Israël mène depuis plusieurs jours des frappes aériennes dans l’ouest de l’Iran — non seulement pour détruire des infrastructures militaires du régime, mais aussi pour préparer le terrain à une offensive de milices kurdes iraniennes basées en Irak. Selon trois sources citées par Reuters vendredi, des contacts entre Israël et ces groupes kurdes sont en cours depuis environ un an, et les deux parties travaillent à une coordination qui pourrait déboucher sur une incursion transfrontalière imminente. Donald Trump a qualifié d’« extraordinaire » la perspective que les Kurdes franchissent la frontière.
Un an de contacts discrets
Deux sources kurdes iraniennes et une source israélienne ont confirmé à Reuters que les discussions entre Israël et des groupes armés kurdes basés dans la région autonome du Kurdistan irakien durent depuis environ un an. La source israélienne a décrit ces contacts comme « de longue date ». Cette alliance de circonstance s’inscrit dans une tradition plus ancienne : Israël entretient des liens militaires, de renseignement et économiques discrets avec diverses formations kurdes depuis les années 1960, les considérant comme un contrepoids naturel aux États arabes et à l’Iran.
La coalition kurde impliquée regroupe trois organisations : le Parti pour la vie libre du Kurdistan (PJAK), le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) et le Parti pour la liberté du Kurdistan (PAK). Toutes trois ont des antécédents insurrectionnels en Iran et maintiennent des combattants sur le sol irakien.
L’objectif : Oshnavieh et Piranshahr
L’objectif initial déclaré par les factions kurdes est la prise de contrôle de villes iraniennes situées le long de la frontière avec l’Irak. Une source kurde a explicitement mentionné les villes d’Oshnavieh et de Piranshahr, dans la province d’Azerbaïdjan occidental, au Kurdistan iranien (Rojhilat). Ces localités sont situées à quelques dizaines de kilomètres de la frontière irakienne, dans une zone à population majoritairement kurde.
Des milliers de combattants seraient en cours de rassemblement du côté irakien de la frontière, selon ces sources, avec une offensive envisagée dans un délai d’une semaine — information que Reuters n’a pas pu confirmer de façon indépendante. Les estimations indépendantes évaluent la force combinée des milices entre 5 000 et 8 000 combattants, équipés principalement d’armes légères. Insuffisant pour renverser le régime, mais suffisant pour créer un front supplémentaire qui mobiliserait des ressources des Gardiens de la Révolution islamique.
C’est précisément l’objectif qu’Israël a en tête. Selon la source israélienne, Tel Aviv ne s’attend pas à ce que les Kurdes soient capables de renverser le gouvernement iranien — mais soutenir leur offensive permettrait d’éroder le contrôle de Téhéran sur ses périphéries et de distraire les Gardiens de la Révolution, déjà fortement sollicités par la campagne aérienne israélo-américaine.
Les Kurdes fournissent du renseignement de ciblage
Selon les trois sources, des Kurdes se trouvant à l’intérieur de l’Iran transmettent activement des renseignements de ciblage sur les zones frontalières aux États-Unis et à Israël. Cette coopération opérationnelle expliquerait en partie la précision des frappes menées dans l’ouest iranien depuis le début du conflit. L’organisation de défense des droits Hengaw a signalé que ces frappes auraient causé la mort de plusieurs centaines de membres des forces de sécurité iraniennes dans la région du Kurdistan iranien.
Les deux sources kurdes ont précisé que leurs factions sont davantage en coordination avec les États-Unis qu’avec Israël — mais que toute offensive transfrontalière nécessiterait un appui aérien des deux. Parmi les systèmes demandés figurent des défenses antiaériennes, des drones, des armes légères et un soutien artillerie.
Trump : « Ce serait merveilleux »
L’existence de ces discussions a été propulsée dans le débat public vendredi lorsque Donald Trump, interrogé par Reuters, a qualifié de « merveilleux » le scénario d’un franchissement de la frontière par les Kurdes. Un enthousiasme qui contraste avec la prudence affichée par les autorités du Kurdistan irakien : le gouvernement régional a publiquement nié tout plan d’envoi de combattants en Iran, et le gouvernement central de Bagdad a rappelé que le territoire irakien ne saurait être utilisé comme base de lancement d’attaques contre un pays voisin.
Trump avait déjà pris contact avec les dirigeants Massoud Barzani et Bafel Talabani, à la tête du Kurdistan irakien, dans les premiers jours du conflit. Il aurait également parlé directement à Mustafa Hijri, dirigeant du PDKI, selon des informations non confirmées officiellement.
Les obstacles demeurent réels
L’analyste Danny Citrinowicz, ancien officier du renseignement israélien et spécialiste de l’Iran, tempère l’enthousiasme : une insurrection kurde en Iran ne bénéficie pas d’un soutien large parmi les Kurdes irakiens et iraniens. « Je crois qu’ils attendent tous de voir si le régime va tenir ou non », a-t-il dit. Il avertit par ailleurs que soutenir un soulèvement risque de se retourner contre les États-Unis et Israël en attisant un sentiment nationaliste iranien.
Les Kurdes eux-mêmes nourrissent des craintes légitimes. Une source kurdé a confié que les dirigeants des factions ont demandé des garanties américaines avant toute action — une exigence directement liée au précédent syrien : en 2019, les Kurdes de Syrie du Nord, après avoir servi de force de choc principale contre l’État islamique, avaient été contraints de céder des territoires sous pression turque, abandonnés par Washington. Le spectre d’une trahison similaire plane sur les calculs kurdes iraniens.
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