formulée depuis des mois par les familles des victimes, par des anciens militaires, par des experts du renseignement. Mais dans la bouche de Rom Breslavski, ce matin-là, elle sonnait différemment. Pas comme une revendication politique. Comme un minimum moral.

« Repartez — mais avant, regardez en face ce que vous avez fait »

La formulation choisie par Breslavski dit quelque chose d’essentiel sur l’état d’une partie de la société israélienne dix-neuf mois après le massacre. Il n’appelle pas à la révolte. Il n’appelle pas à une manifestation. Il demande, avec une sobriété qui rend ses mots encore plus cinglants, que les élus partent — mais pas sans avoir d’abord établi la vérité pour que l’horreur ne se répète pas.

« Le peuple d’Israël ne vit plus depuis longtemps parce que vous l’avez tué. » C’est une phrase qui ne demande pas de réponse politique immédiate. Elle demande quelque chose de plus fondamental : de la responsabilité. Et c’est peut-être précisément parce qu’elle vient d’un homme qui sait ce que c’est que de ne pas mourir malgré tout, qu’elle traverse aussi profondément.

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