Une enquĂŞte journalistique a identifiĂ© la raison fondamentale de l’Ă©chec des renseignements israĂ©liens le 7 octobre

Le journalisme d’investigation des correspondants du Yediot Aharonot, Ronen Bergman et Yuval Rubovitz, offre une rĂ©ponse Ă  la question lancinante qui a hantĂ© les IsraĂ©liens au cours de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e : comment se fait-il que les excellents services de renseignement israĂ©liens – le Shin Bet, le Mossad et le renseignement militaire AMAN – n’aient pas remarquĂ© les prĂ©paratifs du Hamas pour une attaque Ă  grande Ă©chelle contre IsraĂ«l ?

Dans la forme la plus courte et la plus simplifiĂ©e, la rĂ©ponse est que les renseignements israĂ©liens ont investi des milliards de shekels dans la crĂ©ation d’un système complexe de collecte d’informations sur le Hamas, qui a donnĂ© des rĂ©sultats si excellents qu’au fil des annĂ©es, l’AMAN, le Shin Bet et le Mossad ont commencĂ© Ă  s’appuyer uniquement sur cette source en abandonnant les mĂ©thodes traditionnelles de « l’espionnage biblique » (comme l’ancien chef du Shin Bet, Nadav Argaman, appelait avec mĂ©pris le recrutement d’agents et la crĂ©ation de rĂ©seaux d’agents).

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Sans entrer dans des dĂ©tails strictement classifiĂ©s, les auteurs de l’enquĂŞte qualifient ce système opĂ©rationnel et technologique d’obtention d’informations d’« outil secret ». Leurs interlocuteurs ont dĂ©crit les capacitĂ©s Ă©tonnantes de « l’outil secret » avec des mĂ©taphores figuratives : « imaginez que vous ayez l’occasion de lire les journaux intimes des dirigeants du Hamas, dans lesquels ils Ă©crivent directement, sans cryptage ni indice, tous leurs projets », « nous pouvions tout voir tout en restant invisibles », en gĂ©nĂ©ral, les services de renseignement se sont progressivement convaincus que les plans du Hamas Ă©taient totalement transparents pour eux et qu’il n’Ă©tait plus nĂ©cessaire de consacrer des efforts et de l’argent au travail complexe et minutieux des agents de recrutement, en comparant et en analysant des bits d’informations reçus de diffĂ©rentes sources. 

Pour ce « changement de paradigme », cette « dĂ©pendance aux stupĂ©fiants » Ă  « l’outil » magique des renseignements israĂ©liens, les agents palestiniens du Shin Bet, recrutĂ©s depuis de nombreuses annĂ©es Ă  Gaza, ont payĂ© de leur vie. L’enquĂŞte de Bergman et Rubowitz cite l’histoire de l’ancien officier militaire du Hamas, Ashraf Abu Lila, qui a Ă©tĂ© expulsĂ© du service « pour comportement immoral » et est devenu un agent du Shin Bet. Il a créé un vaste rĂ©seau de renseignements pour les services de renseignement israĂ©liens, qui fournissaient rĂ©gulièrement des informations prĂ©cieuses, mais en 2017, le Shin Bet a dĂ©cidĂ© de sacrifier Abou Lila, lui donnant pour instruction de tuer le chef du Hamas libĂ©rĂ© dans le cadre de « l’accord Shalit ». Les services de renseignement du Hamas ont rapidement identifiĂ© et exĂ©cutĂ© le tueur, l’obligeant sous la torture de donner tous les noms de tous les autres agents israĂ©liens recrutĂ©s avant son exĂ©cution. 

Il s’est donc avéré que dans aucune des brigades territoriales, dans aucun des 50 bataillons du Hamas, les services de renseignement israéliens ne disposaient d’une seule source de renseignement qui ferait état des préparatifs d’une attaque dans la nuit du 7 octobre. Et les informations fournies par « l’instrument secret » n’ont été comprises par les agents de renseignement qu’après coup.

Tous les Ă©checs « tactiques » des services de renseignement, sur lesquels les mĂ©dias israĂ©liens ont beaucoup écrit après le 7 octobre, – ignorant les rapports du renseignement numĂ©rique 8200, des observatrices de Tsahal, l’activation simultanĂ©e de dizaines de cartes SIM israĂ©liennes Ă  Gaza et d’autres signes d’une attaque imminente – les renseignements expliquent celle-ci comme « stratĂ©gique », une erreur conceptuelle du renseignement. 

Les conclusions de l’enquĂŞte du Yedioth Aharonot sont l’explication que les services de renseignement eux-mĂŞmes confirment leur Ă©chec. Seule la commission d’État chargĂ©e d’enquĂŞter sur la catastrophe du 7 octobre peut Ă©valuer l’objectivitĂ© et la vĂ©racitĂ© de ces explications, mais sa crĂ©ation n’est pas incluse dans les plans du gouvernement israĂ©lien actuel.