Nabi Chit : un commando israélien a fouillé un cimetière de la Bekaa pour retrouver Ron Arad — en vain

Dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 mars 2026, quatre hélicoptères militaires israéliens ont pénétré dans l’espace aérien libanais depuis le côté syrien et déposé une unité de forces spéciales dans la Bekaa orientale. Objectif : fouiller un cimetière dans le village de Nabi Chit, dans la région de Baalbek, à la recherche de traces du navigateur Ron Arad, porté disparu au Liban depuis octobre 1986. L’opération s’est soldée par un échec sur le plan des résultats — et par un bilan humain lourd du côté libanais.

Quarante ans d’attente, une nuit de combat

Ron Arad est l’une des affaires les plus douloureuses de l’histoire militaire israélienne. Navigateur dans l’armée de l’air, il a été capturé le 16 octobre 1986 après que son F-4 Phantom a été touché au-dessus du sud du Liban. Il a d’abord été détenu par le mouvement Amal à Saïda, puis sa trace s’est perdue le 5 mai 1988. Depuis, des dizaines d’opérations de renseignement et plusieurs missions sur le terrain ont tenté, sans succès, d’établir ce qu’il est advenu de lui — vivant ou mort, enterré quelque part ou transféré à l’Iran.

L’opération de la nuit dernière a été déclenchée à la faveur d’une « opportunité opérationnelle » selon les termes de l’armée israélienne : la veille, un ordre d’évacuation avait été émis à Nabi Chit, vidant partiellement le village, et le contexte de guerre ouverte avec le Hezbollah depuis le début de la semaine offrait une couverture aérienne massive. Des informations de renseignement récentes pointaient vers un cimetière précis dans le quartier est du village, connu localement sous le nom d’Al-Shukr, comme lieu possible d’inhumation d’Arad.

Quatre hélicoptères, deux atterrissages, une tombe fouillée

Selon la déclaration du Hezbollah et les informations de la correspondante de L’Orient-Le Jour sur place, quatre hélicoptères ont atterri à 22h30 dans des champs des localités de Bou Fares et de Chaara. Une unité d’infanterie — environ huit soldats selon les estimations locales — a progressé en direction du cimetière de Nabi Chit. Des photos diffusées lors d’une visite de presse organisée par le Hezbollah le lendemain montrent une tombe ouverte et une fosse creusée dans l’enceinte du cimetière.

Le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, a confirmé lors d’une réunion tenue samedi à Yarzé que les soldats israéliens portaient des uniformes similaires à ceux de l’armée libanaise et utilisaient des véhicules militaires ainsi que des ambulances ressemblant à celles de l’Autorité sanitaire islamique — une organisation affiliée au Hezbollah — dans le but probable de passer inaperçus en cas de contact visuel avec des habitants.

Découverts, engagés, couverts par 40 frappes aériennes

La discrétion n’a pas duré. Selon le Hezbollah, les combattants locaux ont repéré le commando à son arrivée au niveau du cimetière. Des échanges de tirs à armes légères et moyennes ont éclaté. L’armée israélienne a immédiatement répondu en déclenchant une couverture aérienne intensive : environ 40 frappes de chasseurs et d’hélicoptères ont été lancées sur Nabi Chit et les localités environnantes pour permettre le repli des forces spéciales. L’armée libanaise a précisé que des habitants armés ont également échangé des tirs avec le commando.

L’armée israélienne a indiqué samedi, dans un bref communiqué, que l’opération avait bien eu lieu, qu’aucun soldat israélien n’avait été blessé, et qu’aucune trace de Ron Arad n’avait été retrouvée sur le site fouillé. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a commenté : l’opération n’avait pas donné les résultats espérés, mais l’engagement d’Israël à élucider le sort d’Arad restait total.

Un bilan humain lourd

Les frappes de couverture ont été dévastatrices pour la population civile. Le ministère de la Santé libanais a recensé au moins 41 morts et 40 blessés à Nabi Chit et dans les villages alentour. Parmi les victimes : neuf personnes originaires de Khreibé, quinze de Nabi Chit même, trois militaires de l’armée libanaise régulière et un agent de la Sûreté générale de la famille Chokr. Une famille entière de six personnes — père, mère et quatre enfants — a été tuée dans une frappe distincte sur le village voisin de Shmustar : ils avaient été déplacés de Baalbek et s’étaient réfugiés dans un immeuble résidentiel.

Il s’agit de l’une des opérations israéliennes les plus meurtrières dans la Bekaa depuis le début de l’escalade de cette semaine, déclenchée après que le Hezbollah a tiré des missiles sur Israël pour venger la mort du Guide suprême iranien Ali Khamenei.

Ahmad Shoukr : le lien entre hier et aujourd’hui

L’opération s’inscrit dans un contexte de renseignement particulier. Moins de trois mois avant ce raid, Ahmad Shoukr, ancien officier de la Sécurité générale libanaise dont le frère est suspecté d’avoir participé à la capture de Ron Arad en 1986, a disparu le 19 décembre dernier. L’information avait filtré dans la presse israélienne sous la forme d’une allusion à une opération du Mossad visant à obtenir des informations sur le sort du navigateur. La connexion entre cet enlèvement et l’opération de Nabi Chit reste non confirmée officiellement, mais la chronologie est éloquente.

Ce n’est pas la première fois que des fouilles sont conduites dans ce village. En 2021, selon des sources citées par la presse internationale, le Mossad avait déjà procédé à l’exhumation d’un corps dans la zone de Nabi Chit pour des tests ADN. Les résultats s’étaient révélés non concluants. La persistance de ces tentatives, à travers les décennies et maintenant au cœur d’une guerre ouverte, dit quelque chose de fondamental sur la doctrine militaire israélienne : aucun soldat ne doit être laissé derrière, quelles qu’en soient les circonstances ou le prix.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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