Une fracture profonde divise les autoritĂ©s allemandes sur la rĂ©alitĂ© de la menace iranienne sur le territoire national. C’est le New York Times qui rĂ©vèle l’Ă©tendue des tensions internes : d’un cĂ´tĂ©, le chancelier Friedrich Merz et son ministre de l’IntĂ©rieur Alexander Dobrindt, qui cherchent publiquement Ă minimiser le risque d’attentats ou d’opĂ©rations iraniennes en Allemagne. De l’autre, des responsables des services de renseignement et de sĂ©curitĂ© qui considèrent que ce risque est rĂ©el, urgent et sous-estimĂ© par le pouvoir politique.
La position officielle du gouvernement est calibrĂ©e. Friedrich Merz a reconnu ces dernières semaines l’existence de menaces potentielles liĂ©es au conflit avec l’Iran, tout en martelant qu’« Ă ce stade, aucune information ne permet de conclure Ă une hausse du niveau de menace Ă l’intĂ©rieur du pays ». Berlin affirme avoir renforcĂ© la sĂ©curitĂ© autour des institutions israĂ©liennes, juives et amĂ©ricaines prĂ©sentes en Allemagne, mais continue de prĂ©senter le risque comme essentiellement thĂ©orique.
Ce que disent les services
Les responsables du renseignement ne partagent pas cet optimisme. Plusieurs d’entre eux, citĂ©s par le New York Times, estiment que la menace iranienne est bel et bien concrète et que l’Allemagne n’est pas Ă l’abri d’actes terroristes liĂ©s Ă des cellules pro-iraniennes opĂ©rant sur son sol. Ces divergences ont dĂ©bouchĂ© sur des frictions entre le pouvoir politique et plusieurs hauts responsables rĂ©gionaux du renseignement. Des parlementaires chargĂ©s de superviser les services de sĂ©curitĂ© auraient discrètement appelĂ© le gouvernement Ă adopter un discours plus alarmant.
Les chiffres dont disposent les services europĂ©ens sont Ă©loquents : avant mĂŞme le dĂ©but de la guerre ouverte entre IsraĂ«l, les États-Unis et l’Iran en fĂ©vrier dernier, près de cinquante complots prĂ©sumĂ©s liĂ©s Ă des cellules pro-iraniennes avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© identifiĂ©s en Allemagne. Plusieurs institutions juives figureraient parmi les cibles potentielles de ces rĂ©seaux.
L’intimidation en pleine rue
L’Ă©pisode le plus frappant rĂ©vĂ©lĂ© par le quotidien amĂ©ricain s’est produit lors d’une manifestation anti-rĂ©gime organisĂ©e Ă Munich en fĂ©vrier. Des agents iraniens ont infiltrĂ© le rassemblement et ont ouvertement menacĂ© certains participants en citant des informations personnelles concernant leurs proches restĂ©s en Iran — une mĂ©thode d’intimidation directe, sur le sol allemand, qui illustre la profondeur de la pĂ©nĂ©tration iranienne dans la diaspora.
Ce type d’opĂ©ration — surveiller les opposants Ă l’Ă©tranger, les menacer via leurs familles restĂ©es en Iran, constituer des dossiers individuels — est une pratique bien documentĂ©e des services de renseignement iraniens. Qu’elle se dĂ©roule en plein centre de Munich, lors d’une manifestation publique, dit quelque chose sur la confiance avec laquelle TĂ©hĂ©ran opère en Europe occidentale, mĂŞme en temps de guerre.
Le poids de l’histoire allemande
La position dĂ©licate du gouvernement allemand s’explique aussi par le contexte particulier du pays. L’Allemagne porte le poids d’une histoire qui lui impose une vigilance spĂ©cifique en matière de protection des Juifs sur son sol. Minimiser la menace iranienne contre les institutions juives n’est pas une dĂ©cision politiquement neutre Ă Berlin. Si un attentat venait Ă se produire après que le gouvernement a publiquement relativisĂ© le danger, les consĂ©quences politiques seraient considĂ©rables.
C’est peut-ĂŞtre cette Ă©quation-là — ne pas affoler l’opinion tout en ne pouvant pas se permettre d’avoir eu tort — qui explique le maintien d’un discours officiel rassurant, mĂŞme face aux avertissements de ses propres services. Le gouvernement Merz joue un Ă©quilibre fragile, sur un terrain oĂą l’histoire allemande ne lui laisse aucune marge d’erreur.
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