Israël a son nouveau directeur du Mossad. Le général de division Roman Gofman a été officiellement nommé dimanche soir à la tête du service de renseignement extérieur israélien, après que le comité consultatif pour les nominations aux postes de direction a approuvé sa candidature. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a signé la lettre de nomination immédiatement après la décision. Gofman prendra ses fonctions le 2 juin 2026 pour un mandat de cinq ans.
Mais la nomination s’est accompagnée d’une controverse institutionnelle sans précédent qui jette une ombre sur ce qui aurait dû être une décision lisse.
Un avis minoritaire cinglant du président du comité lui-même
Le comité consultatif présidé par l’ancien président de la Cour suprême Asher Gronis a bien accordé à Gofman la majorité requise pour valider sa candidature. Mais Gronis lui-même — le président du comité — a voté contre et a joint à la décision finale une opinion dissidente d’une sévérité inhabituelle dans ce type de procédure. Il y écrit : « Compte tenu des manquements à l’intégrité dont Gofman est responsable, il n’est pas approprié de le nommer à la tête du Mossad. » Une formulation qui ne laisse aucune ambiguïté sur sa position, et qui contraste avec le vote des autres membres du comité.
Selon les informations disponibles, des efforts considérables avaient été déployés au sein du comité pour parvenir à une décision unanime, compte tenu de la sensibilité extrême du poste. Ces efforts ont échoué. Le président du comité, qui était censé conduire ce processus d’approbation, se retrouve finalement dans la position inconfortable d’avoir officiellement entériné une nomination qu’il juge lui-même inopportune.
L’affaire Almakais et le recours annoncé devant la Cour suprême
La principale source de controverse autour de la candidature de Gofman est liée à Uri Almakais, qui affirme avoir été activé comme jeune adolescent par des subordonnés du général, et avoir ensuite été maintenu en détention pendant plus d’un an et demi. Almakais avait demandé à comparaître devant le comité pour témoigner contre Gofman, affirmant que ce dernier avait « menti effrontément ». Il a annoncé dimanche qu’il allait déposer un recours devant la Cour suprême contre cette nomination.
Le recours devant la Haute Cour soulève une question juridique intéressante. La Cour suprême a établi par le passé que des circonstances exceptionnelles sont nécessaires pour s’écarter des recommandations du comité Gronis. Or dans ce cas, c’est le président du comité lui-même qui recommande de ne pas nommer le candidat — tout en étant minoritaire dans son propre comité. Cette configuration inédite pourrait constituer précisément la circonstance exceptionnelle que la jurisprudence exige pour qu’un recours aboutisse.
Un directeur du Mossad contesté à l’heure la plus sensible
La nomination intervient dans un contexte stratégique particulièrement délicat. Israël sort d’une guerre contre l’Iran, les négociations à Islamabad ont échoué, et la reprise des hostilités semble imminente selon plusieurs sources sécuritaires. Le Mossad — dont le rôle dans les opérations contre l’Iran, dans les assassinats de scientifiques nucléaires et de commandants des Gardiens de la Révolution, et dans le renseignement opérationnel des dernières années a été central — va se retrouver dirigé par un homme dont la nomination est contestée par le président du comité censé valider son intégrité.
Gofman est décrit par ses soutiens comme un officier estimé doté d’un riche parcours de commandement. Mais l’entrée en fonction prévue pour le 2 juin s’annonce sous des auspices judiciaires et politiques compliqués — entre le recours d’Almakais devant la Cour suprême et la dissidence publiée de Gronis, le nouveau directeur du Mossad devra asseoir son autorité dans un contexte de légitimité institutionnelle fragilisée dès le premier jour.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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