Le président iranien Masoud Pezeshkian a contacté vendredi son homologue russe Vladimir Poutine pour discuter des « derniers développements dans la région », selon l’agence officielle iranienne IRNA. Ce qui aurait pu n’être qu’une conversation de courtoisie entre alliés s’est révélé être bien davantage : selon le communiqué du Kremlin publié dans la foulée, Poutine en a profité pour réaffirmer publiquement la position russe en faveur d’un arrêt immédiat des combats — et pour appeler à un « retour sur la voie d’un règlement politique et diplomatique ».
Ce que Moscou a dit — et ce qu’il n’a pas dit
Le communiqué du Kremlin est précis dans ses formules. « La position de principe de la Russie sur la nécessité d’une cessation immédiate des hostilités a été réaffirmée », indique la présidence russe. Poutine a également exprimé ses condoléances à Pezeshkian pour les victimes civiles iraniennes et pour la mort du Guide suprême Ali Khamenei, tué lors des frappes américano-israéliennes du 28 février.
Mais le message de Moscou mérite d’être lu à deux niveaux. À l’évidence, la Russie affiche sa solidarité de façade avec Téhéran — Poutine a qualifié l’opération israélo-américaine d’« agression armée » et présenté ses condoléances pour la mort de Khamenei comme s’il s’agissait d’un assassinat. Pourtant, à aucun moment le Kremlin n’a annoncé de soutien militaire ou opérationnel à l’Iran. Pas de livraisons d’armes annoncées, pas de promesse d’assistance concrète, pas même une référence aux obligations du traité de « partenariat stratégique global » signé entre les deux pays le 17 janvier 2026 — six semaines seulement avant le déclenchement de la guerre.
Ce silence est éloquent. La Russie est dans une position inconfortable : elle ne peut se permettre d’apparaître comme le complice passif d’une défaite iranienne majeure, mais elle ne veut pas non plus s’aliéner définitivement les États-Unis et les États du Golfe en s’engageant militairement aux côtés de Téhéran.
Pézeshkian : « La médiation doit s’adresser à ceux qui ont déclenché ce conflit »
De son côté, le président iranien a tenu le même jour un discours public dans lequel il a répondu indirectement aux appels à la négociation qui se multiplient depuis plusieurs jours. « Des pays ont entamé des efforts de médiation », a-t-il reconnu sur le réseau X. « Soyons clairs : nous sommes attachés à une paix durable dans la région, mais nous n’avons aucune hésitation à défendre la dignité et la souveraineté de notre nation. La médiation devrait s’adresser à ceux qui ont sous-estimé le peuple iranien et déclenché ce conflit. »
Le message est un rejet indirect de toute pression pour un cessez-le-feu unilatéral. Plus tôt dans la semaine, Donald Trump avait réclamé une capitulation sans conditions de l’Iran comme préalable à toute discussion. Pezeshkian a répondu avec une formule dont le tranchant n’échappe à personne : « Les ennemis peuvent emporter dans leurs tombes leur souhait de voir le peuple iranien se rendre. »
Poutine, en contact avec les pays du Golfe
Un détail du communiqué du Kremlin mérite attention : Poutine a précisé qu’il reste « en contact permanent avec les dirigeants des pays membres du Conseil de coopération du Golfe », dans le cadre des efforts diplomatiques visant à contenir l’escalade régionale. Cette mention n’est pas anodine. Elle signale que Moscou ne joue pas uniquement la carte iranienne — la Russie maintient des canaux ouverts avec l’Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar et les autres monarchies du Golfe, qui ont toutes été victimes de frappes iraniennes depuis le 28 février.
C’est là que réside toute l’ambiguïté de la position russe : prétendre soutenir l’Iran tout en maintenant des relations étroites avec les États qui subissent ses missiles. Cette duplicité calculée est la marque de fabrique de la diplomatie de Poutine — rester indispensable à toutes les parties sans s’engager réellement pour aucune.
L’appel à la Maison Blanche : « L’aide de la Russie à Téhéran ne change rien »
Du côté américain, la réaction a été lapidaire. La Maison Blanche a indiqué que « l’aide de la Russie à Téhéran ne change rien » à la conduite des opérations militaires américaines. Washington n’entend pas modifier sa stratégie sur la base d’un appel téléphonique entre Moscou et Téhéran.
La guerre entre dans sa deuxième semaine sans perspective immédiate de cessez-le-feu. Poutine a réussi à occuper la scène diplomatique sans prendre le moindre risque. Pezeshkian a affiché de la résistance tout en laissant entendre que des « efforts de médiation » étaient en cours. Et sur le terrain, les frappes continuent.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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