« Trump n’est pas soudainement devenu idiot » : la logique derrière le « revirement » de ses relations avec IsraĂ«l

Il est des moments oĂą le bruit mĂ©diatique noie l’analyse. Les relations entre Washington et JĂ©rusalem ont fait l’objet, ces dernières semaines, de lectures alarmistes, certains commentateurs allant jusqu’Ă  dĂ©crire Donald Trump comme un prĂ©sident qui aurait « retournĂ© sa veste » vis-Ă -vis d’IsraĂ«l. C’est prĂ©cisĂ©ment ce rĂ©cit que l’avocat Mark Zell, prĂ©sident du Parti rĂ©publicain en IsraĂ«l, s’attache Ă  dĂ©monter dans un entretien accordĂ© au chroniqueur gĂ©opolitique Dani Zaken, dans le cadre du podcast « Al Zeh » d’Israel Hayom.

L’entretien fait suite Ă  une lettre ouverte adressĂ©e au prĂ©sident Trump, qui avait créé des remous dans les mĂ©dias amĂ©ricains et serait parvenue jusqu’au bureau du prĂ©sident lui-mĂŞme. Cette lettre sert de point de dĂ©part Ă  une conversation nourrie sur les ressorts rĂ©els de la diplomatie amĂ©ricaine au Moyen-Orient.

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La clé de tout : les élections de mi-mandat

Pour comprendre Trump, explique Mark Zell, il faut d’abord regarder vers novembre prochain. La tĂŞte du prĂ©sident amĂ©ricain est dĂ©jĂ  plongĂ©e dans les Ă©lections de mi-mandat — et c’est ce prisme qui Ă©claire ses dĂ©cisions actuelles, y compris celles qui concernent IsraĂ«l.

« À la Chambre des représentants, la situation de Trump est très délicate », analyse-t-il. « Historiquement, lors des élections de mi-mandat, le parti au pouvoir perd des sièges au Congrès. Cela arrive à presque toutes les élections de mi-mandat aux États-Unis. Le défi de Donald Trump pour rester maître de la Chambre est immense. Il doit gagner, parce que sinon les démocrates tenteront de le destituer — peu importe sur quelle base. »

Ce contexte Ă©lectoral dicte une prioritĂ© absolue : la paix et la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique. « Trump a besoin de calme dans notre rĂ©gion. En IsraĂ«l, ce qui influence les Ă©lecteurs au moment du vote, ce sont les affaires extĂ©rieures et sĂ©curitaires. Aux États-Unis, ce n’est pas ainsi. Le public n’aime pas les guerres, il en est fatiguĂ© et veut le retour Ă  la normalitĂ© et une Ă©conomie florissante. Nous devons comprendre cela ici, en IsraĂ«l. Trump veut mettre l’Iran sur pause, faire baisser les prix du pĂ©trole et renforcer la Bourse. »

« Ce n’est pas un revirement »

Ce qui irrite nombre d’observateurs pro-israĂ©liens, c’est le mĂ©morandum d’entente conclu dans le cadre des discussions amĂ©ricano-iraniennes. Zell ne cache pas sa propre insatisfaction sur le fond : « Je ne suis pas satisfait de ce mĂ©morandum d’entente. Il est mauvais Ă  mes yeux. » Mais il se refuse Ă  en tirer des conclusions hâtives sur les intentions de Trump Ă  l’Ă©gard d’IsraĂ«l.

« Mon rĂ´le est d’expliquer pourquoi Donald Trump fait ce qu’il fait. Ce n’est pas un revirement. Il ne nous abandonne pas, il ne nous jette pas sous les roues du bus. Ce n’est pas que Trump soit soudainement devenu idiot. Ce qu’il a fait, tant dans son premier mandat que dans son second, en faveur de l’État d’IsraĂ«l, c’est Ă©norme. Ce sont les faits. Il a un bilan. Pendant 47 ans, l’Occident a tentĂ© de parvenir Ă  des accords avec l’Iran, et les Iraniens ont menti encore et encore. C’est leur agenda. Wittkoff, Vance et Kushner le savent très bien. »

La grande prioritĂ© de Trump en ce moment, rĂ©sume Zell, c’est le calme au Moyen-Orient. Et pour cela, il est prĂŞt Ă  offrir aux Iraniens une « carotte » afin qu’ils ne causent pas de problèmes.

La libertĂ© d’action prĂ©servĂ©e

Le point le plus contre-intuitif de l’analyse de Zell touche Ă  l’exclusion dĂ©libĂ©rĂ©e d’IsraĂ«l des nĂ©gociations amĂ©ricano-iraniennes. LĂ  oĂą beaucoup y voient une relĂ©gation, le prĂ©sident des rĂ©publicains d’IsraĂ«l y perçoit une protection.

« Donald Trump a dĂ©libĂ©rĂ©ment Ă©cartĂ© IsraĂ«l des nĂ©gociations avec les Iraniens, parce qu’il veut nous donner une libertĂ© d’action. Il sait que nous sommes un État souverain et que nous ne pouvons pas rester les bras croisĂ©s quand le Hezbollah attaque nos habitants et nos soldats. S’il y a une menace immĂ©diate de l’Iran, IsraĂ«l a Ă©galement une libertĂ© d’action lĂ -bas. En Syrie aussi, au YĂ©men aussi. Tout en fonction des besoins. »

Ce raisonnement — Trump protège IsraĂ«l en ne l’impliquant pas — tranche avec les lectures pessimistes. Il ne règle pas les interrogations de fond sur la soliditĂ© d’un mĂ©morandum d’entente « sans aucune valeur juridique », comme Zell lui-mĂŞme le qualifie. Mais il offre une grille de lecture alternative Ă  ceux qui seraient tentĂ©s de conclure Ă  une rupture dans l’alliance amĂ©ricano-israĂ©lienne.

Le podcast complet est disponible sur Spotify : https://open.spotify.com/show/293kBN9wbH6eYYw5UvCHB7

Et la vidĂ©o de l’entretien est disponible ici : https://www.youtube.com/embed/IT6hxxCga3U?si=1yye3_j8ETslm9bh

Pour approfondir ce sujet, retrouvez sur notre site : — Le jeu dangereux de Trump face Ă  l’Iran – et quel est le lien avec IsraĂ«l ? — Le compte Ă  rebours de Trump : le Hamas temporise, IsraĂ«l et Washington refusent toute nĂ©gociation