L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, a regagné Alger ce vendredi après plus d’un an d’absence, marquant une nouvelle étape dans le lent et fragile réchauffement des relations entre Paris et Alger. Ce retour, rapporté par Le Figaro, intervient dans un contexte de normalisation encore très prudente, où chaque geste d’apaisement est aussitôt nuancé par la persistance de plusieurs dossiers sensibles non résolus.
Rappelons les faits. Le 17 avril 2025, l’ambassadeur avait été rappelé à Paris après l’expulsion de douze agents français par les autorités algériennes — une mesure sans précédent depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962. Cette décision brutale d’Alger avait provoqué un gel quasi-total des relations diplomatiques entre les deux pays, déjà fragilisées par des mois de tension autour des questions migratoires, mémorielles et de souveraineté.
Les signaux d’apaisement
Depuis quelques semaines, plusieurs signaux suggèrent une volonté partagée d’en finir avec la crise. Des responsables français se rendent à nouveau à Alger : la ministre déléguée aux Anciens combattants Alice Rufo a fait le déplacement à Sétif vendredi pour les commémorations du 8 mai 1945 — une date hautement chargée en Algérie, commémorant la répression sanglante des manifestations nationalistes par les autorités coloniales françaises. Selon les estimations algériennes, ces événements auraient causé plusieurs dizaines de milliers de victimes ; les historiens européens retiennent pour leur part un bilan compris entre 15 000 et 20 000 morts.
Le choix d’envoyer une ministre aux commémorations du 8 mai n’est pas anodin. Il s’agit d’un geste symbolique fort dans un pays où la mémoire coloniale reste une plaie ouverte et une ressource politique permanente pour le régime d’Alger. D’autres déplacements récents l’ont précédé : le préfet de police de Paris Laurent Nuñez, la présidente de l’Institut du monde arabe, le président du Medef Patrick Martin. La machine diplomatique et économique se remet lentement en marche.
Sur le dossier migratoire — l’un des plus explosifs dans le débat politique français — le ministre de l’Intérieur a annoncé jeudi une reprise de la coopération avec Alger, se félicitant que plus de 140 laissez-passer consulaires aient récemment été délivrés pour des expulsions d’Algériens sous obligation de quitter le territoire français. C’est peu, au regard des milliers de personnes concernées, mais c’est un mouvement.
Les dossiers qui bloquent
Malgré ces gestes, plusieurs points de tension continuent de peser lourd. Le cas du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis près d’un an, est désormais présenté par l’Élysée comme une priorité absolue. Emmanuel Macron souhaite — dit-on — restaurer un « dialogue efficace » avec Alger, en accordant une « attention prioritaire » à ce dossier. Gleizes est devenu le symbole de la relation otage que certains observateurs prêtent au régime algérien, qui utilise les ressortissants étrangers comme monnaie d’échange dans ses négociations avec les capitales occidentales.
Au-delà du cas Gleizes, les deux pays n’ont toujours pas réglé les questions de fond qui ont alimenté la crise : le statut des ressortissants algériens en situation irrégulière en France, les accusations réciproques d’ingérence, la question de la mémoire coloniale et des excuses réclamées par Alger, et plus récemment les tensions autour du soutien français implicite à la position marocaine sur le Sahara occidental — sujet sur lequel Alger est particulièrement chatouilleux.
Les deux capitales parlent d’un « optimisme prudent ». La formule résume parfaitement l’état des relations franco-algériennes en ce printemps 2026 : on ne claque plus les portes, mais on ne les ouvre pas non plus vraiment. Le retour de l’ambassadeur est un signal, pas une solution.
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