Dans un entretien diffusé ce dimanche sur la radio 103FM, Haïm Tomer, ancien haut responsable du Mossad, a livré une analyse froide et préoccupante de l’état des négociations entre Washington et Téhéran sur le dossier nucléaire. Sa conclusion est sans détour : Trump a abandonné l’essentiel de ce qui constituait les exigences initiales américaines, et Israël ne semble pas être pleinement informé de ce qui se négocie réellement.
« Je suis un homme du renseignement et je suis prudent dans mes évaluations », a posé Tomer en préambule. « La question est de savoir ce qu’Israël veut — et c’est une question à laquelle on peut répondre. Il y a un seuil minimal auquel Israël s’est attaché, et à mon estimation, il n’est pas inclus dans le plan américain. Cela n’a pas été dit au public israélien. »
Les missiles et le régime : deux dossiers abandonnés
La démonstration de Tomer porte sur deux points précis qui étaient au cœur des exigences américaines initiales. Le premier concerne le programme de missiles balistiques iraniens — capacité de projection qui intéresse directement la sécurité d’Israël indépendamment du volet nucléaire. Le second, plus structurel, touchait à la question du régime lui-même : certaines factions à Washington avaient conditionné tout accord véritable à une transformation en profondeur du système politique iranien, voire à sa chute.
Sur ces deux fronts, l’analyse de Tomer est catégorique : « Les Américains ne s’occupent pas du programme de missiles. Ils se sont probablement retirés entièrement de la question du renversement du régime. Il ne reste que ce qui constituera le minimum sur lequel Américains et Iraniens s’accorderont concernant le projet nucléaire. »
Ce rétrécissement du périmètre des négociations n’est pas anodin pour Israël. Un accord limité au seul volet nucléaire, laissant intact le programme de missiles et la structure du régime des Gardiens de la Révolution, serait perçu par Jérusalem comme nettement insuffisant — voire comme une capitulation déguisée qui légitimerait l’Iran tout en le laissant armé.
Un document de dix points qui circule via le Pakistan
Tomer révèle par ailleurs l’existence d’un document de travail de dix points qui circulerait entre l’Iran et les États-Unis par l’intermédiaire du Pakistan. « Je ne sais pas ce qu’il contient, et je ne crois pas qu’Israël sache ce qu’il contient », lâche-t-il — une formule qui, dans la bouche d’un ancien cadre du Mossad, prend un relief particulier. Elle suggère que la coordination entre alliés sur ce dossier est, au mieux, incomplète.
La médiation pakistanaise elle-même est un élément inhabituel. Le Pakistan entretient des relations complexes avec l’Iran — à la fois partenaire commercial et rival régional, partageant une longue frontière et des tensions récurrentes. Que Washington utilise ce canal plutôt que des intermédiaires plus classiques comme Oman ou le Qatar en dit peut-être long sur le caractère discret, voire opaque, des tractations en cours.
L’impasse et la question stratégique
La formule que Tomer emploie pour qualifier la situation est celle d’une « impasse » — en hébreu, mavoi satum, littéralement une ruelle sans issue. Trump, observe-t-il, annonce chaque semaine qu’un accord historique avec l’Iran est sur le point d’être signé. Mais les déclarations ne se transforment pas en texte. Et pendant ce temps, la question de fond reste entière.
C’est là que Tomer formule ce qui constitue le vrai cœur de son intervention : « Si j’étais aujourd’hui un officier de renseignement actif, je concentrerais l’essentiel de mon travail à comprendre quel accord se profile entre Iraniens et Américains — s’il y en a un. Mais s’il n’y a pas d’accord, que fait Israël ? »
La réponse qu’il esquisse n’est pas rassurante. Israël se trouve actuellement dans une configuration de guerre sur trois fronts simultanés — Gaza, Liban, Iran — qui prélève un tribut lourd en blessés, en morts, et dans d’autres dimensions significatives. Cette situation est-elle viable indéfiniment ? « La solution est-elle une guerre permanente, conduite par le gouvernement Netanyahou avec trois fronts ouverts ? Ou doit-on commencer à réfléchir à comment fermer des fronts ? » La question reste ouverte — délibérément.
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