La prestation de l’humoriste StaĂŻv Perahia devant des membres du personnel de l’universitĂ© Ben Gourion du NĂ©guev et leurs familles a tournĂ© Ă un drame chargĂ© d’accusations mutuelles, allant, selon l’artiste, jusqu’Ă l’intervention de la police appelĂ©e par les agents de sĂ©curitĂ© prĂ©sents sur place.
Perahia, jeune humoriste connu pour aborder tous les sujets sans censure, avait Ă©tĂ© invitĂ© cette semaine Ă se produire lors d’un Ă©vĂ©nement destinĂ© aux membres du personnel de l’universitĂ© et Ă leurs enfants sur le point d’ĂŞtre enrĂ´lĂ©s dans Tsahal. Mais très vite, le spectacle a Ă©chappĂ© Ă tout contrĂ´le, Ă cause de blagues sur les Arabes.
« Je suis venu pour dĂ©tendre l’ambiance, pas pour diviser le peuple »
« J’ai commencĂ© Ă faire mes blagues habituelles. Je dois prĂ©ciser qu’avant le spectacle, j’avais demandĂ© Ă l’organisatrice s’il y avait des sujets tabous, et elle m’avait rĂ©pondu qu’il n’y en avait aucun », a racontĂ© Perahia dans une vidĂ©o publiĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux. L’humoriste, qui a prĂ©cisĂ© avoir servi comme rĂ©serviste le 7 octobre et vivre avec un syndrome de stress post-traumatique, a expliquĂ© son Ă©tat d’esprit ce soir-lĂ . « Je me suis dit que j’allais entrer en contact avec eux et briser la glace », a-t-il confiĂ©. « J’ai fait des blagues sur les Arabes, vous savez. Je suis humoriste, je suis venu pour allĂ©ger l’atmosphère, pas pour diviser le peuple. »
Selon son rĂ©cit, c’est Ă ce moment-lĂ qu’un tumulte a Ă©clatĂ© dans le public. « Un homme s’est levĂ© et a commencĂ© Ă hurler sur moi. Ça m’a pris une seconde pour comprendre ce que j’entendais. Il criait que c’Ă©tait Ă©cĹ“urant que ce soit ce qu’on amène Ă l’universitĂ©, et comment j’osais parler ainsi des Arabes, et que je devrais avoir honte de moi parce que chez eux, Ă l’universitĂ©, il y a une coexistence, et que je suis raciste. Il a littĂ©ralement fait du terrorisme pendant le spectacle, en se filmant lui-mĂŞme en train de hurler sur moi. »
Perahia a racontĂ© avoir ressenti une profonde humiliation : « Je suis debout sur scène et je me sens humiliĂ©. Les blagues ne te conviennent pas ? Lève-toi, sors, tout va bien. Vous m’avez invitĂ©, vous n’avez pas Ă m’humilier et Ă me faire passer pour rien, tout petit, devant le public. Ce n’est pas normal. »
Le spectacle a Ă©tĂ© interrompu et Perahia a quittĂ© la scène. Selon lui, une partie du public a demandĂ© Ă son manager personnel qu’il remonte se produire, mais c’est Ă ce moment-lĂ qu’il a appris que les agents de sĂ©curitĂ© avaient appelĂ© une patrouille de police. « Je parle avec mon manager et il me dit : ‘Écoute, la sĂ©curitĂ© est arrivĂ©e et ils ont appelĂ© la police.’ Ils ont appelĂ© la police contre moi, comme si j’Ă©tais un criminel ! Comment n’avez-vous pas honte ? Vous avez invitĂ© quelqu’un pour raconter des blagues, alors mĂŞme si elles ne sont pas Ă votre goĂ»t, d’accord, mais se comporter comme ça ? »
« Des propos blessants » : la version de l’universitĂ©
De son cĂ´tĂ©, l’universitĂ© Ben Gourion a prĂ©sentĂ© une version totalement diffĂ©rente des faits et a envoyĂ© une lettre d’explication aux membres de son personnel. « L’Ă©vĂ©nement que nous avons organisĂ© devait ĂŞtre une soirĂ©e de fiertĂ© et de joie. Malheureusement, lors du spectacle d’humour qui clĂ´turait la soirĂ©e, des propos blessants ont Ă©tĂ© tenus Ă l’Ă©gard de populations qui vivent parmi nous, propos qui ne correspondent pas Ă nos valeurs. C’est la raison pour laquelle nous avons arrĂŞtĂ© le spectacle et n’avons pas permis qu’il se poursuive. MĂŞme dans un spectacle d’humour, toute prise de parole n’est pas lĂ©gitime. »
L’universitĂ© a prĂ©sentĂ© ses excuses Ă son personnel et a reportĂ© la responsabilitĂ© sur l’humoriste : « Nous nous excusons du fond du cĹ“ur pour ce qui s’est produit. Il est important pour nous de souligner que ses propos nous ont surpris. Nous n’avions aucune indication prĂ©alable de ce type de dĂ©clarations, et nous l’avions mĂŞme briefĂ© avant l’Ă©vĂ©nement sur les règles en vigueur Ă l’universitĂ©, qu’il a malheureusement enfreintes. »
« Nous ne cautionnons pas ce type de propos, et ce qui s’est produit ne nous est acceptable sous aucune forme et n’a pas sa place ici. Un point c’est tout. Nous sommes une seule communautĂ© et nous avons le devoir de protĂ©ger chacune et chacun de toute atteinte. Nous avons rompu tout contact avec l’artiste, et notre protestation concernant ses propos a Ă©galement Ă©tĂ© transmise Ă l’agence qui le reprĂ©sente. »
Dans l’entourage de Perahia, on affirme avoir l’intention de poursuivre l’universitĂ© en justice.
Sur ce sujet, retrouvez Ă©galement nos articles sur le professeur de l’universitĂ© de HaĂŻfa qui avait interdit l’entrĂ©e Ă un Ă©tudiant en uniforme de Tsahal et sur l’avis juridique du gouvernement sur les limites de la libertĂ© d’expression sur les campus.






