Shampooing, canapés et budget scolaire — la directrice d’école en route vers l’inculpation

L’affaire avait tout d’un fait divers local. Elle est en train de devenir un cas d’école en matière de détournement de fonds publics. Maayn Farjoun, directrice de l’école primaire Shavzi dans le quartier de Karmi Gat à Kiryat Gat, dans le sud d’Israël, devrait prochainement faire l’objet d’un acte d’accusation formel, selon des sources proches de l’enquête menée par l’unité de fraude de la police du district Sud. Les preuves accumulées sont jugées suffisantes. Et la version des faits présentée par la directrice lors de ses auditions ne tient pas à l’examen des documents.


Des déodorants et des fauteuils comptabilisés comme « fournitures de bureau »

Au cœur du dossier : des centaines de commandes passées au nom de l’établissement scolaire, réglées sur les fonds de l’école, mais dont la destination présumée serait le domicile personnel de la directrice. La liste des articles recensés par les enquêteurs est aussi longue qu’éloquente — déodorants, shampooing, gels douche, boissons énergétiques, parfums de luxe, chocolats, pansements, piles, diffuseurs de parfum, bougies en liège, lessives. Le tout comptabilisé dans les livres de comptes sous la rubrique anodine de « matériel de bureau ».

Mais l’affaire ne s’arrête pas aux produits de consommation courante. Les enquêteurs examinent également des commandes de mobilier et d’articles de décoration qui auraient été livrés au domicile de la directrice et financés via le programme éducatif Gafan : fauteuils, canapés de salon, rideaux, tapis, ottomanes — tous enregistrés, là encore, comme équipements scolaires.

Un point particulièrement épineux pour la défense concerne un événement familial. Des produits et boissons auraient été commandés au frais de l’école pour le shabbat de fiançailles du fils de la directrice, avant que celle-ci ne produise des factures personnelles pour tenter de prouver qu’elle avait réglé ces achats de sa propre poche. Les enquêteurs examinent la cohérence de ces documents avec le reste des pièces comptables saisies.


Une version qui ne colle pas avec les preuves

Lors de ses auditions conduites par le brigadier-chef Asher Alimaleh, Maayn Farjoun a nié l’intégralité des faits qui lui sont reprochés. Sa stratégie de défense repose sur une accusation directe contre trois employés de l’école, qu’elle désigne comme les véritables auteurs des malversations. « Je ne suis pas responsable des commandes, » a-t-elle déclaré. « Ils mentent. Ils essaient de me monter un dossier. Ils sont impliqués dans toute cette affaire du début à la fin. J’ai des factures pour les produits que j’ai commandés personnellement et payés de ma poche. Toutes leurs accusations visent à me faire tomber et à me chasser de l’école. Ce sont eux qui ont passé les commandes, et je vais vous le prouver. »

Le problème, selon des sources policières, c’est que cette version ne correspond pas aux preuves et documents rassemblés au fil de l’enquête. La directrice n’a pas été en mesure de fournir d’explications convaincantes sur les nombreux articles commandés, ni de justifier logiquement pourquoi des produits d’hygiène personnelle ou des meubles de salon se retrouvaient comptabilisés dans le budget d’une école primaire.


Des complices potentiels dans le viseur

L’enquête ne se limite pas à la seule directrice. Trois employés de l’établissement ont également été entendus, certains sous avertissement. Les enquêteurs cherchent à déterminer si ces personnes ont activement participé aux commandes frauduleuses, si elles en avaient connaissance sans réagir, ou si — comme le soutient la directrice — elles en sont les véritables instigatrices. La piste est examinée sérieusement, mais n’écarte pas pour autant la mise en cause principale.

Les charges envisagées contre Maayn Farjoun sont multiples et graves : vol par une fonctionnaire, obtention frauduleuse de biens dans des circonstances aggravantes, complot en vue de commettre un crime, falsification de documents d’entreprise, omission délibérée de revenus et infractions aux lois anti-blanchiment. Un arsenal juridique qui dépasse largement le cadre d’une simple irrégularité administrative.


L’argent des élèves, les armoires de la directrice

Ce qui rend cette affaire particulièrement sensible, c’est ce qu’elle dit de la confiance placée dans les institutions éducatives. Les fonds détournés — si les faits sont confirmés — ne provenaient pas d’une caisse anonyme, mais du budget destiné aux enfants d’un quartier populaire du sud d’Israël. Chaque bougie, chaque flacon de parfum, chaque mètre de rideau comptabilisé comme « fourniture scolaire » représente une somme soustraite à des élèves.

La police du district Sud s’attend à déposer un acte d’accusation dans les prochaines semaines.

— Rédaction internationale


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