Les combattants au sud du Liban crient leur détresse face aux drones explosifs et au manque de réponse de Tsahal

Ce mardi, des combattants de Tsahal déployés au sud du Liban ont pris la parole — et ce qu’ils décrivent est alarmant. L’ennemi le plus redouté sur le terrain n’est plus celui qu’on attendait. Ce n’est pas la roquette massive, ni le char, ni l’embuscade à la mitrailleuse. C’est un drone — petit, rapide, bon marché, chargé d’explosifs — qui surgit de nulle part, sans alerte préalable, et frappe avec une précision de quelques centimètres. Et face à cette menace, les soldats israéliens estiment que Tsahal n’a pas encore de réponse digne de ce nom.

La formule d’un combattant résume à elle seule l’absurdité de la situation : « On nous dit que si on identifie un drone, il faut ouvrir le feu avec notre arme personnelle. Quiconque a déjà essayé de toucher une cible petite et rapide avec un Tavor ou un M16 comprend que c’est quasiment impossible. » Un autre témoignage, rapporté par la journaliste Efrat Briner, va dans le même sens : « Nous sommes comme des canards ici. Il y a un écart énorme entre les instructions qu’on reçoit et les contraintes opérationnelles sur le terrain. La réponse opérationnelle est partielle et, dans certains cas, simplement inexistante. »

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Un phénomène connu — et pourtant

Ce qui rend la situation particulièrement difficile à accepter pour les soldats, c’est que la menace des drones explosifs n’est pas nouvelle. Elle a éclaté au grand jour sur les champs de bataille ukrainiens, où des engins valant quelques centaines de dollars ont réussi à détruire des blindés et des chars sophistiqués. Le Hamas l’a employée dès le 7 octobre 2023 pour neutraliser des systèmes d’observation et tirer sur des forces terrestres. Le Hezbollah, lui, a systématisé et perfectionné cette approche, transformant les drones explosifs en composante centrale de son dispositif offensif.

Malgré ces précédents connus et documentés, les soldats témoignent que Tsahal n’a pas encore déployé de solution systématique et universelle à leur niveau. Les systèmes de guerre électronique existent, les équipements de brouillage aussi — mais ils ne sont pas distribués à toutes les unités, et la mobilité des drones, leur capacité à voler bas et à se faufiler entre les obstacles naturels, rendent le brouillage seul insuffisant. La veille de ces témoignages, un combattant avait été grièvement blessé par un drone explosif du Hezbollah — un cas qui n’est pas isolé, mais qui cristallise la colère et l’anxiété des unités présentes sur le terrain.

« Les leçons ne sont pas pleinement appliquées »

L’un des témoignages les plus poignants est celui d’un soldat qui choisit ses mots avec soin, conscient de la gravité de ce qu’il dit publiquement : « Cela me brise le cœur. Ces mots viennent d’une profonde inquiétude pour la vie de mes camarades et d’une expérience opérationnelle sur le terrain. Cette menace change tout le caractère du combat. Les leçons ne sont pas pleinement appliquées, et nous avons besoin d’adaptations urgentes au niveau des moyens et de la protection, immédiatement. »

Le terme « leçons » est central. Tsahal est une armée qui tire généralement un enseignement rapide de ses expériences. Après le 7 octobre, une réforme profonde de la défense frontalière a été engagée. Après les premières semaines à Gaza, les procédures de combat urbain ont évolué en temps réel. Mais face aux drones explosifs au Liban, les soldats estiment que ce processus d’apprentissage et d’adaptation — habituellement un point fort de l’armée israélienne — n’a pas produit les résultats concrets attendus dans leurs mains, sur leur position, face à l’ennemi.

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Ce que réclament les soldats

La liste de ce dont les combattants ont besoin est claire. Des moyens de brouillage individuels et collectifs, distribués à chaque équipe, pas seulement aux unités d’élite. Des technologies d’interception à courte portée capables de traiter des essaims de drones, et pas seulement des engins isolés. Des procédures révisées qui ne demandent pas à un fantassin de tirer au fusil sur une cible volant à toute vitesse à quelques mètres au-dessus de lui. Et des filets, des structures de protection, des dispositifs de camouflage thermique qui réduisent la vulnérabilité des positions fixes et des véhicules en mouvement.

Ce cri des soldats du sud du Liban arrive dans un contexte où la question des drones à fibre optique du Hezbollah — imperméables à la guerre électronique classique — a déjà été soulevée par les médias israéliens. Il complète et amplifie un tableau dans lequel Tsahal, armée technologiquement avancée, se trouve confrontée à une asymétrie paradoxale : l’ennemi utilise des armes bon marché que les systèmes sophistiqués peinent à contrer efficacement, tandis que les soldats sur le terrain attendent des réponses que les états-majors n’ont pas encore pleinement livrées.

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