« Tu sens les bébés que tu as mangés » : une Juive agressée dans le métro de New York

Elle avait 23 ans et prenait le mĂ©tro new-yorkais comme des millions d’autres habitants de la ville. Ce trajet ordinaire s’est transformĂ© en cauchemar. Une femme s’est approchĂ©e d’elle, a commencĂ© Ă  lui crier dessus en l’abreuvant de propos antisĂ©mites d’une violence rare, puis l’a physiquement agressĂ©e devant les autres voyageurs du wagon. La jeune femme a eu le rĂ©flexe de filmer une partie de la scène avec son tĂ©lĂ©phone portable. Les images ont Ă©tĂ© relayĂ©es par l’organisation Combat Antisemitism Movement et ont provoquĂ© une vague d’indignation aux États-Unis.

Selon les tĂ©moignages recueillis et rapportĂ©s par N12, l’agresseuse lui a hurlĂ© qu’elle pouvait « sentir les bĂ©bĂ©s qu’elle avait mangĂ©s » et rĂ©pĂ©tĂ© Ă  plusieurs reprises que « les Juifs mangent des bĂ©bĂ©s » — une rĂ©activation d’un des plus vieux canards antisĂ©mites de l’histoire, celui du « meurtre rituel », vieux de plusieurs siècles et rĂ©gulièrement recyclĂ© sous des formes nouvelles. L’agresseuse aurait ensuite Ă©tranglĂ© la jeune femme, la fait tomber sur le plancher du wagon, puis lui aurait arrachĂ© des cheveux et frappĂ©e Ă  plusieurs reprises.

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

La police a interpellĂ© la suspecte. Les enquĂŞteurs examinent si l’agression doit ĂŞtre qualifiĂ©e de crime de haine — une catĂ©gorie juridique qui entraĂ®ne des peines aggravĂ©es dans la lĂ©gislation amĂ©ricaine. L’amie de la victime, qui s’est confiĂ©e Ă  N12, a dĂ©crit une jeune femme « encore en Ă©tat de choc » mais « entourĂ©e et soutenue par sa communauté ».

Un incident parmi d’autres, dans une sĂ©rie qui s’allonge

Cet Ă©pisode new-yorkais s’inscrit dans un contexte d’escalade documentĂ©e des actes antisĂ©mites aux États-Unis et dans le monde occidental depuis le dĂ©clenchement de la guerre en Iran. La mĂŞme semaine, un jeune IsraĂ©lien vivant et travaillant dans la rĂ©gion de Los Angeles relatait Ă  N12 une scène similaire dans un centre commercial. Il Ă©tait entrĂ© dans une parfumerie pour se renseigner sur des produits, et la vendeuse, après lui avoir demandĂ© d’oĂą il venait et avoir appris qu’il avait servi dans Tsahal, s’Ă©tait mise Ă  hurler « gĂ©nocide » avant de le chasser du magasin en l’accusant de « violer des enfants ». « Son regard a changĂ© d’un coup. Elle s’est mise Ă  crier ‘Free Palestine’ et Ă  m’accuser de choses hallucinantes », a-t-il racontĂ©. Il a choisi de quitter le commerce mais de filmer la suite depuis l’extĂ©rieur, capturant la femme qui continuait Ă  lancer des injures antisĂ©mites en sa direction.

La vague a atteint l’Europe Ă©galement. En Italie, l’organisation juive LGBT Keshet a Ă©tĂ© exclue du dĂ©filĂ© de la FiertĂ© de Rome au motif qu’elle avait refusĂ© de condamner IsraĂ«l. Des touristes israĂ©liens ont signalĂ© recevoir des e-mails d’hĂ©bergements leur demandant de signer une dĂ©claration d’opposition au gouvernement israĂ©lien comme condition de leur sĂ©jour. Un restaurant a refusĂ© de servir une cliente après avoir repĂ©rĂ© un symbole de l’Ă©toile de David sur son compte Instagram.

La banalisation d’un vocabulaire mĂ©diĂ©val

Ce qui frappe dans l’agression du mĂ©tro new-yorkais — et qui lui donne une rĂ©sonnance particulière au-delĂ  du fait divers — c’est la nature prĂ©cise des insultes profĂ©rĂ©es. L’accusation selon laquelle les Juifs « mangent des bĂ©bĂ©s » n’est pas une invention contemporaine : elle puise dans la calomnie du « meurtre rituel » qui a alimentĂ© des pogroms en Europe depuis le Moyen-Ă‚ge. Sa rĂ©apparition dans un wagon de mĂ©tro new-yorkais en 2026 dit quelque chose sur la façon dont les rĂ©seaux sociaux ont permis la rĂ©surrection et la circulation de contenus qui semblaient appartenir Ă  une Ă©poque rĂ©volue.

L’organisation Combat Antisemitism Movement, qui a diffusĂ© la vidĂ©o, souligne que ce type d’incident reprĂ©sente l’extrĂ©mitĂ© visible d’un phĂ©nomène plus large : une montĂ©e en puissance d’un discours de haine qui, lorsqu’il n’est pas fermement combattu dans les espaces publics numĂ©riques et physiques, finit par se matĂ©rialiser en violence physique dans les espaces de la vie quotidienne — ici, un simple trajet en mĂ©tro dans l’une des villes les plus cosmopolites du monde.

Pour aller plus loin sur le phĂ©nomène de l’antisĂ©mitisme dans le monde, retrouvez sur notre site : 👉 Londres : des hommes masquĂ©s incendient les ambulances de la communautĂ© juive 👉 Deux Juifs assassinĂ©s Ă  Manchester : un attentat antisĂ©mite le jour de Yom Kippour