Israël et le reste du Moyen-Orient suivent de près les développements en Jordanie, où un complot présumé visant à renverser le roi Abdallah II a été déjoué ce week-end.
Les personnes assignĂ©es Ă rĂ©sidence comprennent l’ancien prince hĂ©ritier Hamzah bin Hussein, le fils aĂ®nĂ© du roi Hussein et sa quatrième Ă©pouse, la reine Noor. Il a Ă©tĂ© nommĂ© prince hĂ©ritier de Jordanie en 1999 et a servi jusqu’en 2004, lorsque son demi-frère, le roi Abdallah II, fils du roi Hussein et de sa deuxième Ă©pouse, Mona, l’a annulĂ©e en faveur de son propre fils. C’Ă©tait une dĂ©cision largement perçue comme la consolidation du pouvoir d’Abdullah cinq ans après son accession au trĂ´ne.
Des responsables jordaniens auraient transmis le message Ă IsraĂ«l que la situation Ă©tait sous contrĂ´le et qu’il n’y avait aucune menace pour la stabilitĂ© du royaume, mais nĂ©anmoins, IsraĂ«l ne peut pas se permettre d’ignorer ce qui se passe rĂ©ellement chez son voisin oriental.
La situation en Jordanie est devenue de plus en plus difficile ces derniers temps. Après une pĂ©riode au cours de laquelle il semble avoir bien rĂ©sistĂ© Ă la pandĂ©mie, le nombre de malades et de dĂ©cès a grimpĂ© en flèche. L’incident du mois dernier dans un hĂ´pital public, près de la capitale Amman, au cours duquel au moins six personnes sont mortes lorsque leur approvisionnement en oxygène a Ă©tĂ© coupĂ©, a alimentĂ© les troubles et les manifestations. De toute Ă©vidence, le roi a pris cela au sĂ©rieux et a visitĂ© la rĂ©gion.
L’Ă©conomie jordanienne a Ă©tĂ© durement touchĂ©e par l’impact du COVID. En outre, 10 ans après le dĂ©but de la guerre civile en Syrie, le million d’immigrants qui, selon les estimations, se sont rĂ©fugiĂ©s en Jordanie a fait peser une charge supplĂ©mentaire sur l’Ă©conomie.
Ă€ l’heure actuelle, on ne sait pas exactement ce qui s’est passĂ© en Jordanie. Bien qu’il n’y ait eu aucune tentative de renverser le monarque au pouvoir, il y a clairement des signes de troubles et d’instabilitĂ©. Ce n’est pas un hasard si la plupart des puissances de la rĂ©gion ont publiĂ© des dĂ©clarations de soutien au roi Abdallah.
IsraĂ«l, peut-ĂŞtre plus que quiconque, devrait ĂŞtre intĂ©ressĂ© Ă ce que la Jordanie reste sĂ»re et stable. C’est essentiel pour la sĂ©curitĂ© d’IsraĂ«l. IsraĂ«l partage sa plus longue frontière avec la Jordanie, quelque 300 kilomètres de long, qui s’Ă©tend sur presque toute la longueur du pays. Le fait qu’il soit pacifique permet Ă IsraĂ«l de maintenir une prĂ©sence militaire de bas niveau et rĂ©duit considĂ©rablement toute menace pour l’État juif.
De plus, il fait office de zone tampon. Sans la Jordanie, il n’y aurait pas de vĂ©ritable sĂ©paration entre IsraĂ«l et les menaces qui viennent d’Irak et mĂŞme de plus loin. Cela aide Ă©galement Ă tenir l’AutoritĂ© palestinienne Ă distance.
MalgrĂ© la paix froide, il existe une relation de sĂ©curitĂ© solide basĂ©e sur des intĂ©rĂŞts mutuels. Cela est particulièrement vrai maintenant, alors qu’IsraĂ«l dĂ©veloppe des relations plus solides avec les États du Golfe.
Le rĂ©cent incident impliquant l’actuel prince hĂ©ritier, Hussein Bin Abdullah, le prouve. Quand IsraĂ«l ne lui a pas permis de visiter la mosquĂ©e al-Aqsa sur le mont du Temple avec sa propre Ă©quipe de sĂ©curitĂ© le mois dernier, le prince a annulĂ© la visite. La Jordanie a ensuite interdit un vol du Premier ministre Benjamin Netanyahu au-dessus de son espace aĂ©rien pour ce qui aurait Ă©tĂ© sa première visite officielle aux Émirats arabes unis. Sans survoler la Jordanie, le voyage aurait pris des heures de plus et Netanyahu a annulĂ© la visite.
Netanyahu aurait ripostĂ© et tentĂ© d’interdire les vols entre la Jordanie et IsraĂ«l. Ce n’est pas une question mineure, car la libertĂ© de circulation est l’un des Ă©lĂ©ments inclus dans le traitĂ© de paix de 1994 entre les deux pays.
Le dĂ©veloppement d’une paix plus forte avec les pays du Golfe dans le cadre des accords abrahamiques n’annule en rien la nĂ©cessitĂ© de bonnes relations avec la Jordanie. Au contraire, cela dĂ©montre l’importance de la Jordanie dans le schĂ©ma rĂ©gional des choses.
De même, tout futur accord de paix avec les Palestiniens (aussi éloignés que les perspectives semblent actuellement) dépendra de bonnes relations avec une Jordanie forte, qui borde également les zones de l’Autorité palestinienne et a une population majoritairement palestinienne. Le statut de garde de la Jordanie sur les sites musulmans et chrétiens de Jérusalem lui confère également un rôle particulier.
Israël et la Jordanie sont du même côté sur de nombreuses questions cruciales. Aucun des deux pays ne doit prendre cette relation pour acquise.





