Les frères Meir et Yossef Nahum accusés d’espionnage pour l’Iran : 100 000 shekels pour du ChatGPT

L’affaire aurait pu sortir d’un roman d’espionnage comique si elle n’avait pas eu lieu pendant une guerre rĂ©elle, avec des consĂ©quences potentiellement graves. Meir et Yossef Nahum, frères originaires de Beit Shemesh et Beitar Illit, ont Ă©tĂ© inculpĂ©s le mois dernier pour espionnage au profit de l’Iran. Ce dimanche soir, Ă  la demande des mĂ©dias Walla et de la SociĂ©tĂ© de radiodiffusion, le juge de la Cour suprĂŞme Alex Stein a autorisĂ© la publication de leurs noms. Ce qui ressort du dossier d’accusation est Ă  la fois ahurissant et rĂ©vĂ©lateur d’une rĂ©alitĂ© nouvelle : le renseignement iranien recrute en aveugle, et ses recrues peuvent le mener en bateau pendant des mois avec de l’intelligence artificielle grand public.

Une arnaque Ă  l’iranienne — orchestrĂ©e depuis Telegram

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Le contact initial remonte Ă  aoĂ»t 2025. Un agent iranien approche Meir Nahum via Telegram et lui demande simplement s’il souhaite gagner de l’argent. Nahum, qui soupçonne immĂ©diatement avoir affaire Ă  un agent iranien, accepte — mais dĂ©cide de jouer double jeu Ă  sa manière. Il se prĂ©sente sous un faux nom, se dit Ă©tudiant en informatique sur le point d’ĂŞtre recrutĂ© par l’UnitĂ© 8200 — l’unitĂ© de renseignement d’Ă©lite de Tsahal — et bâtit autour de cette identitĂ© fictive une construction qui durera des mois.

Pour donner de la crĂ©dibilitĂ© Ă  son personnage, il invente un ami dans l’UnitĂ© 8200 — une vraie personne, dont il a trouvĂ© la carte d’identitĂ© et le permis de conduire sur Internet. Il crĂ©e de fausses captures d’Ă©cran de conversations avec ce « T. », soldat de l’UnitĂ© 8200, dans lesquelles il prĂ©tend le convaincre de coopĂ©rer avec l’agent iranien. Il va plus loin en crĂ©ant un groupe Telegram rĂ©unissant l’agent iranien, lui-mĂŞme, et lui-mĂŞme se faisant passer pour T. L’agent iranien, convaincu d’avoir recrutĂ© un vrai contact dans l’unitĂ© la plus sensible de l’armĂ©e israĂ©lienne, demande une photo de T. tenant une pièce d’identitĂ©. Nahum gĂ©nère l’image via intelligence artificielle et l’envoie. Il fabrique ensuite un faux document militaire prouvant que T. sert bien dans l’UnitĂ© 8200 — en modifiant un document trouvĂ© en ligne avec les donnĂ©es de sa victime innocente.

ChatGPT, Grok, Gemini — la boĂ®te Ă  outils de l’espion amateur

Le contenu livrĂ© Ă  l’agent iranien est presque entièrement fabriquĂ©, produit Ă  l’aide de ChatGPT, Grok et Gemini. Nahum fournit des coordonnĂ©es de sites stratĂ©giques en Iran localisĂ©s via Google Maps et des outils d’IA, des informations sur une frappe imminente d’IsraĂ«l et des États-Unis contre l’Iran — entièrement inventĂ©es — et, après la mort du prĂ©sident iranien Ebrahim RaĂŻssi dans un crash d’hĂ©licoptère, un document gĂ©nĂ©rĂ© par ChatGPT affirmant qu’IsraĂ«l Ă©tait impliquĂ© dans l’Ă©vĂ©nement.

Il va encore plus loin dans la manipulation en fabriquant un dossier compromettant un vrai citoyen iranien — nom, adresse, donnĂ©es personnelles trouvĂ©es sur Telegram — en l’accusant d’avoir collaborĂ© avec IsraĂ«l lors de l’opĂ©ration « Am Klavia » pour Ă©liminer des hauts responsables du rĂ©gime. Un document intĂ©gralement inventĂ©, conçu pour mettre en danger la vie d’un inconnu.

En Ă©change de toute cette fiction, Nahum a reçu l’Ă©quivalent de plus de 100 000 shekels en cryptomonnaies.

La justice autorise la publication — et dit pourquoi

La dĂ©fense avait tentĂ© de bloquer la publication des noms, invoquant le prĂ©judice psychologique que subirait Yossef, le frère qui apparaĂ®t comme personnage secondaire dans l’acte d’accusation, et le risque que les Iraniens — ayant compris qu’ils avaient Ă©tĂ© arnaquĂ©s — cherchent Ă  se venger de Meir. Le juge Stein a rejetĂ© ces arguments avec une formulation qui fait jurisprudence : l’interdiction de publication après dĂ©pĂ´t d’un acte d’accusation est « l’exception des exceptions, rĂ©servĂ©e aux cas extrĂŞmes oĂą la publication est susceptible, avec une haute probabilitĂ©, de causer un prĂ©judice très grave ». Le prĂ©judice psychologique invoquĂ©, dit-il, ne distingue pas les accusĂ©s Nahum d’autres accusĂ©s dans des situations comparables — il est rĂ©el, il est regrettable, mais il ne suffit pas Ă  l’emporter sur le principe de publicitĂ© des procĂ©dures et le droit du public Ă  ĂŞtre informĂ©.

Ce que l’affaire rĂ©vèle

Au-delĂ  du cĂ´tĂ© rocambolesque, le dossier Nahum illustre deux rĂ©alitĂ©s simultanĂ©es de la guerre de l’information en 2026. D’un cĂ´tĂ©, le renseignement iranien recrute massivement via des plateformes de messagerie, en ciblant des individus Ă©conomiquement vulnĂ©rables sans vĂ©rification sĂ©rieuse de leurs profils — une approche en volume qui accepte un taux d’Ă©chec Ă©levĂ© en Ă©change d’une prise occasionnelle. De l’autre, les outils d’intelligence artificielle grand public — accessibles Ă  n’importe qui depuis un smartphone — permettent dĂ©sormais Ă  un individu sans formation ni accès Ă  des informations classifiĂ©es de produire du contenu d’apparence crĂ©dible suffisamment convaincant pour tromper un agent de renseignement professionnel pendant plusieurs mois.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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