Le Premier ministre Benjamin Netanyahou s’est exprimĂ© dans la nuit de mercredi Ă jeudi sur la chaĂ®ne amĂ©ricaine ABC, et a dĂ©menti avoir tentĂ© de convaincre le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump de relancer les frappes contre l’Iran lors de leur rencontre. « Nous sommes des alliĂ©s — il est le partenaire principal. C’est les États-Unis d’AmĂ©rique, ne l’oublions pas. Je suis un partenaire junior, mais je suis le Premier ministre d’IsraĂ«l. Quand je dois dĂ©fendre les intĂ©rĂŞts de mon pays et sa sĂ©curitĂ©, je le fais », a-t-il dĂ©clarĂ©. Cette sortie mĂ©diatique intervient quelques heures après une pique lancĂ©e par Trump Ă l’Ă©gard de Netanyahou, peu avant leur entretien.
InterrogĂ© sur l’accusation selon laquelle il aurait « induit en erreur » Trump avant l’opĂ©ration « Rugissement du Lion », en lui faisant croire qu’il serait possible de faire tomber « facilement » le rĂ©gime iranien par une action militaire, Netanyahou a rĂ©torquĂ© : « Je n’ai induit personne en erreur. Personne ne dit au prĂ©sident ce qu’il doit faire. » L’Ă©mission « Ouvda » avait rĂ©vĂ©lĂ© en mars dernier l’Ă©valuation prĂ©sentĂ©e par l’ancien chef du Mossad, Dedi Barnea, sur la possibilitĂ© de faire tomber le rĂ©gime iranien — une Ă©valuation qui soulignait que le processus pourrait s’Ă©taler sur de longs mois.
Trois options sur la table Ă Washington
Selon Netanyahou, lors de leur rencontre Ă Washington, les deux dirigeants ont examinĂ© trois options face Ă l’Iran : une nĂ©gociation sur un accord plus large avec les autoritĂ©s iraniennes, la poursuite du blocus du dĂ©troit d’Ormuz, ou le recours Ă une nouvelle action militaire. « Nous avons en rĂ©alitĂ© analysĂ© les trois options. Nous l’avons fait de manière ouverte, entre amis et alliĂ©s. C’est sa dĂ©cision », a-t-il prĂ©cisĂ©.
Netanyahou a nĂ©anmoins insistĂ© sur son scepticisme quant Ă la mĂ©thode de nĂ©gociation iranienne : « Ils mentent et trompent toujours. Ils jouent toujours pour gagner du temps. Une pression suffisante — diplomatique ou Ă©conomique — pourrait-elle changer cela ? Essayez. » InterrogĂ© sur l’hypothèse d’un changement de rĂ©gime en Iran, il a rĂ©pondu : « Je pense qu’il est plus faible que jamais, et qu’IsraĂ«l est plus fort que jamais — mais je ne peux pas vous dire que le rĂ©gime s’est dĂ©jĂ effondrĂ©. Mon objectif est de m’assurer que l’Iran, avec ce rĂ©gime, n’ait pas l’arme nuclĂ©aire. C’est un point sur lequel le prĂ©sident et moi sommes d’accord. » Il a Ă©galement adressĂ© un message de mise en garde Ă TĂ©hĂ©ran, en cas de vellĂ©itĂ© d’attaque contre IsraĂ«l : « Ce serait une erreur dangereuse — et nous rĂ©pondrons avec force. »
Sur la question du dĂ©troit d’Ormuz, Netanyahou a reconnu qu’il n’Ă©tait pas possible de prĂ©voir si l’Iran parviendrait Ă transformer le flux commercial transitant par le dĂ©troit en arme de pression : « Je pensais qu’ils pouvaient le faire, mais je pensais aussi qu’ils devraient considĂ©rer les consĂ©quences d’un tel geste. Personne n’aurait pu prĂ©voir exactement cela. » Il a ajoutĂ© : « Je ne pense pas que le dĂ©troit constituera un levier si puissant que ça. Les gens vont faire transiter les pipelines d’Ă©nergie vers la mer Rouge, et de lĂ vers IsraĂ«l, en MĂ©diterranĂ©e. Nous pouvons lever ce blocage, et nous le ferons. »
Deux heures avant sa rencontre avec le Premier ministre, le prĂ©sident amĂ©ricain avait pour sa part affirmĂ© qu’il n’avait pas besoin de Netanyahou pour savoir ce qui se passe sur le site nuclĂ©aire secret iranien de Har Makhoush. « Je n’ai pas besoin que Bibi me dise ça. Nous disposons des meilleures camĂ©ras au monde, braquĂ©es sur cet endroit, et nous savons exactement ce qui s’y passe », avait-il dĂ©clarĂ© dans une interview Ă Fox News. « Je lui ai dit : « Bibi, dis-moi simplement pourquoi tu dois l’annoncer au monde », je sais exactement ce qui se passe lĂ -bas. » Trump a ajoutĂ© : « Ce n’est pas un gros problème. Nous avons dĂ©truit leurs installations nuclĂ©aires et nous dĂ©truirons Har Makhoush facilement si nous ne parvenons pas Ă un accord. »
L’ombre du rapport Barnea
Le dĂ©menti de Netanyahou intervient après la rĂ©vĂ©lation, en mars dernier par l’Ă©mission « Ouvda », que l’ancien chef du Mossad Dedi Barnea avait prĂ©sentĂ© au gouvernement une Ă©valuation selon laquelle la chute du rĂ©gime iranien Ă©tait possible. Cette capacitĂ© Ă atteindre cet objectif avait Ă©tĂ© au centre des discussions en IsraĂ«l et aux États-Unis avant le dĂ©clenchement de l’offensive en fĂ©vrier. Barnea avait estimĂ©, devant le cabinet, que la chute du rĂ©gime iranien, si elle devait survenir, n’interviendrait qu’Ă un stade tardif. « Le processus de chute du rĂ©gime pourrait s’Ă©taler sur de longs mois », avait-il Ă©valuĂ© avant la guerre. Selon cette mĂŞme Ă©valuation, ce n’est qu’après une atteinte significative aux centres de pouvoir du rĂ©gime — dont les mĂ©canismes de rĂ©pression et les capacitĂ©s militaires — que les conditions pourraient mĂ»rir pour un retour des manifestations. Aux États-Unis Ă©galement, des doutes avaient Ă©tĂ© Ă©mis dès le dĂ©part sur la possibilitĂ© d’un soulèvement rapide, et le prĂ©sident Trump avait mĂŞme appelĂ© la population iranienne Ă rester chez elle — un signe que Washington non plus ne s’attendait pas Ă un changement immĂ©diat.
Le New York Times avait par ailleurs rapportĂ©, pendant la guerre, que Netanyahou avait adoptĂ© ce plan, et que Trump lui-mĂŞme semblait croire au scĂ©nario optimiste selon lequel l’Ă©limination des dirigeants iraniens, combinĂ©e Ă des opĂ©rations de renseignement, mènerait Ă un soulèvement populaire capable de mettre rapidement fin au conflit. Le quotidien amĂ©ricain avait Ă©galement indiquĂ© qu’Ă l’approche de la guerre, Netanyahou s’Ă©tait appuyĂ© sur les Ă©valuations optimistes du Mossad pour convaincre Trump que l’effondrement du rĂ©gime iranien constituait un objectif rĂ©aliste. Des responsables de haut rang, tant aux États-Unis qu’au sein de l’appareil sĂ©curitaire israĂ©lien, avaient toutefois exprimĂ© des doutes dès le dĂ©part. Des militaires amĂ©ricains avaient averti le prĂ©sident que les civils ne devraient pas descendre dans la rue pendant les bombardements, et les Ă©valuations du renseignement estimaient faible la probabilitĂ© d’une rĂ©volte de grande ampleur.
Pour prolonger la lecture, retrouvez sur infos-israel.news notre article sur la carte officielle du dĂ©troit d’Ormuz publiĂ©e par l’Iran, ainsi que notre dĂ©cryptage des accusations iraniennes contre l’implication de l’OTAN dans les frappes amĂ©ricano-israĂ©liennes.






