Kharg : la première frappe américaine sur le terminal pétrolier iranien en 40 ans secoue les marchés mondiaux

La dernière fois que l’île de Kharg avait subi des bombardements d’une telle envergure, c’était dans les années 1980, pendant la guerre Iran-Irak, quand Saddam Hussein avait envoyé ses avions tenter de détruire la principale artère pétrolière de son ennemi. L’Iran avait réparé. Quarante ans plus tard, c’est Washington qui a frappé — et les marchés de l’énergie retiennent leur souffle.

Donald Trump a annoncé lui-même l’opération dans un message posté sur Truth Social, décrivant une frappe qui aurait « totalement détruit toutes les cibles militaires » sur l’île. Il a précisé avoir délibérément choisi de ne pas frapper les infrastructures pétrolières — mais a immédiatement ajouté que cette décision pourrait être révisée si l’Iran perturbait la navigation dans le détroit d’Ormuz.

L’île de Kharg représente environ 90 % des exportations pétrolières iraniennes. Frapper ses installations militaires sans toucher les terminaux d’exportation, c’est envoyer un avertissement maximal tout en laissant une porte de sortie — une logique de dissuasion que les analystes ont immédiatement décryptée.

Les réactions des marchés et des experts

Bloomberg a relevé que même en l’absence de dommages confirmés aux infrastructures énergétiques, la frappe « élève le niveau de risque sur les marchés pétroliers. » Les analystes de JP Morgan ont été plus directs : une attaque directe sur les installations stopperait immédiatement la majorité des exportations de brut iranien et déclencherait très probablement une réaction violente dans le détroit d’Ormuz ou contre des infrastructures énergétiques régionales.

Le correspondant d’Al-Jazeera depuis Téhéran a rapporté que des sources iraniennes évoquaient des représailles potentielles contre des installations pétrolières du Golfe — décrites comme un « dernier recours. » Le CGRI aurait mentionné le recours à ses missiles les plus avancés, dont les missiles Heydari, pour frapper le territoire israélien et les bases américaines de la région.

Le terminal de secours de Jask : une solution insuffisante

Après les frappes, l’Iran a commencé à se reporter sur le terminal de Jask, situé en dehors du détroit d’Ormuz. Mais selon le Wall Street Journal, ce terminal n’a une capacité de chargement que d’environ un million de barils par jour — soit approximativement la moitié de la capacité de Kharg. Yannis Segouras, capitaine grec vétéran ayant traversé Ormuz des dizaines de fois, a expliqué au WSJ que les superpétroliers ne s’aventurent pas à Jask : les eaux sont trop peu profondes. À Kharg, un supertanker peut charger en 24 heures et transiter sans problème — c’est l’un des terminaux les plus efficaces au monde.

Le New York Times a rapporté les propos d’un haut responsable du ministère iranien du pétrole, selon lequel les explosions avaient duré près de deux heures sans discontinuer, secouant l’île comme un séisme.

Pour les États-Unis, la vulnérabilité à un choc pétrolier est moindre qu’il y a vingt ans — la production domestique américaine a considérablement réduit cette dépendance. Les compagnies d’énergie au Texas pourraient même bénéficier d’une hausse des prix. Mais pour les consommateurs et les entreprises, une perturbation prolongée de l’approvisionnement mondial resterait douloureuse. L’économie américaine est déjà sous pression, et tous les regards se tournent désormais vers le détroit d’Ormuz.


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