Il y a trois semaines, le ministre israĂ©lien des Affaires Ă©trangères Yair Lapid et le ministre de la DĂ©fense Benny Gantz ont convoquĂ© les ambassadeurs de tous les pays membres du Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU Ă JĂ©rusalem. Ils leur ont dit que si l’Iran maintenait son rythme actuel d’enrichissement d’uranium, il atteindrait sa capacitĂ© de sortie du nuclĂ©aire militaire dans 70 jours. Si leur compte Ă rebours est exact, l’Iran est maintenant Ă environ sept semaines de devenir un État Ă capacitĂ© nuclĂ©aire.
Compte tenu de l’urgence de la situation, on aurait pu s’attendre Ă ce que le Premier ministre israĂ©lien se rende Ă Washington pour indiquer clairement au prĂ©sident amĂ©ricain qu’IsraĂ«l a l’intention d’attaquer les installations nuclĂ©aires iraniennes Ă Qom, Fordo, Natanz et Ispahan (ou toute combinaison des deux) afin de pour arrĂŞter l’horloge. On pourrait s’attendre Ă ce que le mĂŞme Premier ministre dise au prĂ©sident que, bien qu’IsraĂ«l apprĂ©cierait l’aide des États-Unis dans l’exĂ©cution de la mission, tout ce qu’IsraĂ«l demande est que les États-Unis ne sapent pas son opĂ©ration.
Ă€ première vue, il est donc logique d’Ă©valuer le voyage de Naftali Bennett Ă Washington dans le contexte de l’urgence de l’heure. Et Ă première vue, il semble avoir Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans ce contexte.
Bennett a insistĂ© pour visiter la Maison Blanche au milieu de la plus grande catastrophe stratĂ©gique qui ait frappĂ© les États-Unis depuis les attentats du 11 septembre. Mais alors que ces attaques Ă©taient l’Ĺ“uvre de terroristes djihadistes Ă©trangers, la dĂ©faite stratĂ©gique actuelle de l’AmĂ©rique – maintenant aggravĂ©e par l’attaque terroriste meurtrière de mercredi dernier contre l’aĂ©roport de Kaboul – est la consĂ©quence directe des actions du prĂ©sident Joe Biden.
Au cours des dernières semaines, Biden a dĂ©montrĂ© que son jugement Ă©tait altĂ©rĂ©. L’absence apparente de toute prĂ©voyance stratĂ©gique ou opĂ©rationnelle informant le retrait humiliant de l’AmĂ©rique de Kaboul, et l’Ă©chec de Biden Ă coordonner l’opĂ©ration avec les alliĂ©s amĂ©ricains, ont dĂ©cimĂ© sa crĂ©dibilitĂ©. Les alliĂ©s des États-Unis reconnaissent qu’ils ne peuvent pas faire confiance Ă l’AmĂ©rique sous sa direction.
S’il Ă©tait si important pour Bennett de venir au milieu de tout cela, on aurait pu s’attendre Ă ce qu’il tire parti de la crise actuelle pour faire comprendre qu’IsraĂ«l ne suit pas les États-Unis dans le terrier du lapin. Qu’IsraĂ«l se dĂ©fendra et qu’il est temps d’agir.
Mais cela ne semble pas ĂŞtre ce qui s’est passĂ©. Bennett a dĂ©clarĂ© qu’il avait prĂ©sentĂ© Ă Biden une toute nouvelle stratĂ©gie pour empĂŞcher l’Iran de devenir un État dotĂ© de l’arme nuclĂ©aire. Et Biden a dit utilement qu’il Ă©tait dĂ©terminĂ© Ă empĂŞcher l’Iran d’acquĂ©rir des armes nuclĂ©aires. Mais Biden a Ă©galement dĂ©clarĂ© qu’il ne pensait pas du tout que la situation Ă©tait urgente. Au contraire. Il a dit : « Nous donnons la prioritĂ© Ă la diplomatie et voyons oĂą cela nous mène. » Il a ajoutĂ© d’un ton fade : « Mais si la diplomatie Ă©choue, nous sommes prĂŞts Ă nous tourner vers d’autres options. »
Si l’Iran est sur le point de devenir un État Ă capacitĂ© nuclĂ©aire dans sept semaines, le rĂ©sultat de la dĂ©claration de Biden est que l’administration Biden est prĂŞte Ă vivre avec un Iran nuclĂ©aire.
Il n’y avait aucune preuve de tension entre les deux dirigeants lors de leur comparution conjointe au bureau ovale. Ceci malgrĂ© le fait que l’affirmation de Biden selon laquelle il envisagerait « d’autres options » Ă©tait bien plus faible que les dĂ©clarations du prĂ©sident de l’Ă©poque, Barack Obama. Au plus fort de ses efforts pour apaiser l’Iran par le biais de concessions nuclĂ©aires, Obama a dĂ©clarĂ© que « l’option militaire est sur la table ». Pire encore, lorsque des journalistes amĂ©ricains ont demandĂ© Ă la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki quelles autres options Ă©taient envisagĂ©es, elle a dĂ©clarĂ© qu’Ă ce stade, aucune autre option que la diplomatie n’Ă©tait envisagĂ©e en ce qui concerne les activitĂ©s nuclĂ©aires de l’Iran.
Biden a Ă©chouĂ© en Afghanistan parce qu’il croyait apparemment qu’avec le soutien indĂ©fectible des mĂ©dias amĂ©ricains, il n’avait pas besoin de se donner la peine d’Ă©laborer un plan de retrait cohĂ©rent ou d’en discuter Ă l’avance avec les alliĂ©s amĂ©ricains. Il Ă©tait convaincu qu’une bonne RP signifiait qu’on n’avait pas besoin d’une bonne politique. Son Ă©chec en Afghanistan prouve que la rĂ©alitĂ© est insensible aux coupures de presse.
Les mĂ©dias israĂ©liens sont les flacks de Bennett. Et les journalistes et commentateurs Ă la tĂ©lĂ©vision ont affirmĂ© que l’objectif de Bennett Ă©tait simplement de s’asseoir avec Biden. Juste en s’asseyant dans le bureau ovale, il a montrĂ© qu’il est le premier ministre maintenant, pas l’autre type. Mais lĂ aussi, la rĂ©alitĂ© est une chose tĂŞtue. Selon Lapid et Gantz, nous ne sommes qu’Ă sept semaines de l’Iran de devenir un État nuclĂ©aire. L’atmosphère de la rĂ©union n’a eu aucun impact sur cet Ă©tat de fait.
Le fiasco de Biden Ă Kaboul a montrĂ© au monde qu’il n’Ă©tait pas un alliĂ© digne de confiance. Dans leur apparition conjointe, mĂŞme la belle promesse que l’Iran n’obtiendra pas d’armes nuclĂ©aires, que Biden a lu sur ses cartes de repère, ne pouvait pas diminuer le fait que son message sous-jacent est qu’il n’est pas avec IsraĂ«l sur l’Iran.
Bennett a dĂ©clarĂ© aux journalistes après la rĂ©union qu’il avait accompli ce qu’il s’Ă©tait fixĂ©. Et c’est peut-ĂŞtre vrai. Mais ce sera la rĂ©alitĂ©, et non des relations publiques rĂ©ussies, qui dĂ©cideront si IsraĂ«l a tirĂ© quelque chose du voyage. Ă€ première vue, cela ne semble pas ĂŞtre le cas.




