Il aura fallu une nuit de chaos pour que l’armée israélienne reconnaisse une faute de communication majeure. Ce jeudi matin, un haut responsable du Commandement Nord a admis publiquement que Tsahal avait commis une erreur grave en ne tenant pas la population du nord d’Israël informée en temps réel de ce qui se déroulait dans la nuit. La déclaration, rapportée par l’analyste militaire Kobi Pinkler pour le site Srugim, est sans détour : « Nous avons eu tort de ne pas expliquer au public ce que nous savions. Nous aurions dû partager l’information avec le front intérieur et le renforcer, et non dissimuler ces données. De mauvaises décisions ont été prises. »
Cette mea culpa intervient au lendemain d’une nuit particulièrement éprouvante, durant laquelle environ 220 roquettes, missiles et drones ont été lancés depuis le territoire libanais en direction d’Israël. Le front intérieur, maintenu dans l’obscurité quant à l’ampleur réelle de la menace, a vécu des heures d’angoisse sans le cadre d’information nécessaire pour orienter ses réactions. Pour le commandement, ce silence délibéré s’est retourné contre lui : il a semé la panique là où la transparence aurait pu apporter une forme de réassurance.
Pourtant, sur le plan strictement militaire, le bilan de la nuit est jugé positif par l’armée. Le même haut responsable du Commandement Nord précise que deux tiers environ des tirs planifiés par le Hezbollah ont été déjoués, détruits avant leur lancement ou n’ont tout simplement jamais été mis à exécution. Parmi la centaine de drones tirés vers Israël, un seul a atteint sa cible. Malgré l’intensité de l’attaque, seules deux roquettes ont causé des dégâts matériels et des blessés légers. Les résultats opérationnels de Tsahal, notamment ceux de l’aviation, sont qualifiés de « très significatifs » par les responsables militaires.
Ce décalage entre l’efficacité tactique réelle et le ressenti de la population traduit un problème de fond dans la gestion de la communication de crise. Tsahal avait anticipé l’entrée en lice du Hezbollah dès le début des frappes contre l’Iran, il y a environ treize jours. Le Commandement Nord s’était alors préparé en conséquence : renforcement des effectifs, densification du dispositif aérien et blindé, consolidation des systèmes de défense. Une décision de principe avait également été prise de ne pas évacuer les localités du nord, mais de les défendre sur place. En parallèle, une opération baptisée « Poing de fer » était lancée dans le nord du Liban, avec une vingtaine de points d’intervention sur sol libanais.
Trois menaces principales avaient été identifiées par l’état-major. La première : une incursion terrestre des forces Radwan du Hezbollah ou d’unités affiliées en direction des villages israéliens. La deuxième : des tirs à courte portée vers ces mêmes villages, y compris des missiles antichar visant directement les habitations civiles. La troisième : une salve massive de roquettes, de missiles balistiques et de drones. C’est précisément ce troisième scénario qui s’est matérialisé dans la nuit, avec l’ampleur redoutée.
En dépit de cette préparation rigoureuse, le Commandement Nord avait perçu dès le matin de la veille les signaux indiquant que le Hezbollah s’apprêtait à déclencher un tir massif vers les forces de Tsahal et vers les localités civiles du nord. La décision de ne pas en informer la population a été prise à ce moment-là — et c’est elle qui est aujourd’hui au cœur de la controverse. Le responsable n’élude pas la responsabilité : c’est bien une faute institutionnelle, pas une défaillance technique.
Sur la question de la désarmement du Hezbollah, la position de Tsahal reste ferme. Malgré les progrès accomplis par l’armée libanaise dans ses propres affrontements avec l’organisation, les responsables militaires israéliens estiment que seul Tsahal est en mesure d’aboutir au démantèlement complet du mouvement, et que cet objectif continue de figurer parmi les priorités stratégiques. Pour l’heure toutefois, aucune opération contre des infrastructures civiles libanaises n’est envisagée.
Ce matin, les agriculteurs du nord d’Israël ont pu reprendre leurs activités, sans restrictions particulières au-delà des consignes habituelles du Commandement de la défense intérieure. Une normalisation de façade, qui ne saurait occulter les questions que la nuit du 11 mars a soulevées sur la relation entre l’armée et le front intérieur — et sur ce que « protéger » la population signifie vraiment quand on lui cache ce qu’on sait.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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