Dans une interview accordĂ©e Ă Politico ce mardi, Donald Trump a tranchĂ© une question qui agitait les capitales depuis le dĂ©but de l’opĂ©ration : qui a dĂ©clenchĂ© la guerre contre l’Iran ? Sa rĂ©ponse est sans ambiguĂŻtĂ©. Ce n’est pas IsraĂ«l qui a fait pression sur Washington. C’est Trump lui-mĂŞme qui a poussĂ© Ă l’offensive — et qui affirme avoir prĂ©venu une attaque iranienne imminente en frappant le premier.
« Nous négociions avec des fous »
Le prĂ©sident amĂ©ricain a livrĂ© sa lecture des Ă©vĂ©nements avec la franchise qui le caractĂ©rise. Selon lui, les nĂ©gociations avec TĂ©hĂ©ran avaient atteint une impasse sans issue. L’Iran, dit-il, s’apprĂŞtait Ă frapper de toute façon. « Nous nĂ©gociions avec des fous, et ils auraient attaquĂ© si nous ne l’avions pas fait. J’ai estimĂ© qu’ils frapperaient les premiers », a-t-il dĂ©clarĂ©, en prĂ©sence du chancelier allemand Friedrich Merz qu’il recevait Ă la Maison-Blanche.
Cette version renverse le rĂ©cit qui circulait dans certains mĂ©dias, selon lequel IsraĂ«l aurait entraĂ®nĂ© les États-Unis dans un conflit qu’ils n’auraient pas choisi. Trump rejette cette lecture avec force : si pression il y a eu, elle est venue de lui vers JĂ©rusalem, et non l’inverse.
Des missiles qui s’Ă©puisent, une industrie de dĂ©fense en surchauffe
Sur l’Ă©tat du rapport de forces militaire, Trump se montre dĂ©libĂ©rĂ©ment rassurant. Les capacitĂ©s iraniques se dĂ©gradent, affirme-t-il. Les stocks de missiles s’amenuisent, les zones de tir se rĂ©duisent, les lance-missiles tombent un Ă un. « Leurs missiles s’Ă©puisent — et leurs zones de tir aussi. Ils n’ont plus de lanceurs. » En face, les États-Unis disposeraient selon lui d’une puissance de feu quasi illimitĂ©e, les industries de dĂ©fense amĂ©ricaines fonctionnant en rĂ©gime d’urgence pour produire Ă cadence maximale tout ce dont l’armĂ©e a besoin.
Sur la durĂ©e du conflit, Trump s’est montrĂ© volontairement vague — entre quelques jours et quatre Ă cinq semaines. Une fourchette qui signale autant l’incertitude inhĂ©rente Ă toute guerre que la volontĂ© de ne pas fixer de calendrier que l’adversaire pourrait exploiter.
Les Kurdes dans le jeu — une option terrestre se dessine
C’est peut-ĂŞtre la rĂ©vĂ©lation la plus stratĂ©giquement significative de la journĂ©e. Selon le Wall Street Journal, Trump envisage activement de soutenir des milices armĂ©es Ă l’intĂ©rieur de l’Iran — des groupes qui pourraient devenir des forces terrestres combattant le rĂ©gime des ayatollahs avec l’appui de Washington. Des responsables amĂ©ricains ont confirmĂ© que Trump s’est entretenu dimanche avec des dirigeants kurdes iraniens, et qu’il est en contact avec d’autres acteurs locaux susceptibles de tirer parti de l’affaiblissement du rĂ©gime.
Les Kurdes disposent de forces significatives le long de la frontière irano-irakienne. Les frappes israĂ©liennes sur des positions du rĂ©gime dans l’ouest de l’Iran ont alimentĂ© les spĂ©culations sur une possible percĂ©e kurde — un corridor terrestre que Washington serait en train de prĂ©parer discrètement. La porte-parole de la Maison-Blanche Caroline Levitt a refusĂ© de dĂ©tailler les intentions du prĂ©sident, se limitant Ă confirmer qu’il « s’Ă©tait entretenu avec de nombreux partenaires rĂ©gionaux ».
Trump n’a pas encore arrĂŞtĂ© sa dĂ©cision sur la nature du soutien Ă apporter — armes, entraĂ®nement ou appui en renseignement. Mais le fait mĂŞme que la question soit posĂ©e publiquement constitue un signal adressĂ© Ă TĂ©hĂ©ran.
« 49 dirigeants éliminés — et de nouveaux émergent »
Sur la question de l’après-guerre, Trump a adoptĂ© un pragmatisme dĂ©concertant qui tranche avec le discours de rupture totale. InterrogĂ© sur l’avenir politique de l’Iran, il s’est dit ouvert Ă coopĂ©rer avec un nouveau gouvernement iranien — mĂŞme s’il devait ĂŞtre composĂ© en partie de membres de l’actuel rĂ©gime. « 49 dirigeants iraniens ont Ă©tĂ© tuĂ©s, n’oubliez pas. De nouveaux Ă©mergent. Beaucoup de gens veulent le poste, et certains seront très bons. »
Cette ouverture pragmatique dit quelque chose d’essentiel sur la vision trumpienne du conflit : l’objectif n’est pas nĂ©cessairement la destruction totale de l’État iranien, mais la neutralisation de ses capacitĂ©s de nuisance et l’avènement d’une direction moins hostile aux intĂ©rĂŞts amĂ©ricains et rĂ©gionaux.
« Prenez ce moment » — l’appel direct au peuple iranien
Depuis le dĂ©but de l’opĂ©ration, Trump multiplie les appels directs aux Iraniens. Il les exhorte à « saisir le moment » pour renverser le rĂ©gime. Il affirme que des milliers de membres des Gardiens de la RĂ©volution, de l’armĂ©e et de la police cherchent Ă se rendre pour sauver leur vie. Dans un discours prononcĂ© cette semaine, il a promis l’immunitĂ© Ă ceux qui dĂ©poseraient les armes — et annoncĂ© une mort certaine pour ceux qui continueraient Ă combattre. « Nous sommes avec vous », a-t-il dit aux Iraniens. « L’AmĂ©rique vous soutient avec une puissance immense et lĂ©tale. »
Ce double message — destruction militaire du rĂ©gime d’un cĂ´tĂ©, main tendue au peuple de l’autre — constitue la colonne vertĂ©brale de la communication amĂ©ricaine depuis le dĂ©but du conflit. Une stratĂ©gie qui vise Ă dissocier le sort du rĂ©gime de celui de la population, pour rendre la capitulation politiquement et moralement acceptable.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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