Retrait progressif de Tsahal du Liban et « zones pilotes » : les détails du nouveau plan de cessez-le-feu

Depuis les pourparlers directs historiques entre IsraĂ«l et le Liban tenus Ă  Washington dĂ©but juin 2026 — les premiers en plus de quarante ans — un cadre de cessez-le-feu prend forme dont les contours se prĂ©cisent jour après jour. Selon des informations rapportĂ©es par la chaĂ®ne libanaise Al-Jadid, un dispositif en plusieurs phases est actuellement Ă  l’Ă©tude, articulĂ© autour d’un concept clĂ© : la dĂ©finition de ce que l’on appelle une « zone pilote », correspondant Ă  l’ensemble du territoire du sud Liban actuellement sous contrĂ´le israĂ©lien, et dĂ©signĂ© sous l’appellation de « zone jaune ».

Le plan tel qu’il se dessine prĂ©voit, dans un premier temps, un retrait graduel de Tsahal des villages et localitĂ©s de cette zone jaune. SimultanĂ©ment, le Hezbollah serait appelĂ© Ă  en faire autant, amorçant sa propre retraite du secteur dès l’entrĂ©e en vigueur du cessez-le-feu. L’armĂ©e libanaise officielle prendrait alors le relais, se dĂ©ployant sur le terrain pour entreprendre le dĂ©mantèlement des infrastructures terroristes — condition prĂ©alable au retour des populations civiles dĂ©placĂ©es depuis le dĂ©but des hostilitĂ©s.

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La deuxième phase du dispositif est plus dĂ©licate : une fois l’armĂ©e libanaise dĂ©ployĂ©e dans la zone jaune, Tsahal n’en disparaĂ®trait pas totalement. Des forces israĂ©liennes maintiendraient leur prĂ©sence sur un nombre limitĂ© de points de sĂ©curitĂ© situĂ©s dans une bande de deux kilomètres Ă  partir de la ligne de dĂ©marcation provisoire entre les deux pays. Ces positions seraient conservĂ©es jusqu’Ă  obtention d’une confirmation formelle que l’accord est pleinement respectĂ©.

Le texte en prĂ©paration devait encore, au moment des informations disponibles, ĂŞtre prĂ©sentĂ© au Hezbollah pour que l’organisation clarifie sa position — en coordination avec le rĂ©gime iranien, dont le rĂ´le de tuteur du mouvement chiite reste central dans tout règlement durable.

Cette architecture de retrait conditionnel tranche avec les exigences rĂ©pĂ©tĂ©es du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Hezbollah, NaĂŻm Qassem, qui a rejetĂ© avec virulence l’accord cadre conclu Ă  Washington le 3 juin. Dans une dĂ©claration Ă©crite lue Ă  la tĂ©lĂ©vision le lendemain, il avait qualifiĂ© les nĂ©gociations d’« absurdes, humiliantes et insultantes », affirmant que l’organisation n’avait pris aucun engagement Ă  cesser le feu et qu’exiger un retrait de ses combattants du sud Liban pendant que les frappes israĂ©liennes se poursuivaient n’Ă©tait rien d’autre que de la « capitulation ». Il avait Ă©tĂ© clair : seul un arrĂŞt total de l’agression israĂ©lienne, accompagnĂ© d’un retrait complet de Tsahal, pouvait constituer une base acceptable.

L’accord du 3 juin, conclu entre les dĂ©lĂ©gations israĂ©lienne et libanaise sous mĂ©diation amĂ©ricaine, conditionnait pourtant la cessation des hostilitĂ©s Ă  un « arrĂŞt complet » des tirs du Hezbollah et Ă  l’Ă©vacuation de tous ses combattants des territoires situĂ©s au sud du fleuve Litani. Les deux parties avaient Ă©galement convenu de la crĂ©ation de ces fameuses « zones pilotes » oĂą l’armĂ©e libanaise exercerait un contrĂ´le exclusif, Ă  l’exclusion de tout acteur non Ă©tatique — sous la guidance des États-Unis. Un nouveau round de pourparlers Ă©tait prĂ©vu pour la semaine du 22 juin, en vue d’un accord global.

Sur le terrain, la rĂ©alitĂ© reste tendue. Des tirs de Hezbollah ont continuĂ© Ă  dĂ©clencher des alertes dans plusieurs localitĂ©s du GalilĂ©e occidental et du GalilĂ©e supĂ©rieur, notamment MĂ©tula, Misgav Am et d’autres villages frontaliers, sans faire de blessĂ©s grâce aux interceptions de la dĂ©fense aĂ©rienne. Ces incidents alimentent l’exaspĂ©ration des habitants du nord, qui peinent Ă  croire en la sincĂ©ritĂ© d’un accord dont l’une des parties signataires — l’État libanais — ne contrĂ´le pas le principal acteur armĂ© prĂ©sent sur son propre territoire.

La question qui se pose avec acuitĂ© est celle de la crĂ©dibilitĂ© de l’armĂ©e libanaise en tant que force de substitution au Hezbollah. Beyrouth elle-mĂŞme a averti qu’elle n’Ă©tait pas encore prĂŞte Ă  exercer un contrĂ´le sĂ©curitaire sur la frontière avec IsraĂ«l. Le Premier ministre Nawaf Salam a nĂ©anmoins nuancĂ© : le dĂ©ploiement de l’armĂ©e libanaise dans les zones pilotes en tant que première Ă©tape « ne supprime pas notre droit au retrait total d’IsraĂ«l, au contraire, il nous en rapproche ». Une formulation habile qui cherche Ă  dĂ©samorcer les critiques du Hezbollah sans hypothĂ©quer la souverainetĂ© libanaise.

Derrière ces tractations, une toile de fond gĂ©opolitique dĂ©terminante : l’Iran, dont les Gardiens de la rĂ©volution ont posĂ© comme condition prĂ©alable Ă  tout cessez-le-feu durable dans la guerre rĂ©gionale que l’accord englobe le front libanais — et exige un retrait de Tsahal aux positions qu’il occupait avant le dĂ©but des hostilitĂ©s de mars 2026. Washington, de son cĂ´tĂ©, cherche Ă  dĂ©nouer le conflit libanais indĂ©pendamment du dossier iranien, ce que TĂ©hĂ©ran refuse catĂ©goriquement.

Pour approfondir la comprĂ©hension du contexte militaire et stratĂ©gique, vous pouvez consulter notre article sur le dĂ©ploiement des forces de Tsahal dans le nord : KAN : Tsahal approuve le projet d’Ă©tendre ses opĂ©rations au sud du Liban. Voir Ă©galement notre article sur les nouvelles capacitĂ©s technologiques engagĂ©es dans ce conflit : « Or Eitan » est entrĂ© en guerre : IsraĂ«l dĂ©ploie pour la première fois son système laser au Nord.