La guerre entre Israël et l’Iran vient de franchir un seuil nouveau et particulièrement inquiétant : Téhéran a officiellement déclaré qu’elle ciblerait désormais les banques et les institutions économiques au Moyen-Orient accusées d’être liées aux États-Unis et à Israël. Cette annonce, publiée mercredi 11 mars 2026, ne constitue pas une simple gesticulation rhétorique de plus dans un conflit déjà saturé de déclarations belliqueuses. Elle représente un basculement doctrinal délibéré — l’entrée de la guerre dans la sphère financière et économique civile, avec tout ce que cela implique pour la stabilité d’une région dont les économies sont interconnectées et dont plusieurs capitales ne participent pas directement au conflit.
Le communiqué iranien est formulé avec une précision qui mérite d’être lue attentivement. « Hier soir, les États-Unis et Israël ont attaqué l’une des banques de notre pays. Dans cette action illégitime et non conventionnelle dans la guerre, l’ennemi nous a ouvert la possibilité d’attaquer les centres économiques et les banques appartenant aux États-Unis et à Israël. » Cette construction rhétorique — se présenter comme la partie ayant subi une agression, pour en déduire le droit de frapper en retour des cibles civiles dans des pays tiers — est caractéristique de la communication du régime des mollahs depuis des décennies. Elle permet de maintenir une posture défensive dans la forme tout en annonçant une offensive dans le fond. La question n’est pas de savoir si cette justification est juridiquement valide au regard du droit international — elle ne l’est pas. La question est de savoir si Téhéran est réellement prêt à passer à l’acte, et si les institutions financières du Moyen-Orient doivent désormais se préparer à des frappes directes.
La réponse à cette question est venue de Dubaï même, dans les heures qui ont suivi la publication du communiqué. Les autorités des Émirats arabes unis ont annoncé que deux drones s’étaient crashés à proximité de l’aéroport international de Dubaï. Le bilan est de quatre blessés — deux ressortissants ghanéens, un Indien et un Bangladais — dont trois légèrement atteints et un dans un état qualifié de modéré. Dubaï n’est pas n’importe quelle ville dans ce contexte. C’est la capitale financière non officielle du Moyen-Orient, le centre névralgique par lequel transite une partie considérable des flux de capitaux régionaux, le siège de dizaines de banques internationales et d’institutions économiques qui irriguent l’ensemble de la région du Golfe. Une frappe sur Dubaï, même modeste dans ses dégâts matériels, envoie un signal qui dépasse très largement la localité géographique de l’impact.
Cette attaque illustre une réalité que les alliés du Golfe d’Israël commencent à mesurer dans toute sa douleur : ils se retrouvent en première ligne d’une guerre dont ils n’ont pas été informés à l’avance et dans la décision de laquelle ils n’ont pas eu voix au chapitre. Les Émirats arabes unis, qui avaient normalisé leurs relations avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham en 2020, paient aujourd’hui le prix politique et sécuritaire de cette proximité sans avoir été consultés sur le déclenchement de l’opération « Rugissement du Lion ». Même chose pour Bahreïn, dont le terminal pétrolier a été touché, et pour plusieurs sites saoudiens qui ont subi des dommages cette semaine. La liste des pays du Golfe exposés aux retombées de cette guerre s’allonge jour après jour, et leur colère sourde — diplomatiquement contenue pour l’instant — est un facteur que ni Israël ni Washington ne peuvent ignorer à long terme.
Le président iranien Massoud Pezeshkian a tenté de gérer cette contradiction en dissociant, au moins dans la communication, la posture militaire offensive de l’Iran de ses relations diplomatiques régionales. Dans un entretien téléphonique avec le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, il a affirmé qu’ »Iran ne cherche pas de conflit avec les pays voisins », promettant que son pays ne ciblait que « les bases depuis lesquelles les attaques contre son territoire sont lancées. » Mais cette assurance sonne creux à Dubaï, où les débris de deux drones iraniens jonchent les abords d’un aéroport international. Les mots du président et les actes de son armée ne se parlent manifestement plus — ou peut-être se parlent-ils trop bien, chacun jouant son rôle dans une stratégie de double langage calculée.
Ce que la menace sur les banques révèle en profondeur, c’est la doctrine de la fragilisation économique que l’Iran cherche à activer en désespoir de cause face à la supériorité militaire israélienne et américaine. Ne pouvant rivaliser frontalement sur le champ de bataille conventionnel, Téhéran cherche à étendre la zone de douleur — à faire payer au monde entier le coût du conflit, à transformer la guerre contre Israël en guerre contre la stabilité économique régionale, et à espérer que la pression des marchés et des partenaires commerciaux finira par contraindre Washington et Jérusalem à accepter une sortie de crise négociée. C’est une stratégie de la terreur économique, distincte de la terreur militaire, et elle mérite d’être prise au sérieux par les gouverneurs de banques centrales du Golfe autant que par les généraux.
Source : Arutz Sheva
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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